‹ ŒuvresChapitre 474 sur 599 · ACTE n, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE IX

CHRYSALE

Monsieur Trissotin.

ARISTE

Quoi! ce monsieur Trissotin...?

CHRYSALE

Oui, qui parle toujours de vers et de latin.

ARISTE

Vous l'avez accepté ?

CHRYSALE

Moi, point : à Dieu ne plaise !

ARISTE

Qu'avez- vous répondu?

CHRYSALE

Rien ; et je suis bien aise De n'avoir point parlé, pour ne m'engager pas.

La raison est fort belle, et c'est faire un grand pas. Avez-vous su du moins lui proposer Clitandre?

CHRYSALE

Non ; car, comme j'ai vu qu'on parlait d'autre gendre, J'ai cru qu'il était mieux de ne m'avancer point.

ARISTE

Certes,v votre prudence est rare au dernier point. N'avez- vous point de honte, avec votre mollesse? Et se peut-il qu'un homme ait assez de faiblesse Pour laisser à sa femme un pouvoir absolu. Et n'oser attaquer ce qu'elle a résolu ?

CHRYSALE

Mon Dieu! vou^ en parlez, mon frère, bien à l'aise, Et vous ne savez pas comme le bruit me pèse. J'aime fort le repos, la paix, et la douceur, Et ma femme est terrible avecque son humeur; Du nom de philosophe elle fait grand mystère. Mais elle n'en est pas pour cela moins colère.; Et sa morale, faite à mépriser le bien. Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien. Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tête, On en a pour huit jours d'effroyable tempête. Elle me fait trembler dès qu'elle prend son ton ; Je ne sais où me mettre, et c'est un vrai dragon ; Et cependant, avec toute sa diablerie.

Il faut que je l'appelle et mon cœur et m'amie.

ARISTE

Allez, c'est se moquer. Votre femme, entre nous, Est, par vos lâchetés, souveraine sur vous.

Son pouvoir n'est fondé que sur votre faiblesse ;

C'est de vous qu'elle prend le titre de maîtresse;

Vous-même à ses hauteurs vous vous abandonnez,

Et vous faites mener, en bête, par le nez.

Quoi ! vous ne pouvez pas, voyant comme on vous nomme,

Vous résoudre une fois à vouloir être un homme,

A faire condescendre une femme à ses vœux,

Et prendre assez de cœur pour dire un Je le veux !

Vous laisserez, sans honte, immoler votre fille

Aux folles visions qui tiennent la famille.

Et de tout votre bien revêtir un nigaud,

Pour six mots de latin qu'il leur fait sonner haut ;

Un pédant qu'à tous coups votre femme apostrophe

Du nom de bel esprit et de grand philosophe,

D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala.

Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout celât

Allez, encore un coup, c'est une moquerie.

Et votre lâcheté mérite qu'on en rie.

CHRYSALE

Oui, vous avez raison, et je vois que j'ai tort. Allons, il faut enfin montrer un cœur plus fort. Mon frère!

AHISTE.

C'est bien dit.

GHRYSALB.

C'est une chose infâme Que d'être si soumis au pouvoir d'une femme.

ARISTE

Fort bien.

CHRYSALB.

De ma douceur elle a trop profité.

ARISTE

Il est vrai.

CHRYSALE

Trop joui de ma facililé.

ARISTE

Sans doute.

CHRYSALE

Et je lui veux faire aujourd'hui connaître Que ma fille est ma fille, et que j'en suis le maître. Pour lui prendre un mari qui soit selon mes .vœux.

ARISTE

Vous ^oilà raisonnable, et comme je vous veux.

CHRYSALE

Vous êtes pour Clitandre, et savez sa demeure;

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