‹ ŒuvresChapitre 290 sur 599 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

MONSIEUR JOURDAIN

Je l'apprendrai donc. Hais je ne sais quel temps je pourrai [)rea(ire; car, outre le maître d'armes qui me montre, j'ai arrêté encore un maître de philosophie qui doit commencer ;e matin.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

La philosophie est quelque chose ; mais la musique, Mon- >ieur, la musique...

LE MAÎTRE A DANSER

Lamusique et la danse... La musique et la danse, c'est là tout ce qu'il faut.

LE MAItRE de musique.

II n'y a rien qui soit si utile dans un État que la musique.

LE MAÎTRE A DANSER

Il n'y a rien qui soit si aécessaire aux hommes que la

ianse.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Sans la musique, un État ne peut subsister.

LE MAItRB A DANSER.

Sans la danse, un homme ne saurait rien faire.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Tous les désordres, toutes les guerres qu'on voit dans le inonde, n'arrivent que pour n'apprendre pas la musique.

LE MAÎTRE A DANSER

Tous les malheurs des hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques, et les manquements des grands capitaines, tout cela n'est venu lae faute de savoir danser.

MONSIEUR JOURDAIN

Comment cela?

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

La guerre ne vient-elle pas d'un manque d'union entre les iiommes?

MONSIEUR JOURDAIN

Cela est vrai.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Et si tous les hommes apprenaient la musique, ne serait-, % pas le moyen de s'accorder ensemble, et de voir dans le Monde la paix universelle?

MONSIEUR JOURDAIN

Vous avez raison.

LE MAItRB a danser.

Lorsqu'un homme a commis un manquement dans sa ^ondaite» soit aux affaires de sa famille, ou au gouvernement

Si

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d'un État, ou au commandement d'une armée, ne dit-on pa^ toujours : Un tel a jEaitun mauvais pas dans une telle affaire*?

HONSIBCR JOURDAIN.

Oui, on dit cela.

LE MAÎTRE A DANSER

Et faire un mauvais pas peut-il procéder d'autre chose que de ne savoir pas danser.

MONSIEUR JOURDAIN

Cela est vrai, et vous avez raison tous deux.

C'est pour vous faire voir l'excellence et l'utilité de la danse et de la muâque.

MONSIEUR JOURDAIN

Je comprends cela à cette heure.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Voulez-vous voir nos deux affaires ?

MONSIEUR JOURDAIN

Oui.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Je vous l'ai déjà dit, c'est un petit essai que j'ai fait autre* fois des diverses passions que peut exprimer la musique.

MONSIEUR JOURDAIN

Fort bien.

LE MAÎTRE DE MUSQUE , aux masiciens.

Allons, avancez, (a m. Jourdain.) Il faut vous figurer qu'ilssont habillés en bergers.

MONSIEUR JOURDAIN

Pourquoi toujours des bergers? on ne voit que cela partout.

LE MAÎTRE A DANSER

Lorsqu'on a des personnes à faire parler en musique, il faut bien que, pour la vraisemblance, on donne dans la bergerie. Le chant a été de tout temps affecté aux bergers ; et il n'est guère naturel, en dialogue, que des princes ou desbourgeois chantent leurs passions (1).

MONSIEUR JOURDAIN

Passe, passe. Voyons.

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