ACTE II, SOÈNB TI
Mais je ne saurais, moi , parler votre jargon.
PHIL4MINTE.
L'impudente! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bel usage !
MARTINE
Quand on se fait entendre, on parle toiflours bien, Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.
PHILAMINTE
Eh bien! ne voilà pas encore de son style? Ne servent pas de rien !
BÉUSE.
O cervelle indocile !
Fautnl qu'avec les soins qu'on prend incessamment, On ne te puisse apprendre à parler congrûment? De pas mis avec rien tu fais la récidive; Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative.
MARTINE
Mon Dieu ! je n'avons pas étugué comme vous.
Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
PmLAMINTE.
Ah! peut-on y tenir?
BÉLISE
Quel solécisme horrible !
PHILAMINTE
En voilà pour tuer une oreille sensible.
BÉLISE
Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel ! Je n'est qu'un singulier, avons est pluriel. Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire?
MARTINE
Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-père ?
PHILAMINTE
0 ciel !
Grammaire est prise à contre- sens par toi, Et je t'ai déjà dit d'où vient ce mot.
MARTINE
Ma foi!
Qu'il vienne de ChailTot, d'Auteuil ou de Pontoise, Cela ne me fait rien.
BÉLISE
Quelle âme villageoise !
La grammaire, du verbe et du nominatif, Comme de l'adjectif avec le substantif, Nous enseigne les lois.
MARTINE
J'ai, Madame, à tous dire Qae je ne connais poinl ces gens-là.
PHILAMINTE
Quel martyre I
BÉLISE
Ce sont les noms des mots; et l'on doit regarder En quoi c'est qu'il les faut faire ensemble accorder.
MARTINE
Qu'ils s'accordent entre eux, ou se gourment, qu'importe?
PHILAMINTE, à Bèlise.
Hé! mon Dieu! finissez un discours de la sorte.
(a Ghrysale.)
Vous ne voulez pas, vous, me la faire sortir?
GIIRYSALE.
(a part.)
Si fait. A son caprice il me faut consentir. Va, ne l'irrite point , retire-toi, Martine.
PHILAMINTE
Comment ! vous avez peur d'offenser la coquine ! Vous lui parlez d'un ton tout à fait obligeant !
CHRYSAIE.
(D'an ton ferme.) (D'un ton pins doux.) Moi.!» point.' Allons, sortez. Va t'en, ma pauvre enfant.