‹ ŒuvresChapitre 399 sur 599 · ACTE n, SCaÈNB VIIL · texte numérisé non relu

ACTE n, SCaÈNB VIIL

8GAPIN.

Il me fanl encore, a-t-il dit, un mulet pour porter...

ARGANTE

Oh ! qu'il aille au diable avec son mulet ! C'en est trop ; et nous irons derant les juges.

SCAPIM.

De grâce, Monsieur !...

ARGANTE

Non, je n'en ferai rien.

SCAPOf.

Monsieur, un petit mulet.

ARGANTE

Je ne lui donnerais pas seulement un âne.

Considérez...

ARGANTE

Non : j'aime mieux plaider.

Ehl Monsieur, de quoi parlez-rous là, et à quoi vous résol- Tez-Yous ? Jetez les yeux sur les détours de la justice. Voyez combien d'appels et de degrés de juridiction ; combien de procédures embarrassantes ; combien d'animaux ravissants, par lesgriffes desquels il vous faudra passer : 8ergents,procureurs, avocats, greffiers, substituts, rapporteurs, juges, et leurs clercs. Il n'y a pas un de tous ces gens- là qui, pour la moindre chose, ne soit capable de donner un soufflet au meilleur droit du monde. Un sergent baillera de faux exploits, sur quoi TOUS serez condamné sans que vous le sachiez. Votre procureur s'entendra avec votre partie, et vous vendra à beaux deniers comptants. Votre avocat, gagné de même, ne se trouvera point lorsqu'on plaidera votre cause, ou dira des raisons <iui ne feront que battre la campagne, et n'iront point au fait. Le greffier délivrera par contumace des sentences et arrêts contré vous. Le clerc du rapporteur soustraira des pièces, ou le rapporteur même ne dira pas ce quil a vu ; et quand, par les plus grandes précautions du monde, vous aurez paré tout cela, vous serez ébahi que vos juges auront été sollicités contre vous, ou par des gens dévots, ou par des femmes qu'ils aimeront. Eh ! Monsieur, si vous le pouvez, sauvez- vous de cet enfer-là. C'est être damné dès ce monde que d'avoir à plaider*, et la seule pensée d'un procès serait capable de me faire fuir jusqu'aux Indes.

ARGANTE

A combien est-ce qu'il fait monter le mulet ?

460 LES rOUBBEEIES DE SOAPIN.

Monsieur, pour le mulet, pour son cheyal et celui de son homme, pour le^harnois et les pistolets, et pour payer quelque petite chose quil doit à son hôtesse, il demande eu tout deux cents jûstoles.

ARGANTE

Deux cents pistoles! ^

Oui.

ARGANTE, se promenant en colère.

Allons, allons; nous plaiderons.

Faites réflexion.

ARGANTE

Je plaiderai.

Ne TOUS allez point jeter...

ARGANTE

Je yeux plaider.

Mais pour plaider il tous faudra de l'argent. Il tous en faudra pour l'exploit ; il vous en faudra pour le contrôle ; il tou» en faudra pour la procuration, pour la présentation, les conseils, productions, et journéesdu procureur. Il vous en faudra pour les ^consultations et plaidoiries des avocats, pour le droit de retirer le sac, et pour les grosses d'écritures. Il vous en faudra pour le rapport des substituts* pour les épiées de conclusion (1), pour l'enregistrement du greffier, façon d'ap- . pointement, sentences et arrêts, contrôles, signatures et expéditions de leurs clercs, sans parler de tous les présents qu'il vous faudra faire. Donnez cet argent-là à cet homme-ci, TOUS Toilà hors d'affaire.

ARGANTE

Gomment I deux cents pistoles !

Oui. Vous y gagnerez. J'ai fait un petit calcul, en raoi-mémer de tous les frais de la justice, et j'ai trouvé qu'en donnant

(I) Anciennemoit les plaideurs donnaient aux juges des dragées et des confitures, pour les remercier da gain d'un procès ; et cela s'appelait des ^mcu, parce qu'arant la découT«rte des Indes on employidt, dans ces friandises, le» épioes an lieu de sucre ; les épiœs du palais, qui n'étaient d'abord qu'un prêtent volontaire , derlnrent par la suite une yéritable taxe qui se payait en argent, et n'en conserrait pas moins lé nom d'é^tces. (A.)

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