ACTE in, SCENE V
Et, si vous l'avez TU, vous serez de mon goût.
TRISSOTIN
Je sais que là-dessus je n'en suis point du tout , Et que d'un tel sonnet peu de gens sont capables.
VADIUS
Me préserve le ciel d'en faire de semblables !
TRISSOTIN
Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur : Et ma grande raison , c'est que j'en suis l'auteur.
VADIUS
Vous? \
TRISSOTIN. '
Moi.
VAOIUS.
Je ne sais donc comment se fit l'affaire.
TRISSOTIN
C'est qu'on fut malheureux de ne pouvoir vous plaire.
VADIUS
11 faut qu'en écoutant j'aie eu l'esprit distrait , Ou bien que le lecteur m'ait gâté le sonnet. Mais laissons ce discours « et voyons ma ballade.
La ballade, à mon goût, est «ne chose fade :
Ce n'en est plus la mode ; elle sent son vieux temps.
VADIUSw
La ballade pourtant charme beaucoup de gens.
TRISSOTIN
Cela n'empêche pas qu'elle ne me déplaise.
VADIUS
Elle n'en reste pas pour cela plus mauvaise.
TRISSOTIN
Elle a pour les pédants de merveilleux appas.
VADIUS
Cependant nous voyons qu'elle ne vous plaît pas.
TRISSOTIN
Vous donnez sottement vos qualités aux autres.
(ils se lèvent toas.) VADIUS.
Fort impertinemment vous me jetez les vôtres.
TRISSOTIN
Allez, petit grimaud , barbouilleur de papier.
VADIUS
Allez, rimeur de balle, opprobre du métier.
TRISSOTIN
Allez, fripier d'écrits , impudent plagiaire.
YADIUS.
Allez, cuistre...
PIIILAMINTE.
Hé! Messieurs, que prétendez- vous faire?
TRISSOTIN , à Vadius.
Va, va restituer tous les houleux larcins Que réclament sur toi les Grecs et les Latins!
YADlUS.
Va, va-t'en faire amende honorable au Parnasse D'avoir fait à tes vers estropier Horace (1).
TRISSOTIN
Sou viens- toi de ton livre , et de son peu de bruit.
VADÏCS.
Et toi, de ton libraire à l'hôpital réduit,
TRISSOTIN
Ma gloire est établie ; en vain tu la déchires.
VADIUS
Oui, oui, je te renvoie à l'auteur deê Satires,
TRISSOTIN
Je t'y renvoie aussi.
VADIUS
J'ai le contentement Qu'on voit qu'il m'a traité plus honorablement. Il me donne en passant une atteinte légère Parmi plusieurs auteurs qu'au Palais on révère ; Mais jamais dans ses vers il ne te laisse en paix,' Et l'on t'y voit partout être en butte à ses traits.
TRïiSSOTIN.
C'est par là que j'y tiens un rang plus honorable, ïl te met dans la foule ainsi qu'un misérable; Il croit que c'est assez d'un coup pour t'accabler, Et ne t'a jamais fait l'honneur de redoubler. Mais il m'attaque à part comme un noble adversaire Sur qui tout son effort lui semble nécessaire;
(1'. Il faut aroir lu 1m ouTragei de Ciotin et ceox de Ménogre pour sentir comb.eir cette scène doit perdre «njoord'hni dn piquant de l'à-propos , l'un des i»rexnier» mérites de la satire. Cependant , nous ne craignons pas de l'aToner, ces personnalités étaient peu dignes de Molière : qn'il réponde anx attaques de Cotin, rien de mieux : mais ici , pour affaiblir ses 'torts , on est réduit à chercher les causes d) s^n agression dans le caractère aigre et pédanteeque de Ménage, et Pent être dans 164 prCientions do ce sarant à jug«r en dernier ressort de toutes les œuTres de l'esprit