‹ ŒuvresChapitre 448 sur 599 · LA COMTESSE D'ESCARBAGNAS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE D'ESCARBAGNAS

sorte ; et l'on vient doucement se plaindre à la j)erâonne que l'on aime.

MONSIEUR HARPIN.

Moi, me plaindre doucement !

L\ COMTESSE

Oui. L'on ne vient point crier de dessus un théâtre ce qui doit se dire en particulier.

MONSIEUR HARPIN.

J'y viens, moi, morbleu I tout exprès ; c'est le lieu qu'il me faut; et je souhaiterais que ce fût un théâtre public, pour vous dire avec plus d'éclat toutes vos vérités.

LA COMTESSE

Faut-il faire un si grand vacarme pour une comédie que monsieur le vicomte me donne ! Vous voyez que monsieur Tibaudier, qui m'aime, en use plus respectueusement que vous.

MONSIEUR IIARPIN.

Monsieur Tibaudier en use comme il lui plaît : je ne sais pas de quelle façon monsieur Tibaudier a été avec vous ; mais monsieur Tibaudier n'est pas un exemple pour moi, et je ne suis point d'humeur à payer les violons pour faire danser les autres.

LA COMTESSE.-

Mais vraiment. Monsieur le receveur, vous ne songez pa^ à ce que vous dites. On ne traite point delà sorte les femmes de qualité; et ceux qui vous entendent croiraient qu'il y a quelque chose d'étranjçe entre vous et moi.

MONSIEUR HARPIN.

Hé ! ventrebleu ! Madame, quittons la faribole.

LA COMTESSE

Que voulez-vous donc dire ^vec votre Quittons la faribole ?^

MONSIEUR HARPIN.

Je veux dire que je ne trouve point étrange que vous vous rendiez au mérite de Monsieur le vicomte ; vous n'êtes pas la première femme qui joue dans le monde de ces sortes de caractères, et qui ait auprès d'elle un Monsieur le receveur, dont on lui voit trahir et la passion et la bourse pour le premier venu qui lui donnera dans la vue. Mais ne trouvez point étrange aussi que je ne sois point la dupe d'une infidélité si ordinaire aux coquettes du temps, et que Je vienne vous assurer, devant bonne compagnie, que je romps commerce avec vous, et que Monsieur le receveur ne sera plus pour vous Monsieur le donneur.

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