ACTE UI, SCENE UI
Qu'est-ce que c'est que tout ce galimatias*là?
NICOLE
De quoi est-ce que tout cela guérit ?
MONSIEUR JOURDAIN
J'enrage, quand je vois des femmes ignorantes.
MADAME JOURDAIN
Allez, VOUS devriez envoyer promener tous ces gens- là , avec leurs fariboles.
NICOLE
Et surtout ce grand escogriffe de maître d'armes, qui remplit de poudre tout mon ménage.
MONSIEUR JOURDAIN
Ouais i ce maître d'arme's vous tient au cœur! Je te veux faire voir ton impertinence tout à l'heure. ( Après avoir fait apporter des flearets, et en avoir donné un à Nicole.) Tiens ; raison démonstrative ; la ligne du corps. Quand on pousse en quarte, on n'a qu'à faire cela ; et quand on pousse en tierce, on n'a qu'à faire cela. Voilà le moyen de n'être jamais tué; et cela n'est-il pas beau, d'être assuré de son fait quand on se bat contre quelqu'un? Là, pousse-moi un peu, pour voir.
NICOLE
Eh bieni quoi? (Nicole pousse plusieurs bottes à H. Jourdain.) MONSIEUR JOURDAIN.
Tout beau! Holà! ho! Doucement. Diantre soit la coquine !
NICOLE
Vous me dites de pousser.
MONSIEUR JOURDAIN
Oui ; mais tu me pousses en tierce avant que de pousser ftt quarte, et tu n'as pas la patience que je pare.
MADAME JOURDAIN
Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos fantaisies; et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse.
MONSIEUR JOURDAIN
Lorsque je hante la noblesse, je fais paraître mon jugement; et cela est plus beau que de hanter votre bourgeoisie.
MADAME JOURDAIN
Çamon (1) vraiment! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avez bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné !
(1) Çamon est une oomiption de &e$t mon, âneienne expreeiioii qoi dgnUUit «la est vramait certain; c'était une affirmAtlon trèi forte. (B.)
MONSIEUR JOURDAIN
Paix! songez à ce que vous dites. Savez-vous bien, ma femme, que vous ne savez pas de qui vous parlez, quand vous parlez de lui ? C'est une personne d'importance plus que vous ne pensez, un seigneur que Ton considère à la cour, et qui parle au roi tout comme je vous parle. N'est-ce pas une chose qui m'est tout à fait honorable, que Ton voie venir chez moi si souvent une personne de cette qualité, qui m'appelle son cher ami, et me traite comme si j'étais son égal? 11 a pour moi des bontés qu'on ne devinerait jamais ; et, devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.
M4DAME JOURDAIN
Oui, il a des bontés pour vous,' et vous fait des caresses; mais il vous emprunte votre argent.
MONSIEUR JOURDAIN
Eh bien ! ne m'est-ce pas de l'honneur de prêter de l'argent à un honjiine de cette condition-là .'et puis-je faire moins pour un seigneur qui m'appelle son cher ami?
MADAME JOURDAIN
Et ce seigneur, que fait-il pour vous?
MONSIEUR JOURDAIN
Des choses dont on serait étonné, si on les savait.
MADAME JOURDAIN
Et quoi ?
MONSIEUR JOURDAIN
Baste^ je ne puis pas m'expliquer. Il suffit que si je lui ai prêté de l'argent, il me le rendra bien et avant qu'il soit peu.
MADAME JOURDAIN
Oui ; attendez-vous à cela.
MONSIEUR JOURDAIN
Assurément. Ne me l'a-t-il pas dit ?
MADAME JOURDAIN
Oui, oui ; il ne manquera pas d'y faillir.
MONSIEUR JOURDAIN
Il m'a juré sa foi de gentilhomme.
Chansons !
MONSIEUR JOURDAIN
Ouais I vous êtes bien obstinée, ma femme t Je vous dis qu'il me tiendra sa parole ; j'en suis sûr.
MADAME JOURDAIN
Et moi, je suis sûre que non, et que toutes les caresses qu'il vous fait ne sont que pour vous enjôler.