‹ ŒuvresChapitre 40 sur 599 · ORGON, ELMIRE, MARIANE, ÇLÉANTE, DORINE · texte numérisé non relu

ORGON, ELMIRE, MARIANE, ÇLÉANTE, DORINE

ORGON

Ah ! je me réjouis de vous Toir assemblés.

(â Mariane.) Je porte en ce contrat de quoi vous faire rire, Et vous savez déjà ce que cela veut dire.

MARIANE, aux genoux d'Orgon.

Mon père, au nom du ciel qui connaît ma douleur. Et par tout ce qui peut émouvoir votre cœur, Relâchez- vous un peu des droits de la naissance, Et dispensez mes vœux de cette obéissance. Ne me réduisez point, par cette dure loi. Jusqu'à me plaindre au ciel de ce que je vous doi ; Et cette vie, hélas! que vous m'avez donnée, Ne me la rendez pas, mon père, infortunée. Si, contre un doux espoir que j'avais pu former, Vous me défendez d'être à ce que j'ose aimer, Au moins, par vos bontés qu'à yos genoux j'implore , Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre ; Et ne me portez point à quelque désespoir, En vous servant sur moi de tout votre pouvoir. ORGON , se sentant attendrir.

Allons, ferme, mon cœur! point de faiblesse humaine I

MARIANE

Vos tendresses pour lui ne me font. point de peine;

Faites-les éclater, donnez-lui votre bien ,

El, si ce n'est assez, joignez-y tout le mien;

J'y consens de bon cœur, et je vous l'abandonne :

Hais, au moins, n'allez pas jusques à ma personne ;

Et souffrez qu'un couvent, dans les austérités,

Use les tristes jours que le ciel m'a comptés.

ORGON

Ah ! voilà justement de mes religieuses. Lorsqu'un père combat leurs flammes amoureuses ! Debout. Plus votre cœur répugne à l'accepter, Plus ce sera pour vous matière à mériter. Mortifiez vos sens avec ce mariage, Et ne me rompez pas la tête davantage.

DORINE

Mais quoi!...

ORGON

Taisez-Yous, tous. Parlez à votre écot (1).

Je vous défends, tout net, d'oser dire un seul mot.

CLÉANTB.

Si par quelque conseil vous souffrez qu'on réponde...

ORGON

Mon frère, vos conseils sont les meilleurs du monde ; Ils sont bien raisonnes, et j'en fais un grand cas : Mais vous trouverez bon que je n'en use pas.

ELMIRE, à Orgon.

A voir ce que je vois, je ne sais plus que dire ; Et votre aveuglement fait que je vous admire. C'est être bien coiffé, bien prévenu de lui. Que de nous démentir sur le fait d'aujourd'hui !

ORGON

Je suis votre valet , et crois les apparences. Pour mon fripon de fils je sais vos complaisances. Et vous avez eu peur de le désavouer Du trait qu'à ce pauvre homme il a voulu jouer. Vous étiez trop tranquille, enfin, pour être crue; Et vous auriez paru d'autre manière émue.

ELMIRE

Est-ce qu'au simple aveu d'un amoureux transport Il faut que notre honneur se gendarme si fort? Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche Que le feu dans les yeux et l'injure à la bouche ? Pour moi, de tels propos je me ris simplement ; Et l'éclat, là-dessus, ne me plalt nullement. J'aime qu'avec douceur nous nous montrions sages. Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages Dont l'honneur est armé de griffes et de dents. Et veut au moindre mot dévisager les gens. Me préserve le ciel d'une telle sagesse! Je veux une vertu qui ne soit point diablesse ; Et crois que d'un refus la discrète froideur N'en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

Enfin je sais l'affaire , et ne prends point le change.

ELMmE.

J'admire, encor un coup, cette faiblesse étrange : Mais que me répondrait votre incrédulité,

(1) Parlez à votre écot , expression proverbiale qui reat dire : Parles à oeux qui sont de votre écot, de votre compagnie. (P.)

Page 1