SCÈNE III
XONglEUR JOURDAIN, m MAiTRB DARNES, LB IIAITRR DE MUSIQUE, LE MAÎTRE A DANSER, UN LAQUAIS tenant deux
fleurets.
LE MAItre d'armes, après avoir pris les deux fleurets de la main du laquais et en avoir présenté un à M. Jourdain. Allons, Monsieur, la révérence. Votre corps droit. Un peu penché sur la cuisse gauche . Les jambes point tant écartées. Vos pieds sur une même ligne. Votre poignet à l'opposite de votre hanche. La pointe de votre épéo vis-à-visde votre épaule. Le bras pas tout à fait si éteiidu. La main gauche à la hauteur de l'œil. L'épaule gauche plus carrée. La télé droite. Le regard assuré. Avancez. Le corps ferme. Touchez-moi Tépée de quarte, et achevez de même. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez de pied ferme. Un saut en arrière. Quand vous portez la botte, Monsieur, il faut que l'épée parte la première et que le corps soit bien effacé. Une, deux. Allons, touchez-moi l'épée de tierce, et achevez de même. Avancez. Le corps ferme. Avancez. Partez delà. Une, deux. Remettez- vous. Redoublez. Une, deux. Un saut en arrière. En garde. Monsieur, en garde. (Le maitre d'armes lui pousse deux ou trois bottes, en lui disant : En garde.) MONSIEUR JOURDAIN.
Hé!
Vous faites des merveilles.
LE MAiTRE d'armes.
Je VOUS l'ai déjà dit, tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à donner et à ne point recevoir ; et, comme je vous fis voir l'autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez si vous savez détourner l'épée de voire ennemi de la ligne de votre corps ; ce qui ne dépend seulement que d'un petit mouvement du poignet, ou en dedans, ou en dehors.
monsieur JOURDAIN.
De cette façon donc, un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme et de n'être point tué ?
LE MAÎTRE d'aRMES.
Sans doute -, n'en vîtes- vous pas la démonstration ?
MONSIEUR JOURDAIN
Oui.
860 LE BOURÔBOIS GENTILHOMME.
LE MAiTKE D'ARMES.
Et c'est ea quoi Ton voit de quelle considération, nous autres, nous devons être dans un État ; et combien la science des armes l'emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la...
Tout beau, monsieur le tireur d'armes! ne parlez delà danse qu'avec respect. ^
LE maItre de musique.
Apprenez, je vous prie, à mieux traiter Texcellence de la musique.
LE HAtTRE d'ARMES.
Vous êtes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne !
LE MAÎTRE DE MUSIQUE
Voyez un peu l'homme d'importance!
LE MAÎTRE A DANSER
Voilà un plaisant animal, avec son plastron!
LE MAÎTRE d'ARMES.
Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferais chanter de la belle manière.
LE MAITRE A DANSER
Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier.
MONSIEUR JOURDAIN, au maîtr.e à danser.
Étes-vous fou de l'aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative?
LE MAÎTRE A DANSER
Je me moque de sa raison démonstrative, et de sa tierce. et de sa quarte.
MONSIEUR JOURDAIN, au maître à danser.
Tout doux, vous dis-je !
LE MAÎTRE d'armes, au maître à danser.
Comment! petit impertinent!
monsieur JOURDAIN.
Hé! mon maîlre d'armes!
LE MAÎTRE A DANSER, au maître d'armes.
Comment! grand cheval de carrosse!
monsieur JOURDAIN.
Hé ! mon maître à danser !
le maître d'armes.
Si je me jelle sur vous...