TRISSOTIN, PHILAMINTE, ARMANDE, BÉLISE, HENRIETTE
TRISSOTIN
A mon emportement ne donnez aucun blâme. C'est votre jugement que je défends, Madame, Dans le sonnet qu'il a l'audace d'attaquer.
PHILAMINTE
A vous remettre bien je me veux appliquer ; Mais parlons d'autre affaire. Approchez, Henriette, Depuis assez longtemps mon Âme s'inquiète De ce qu'aucun esprit en vous ne se fait voir ; Mais je trouve un moyen de vous en faire avoir.
HENRIETTE
C'est prendre un soin pour moi qui n'est pas nécessaire; Les doctes 'entretiens ne sont point mon affaire ; J'aime à vivre aisément ; et, dans tout ce qu'on dit. Il faut se trop peiner pour avoir de l'esprit ; C'est une ambition que je n'ai point en tête. Je me trouve fort bien, ma mère, d'être bêle ; Et j'aime mieux n'avoir que de communs propos , Que de me tourmenter pour dire de beaux mots.
PHILAMINTE
Oui; jmais j'y suis blessée, et ce n'est pas mon compte
De souffrir dans mon sang une pareille honte.
La beauté du visage est un frêle ornement.
Une fleur passagère, un éclat d'un moment,
Et qui n'est attaché qu'à la simple épiderine ;
Mais celle de l'esprit est inhérente et ferme.
J'ai donc cherché longtemps un biais de vous donner
La beauté que les ans ne peuvent moissonner,
^ De faire entrer chez tous le désir des sciences,
De vous insinuer les belles connaissances; Et la pensée enfin où mes yœux ont souscrit , C'est d'attacher à vous un homme plein d'esprit.
(Montrant Trissotln.) Et cet homme est Monsieur, que je tous détermine A Toir comme l'époux que mon choix tous destine.
BENRIBTTE.
Moi! ma mère?
I PHILAMINTE
Oui, TOUS. Faites la sotte un peu.
[ BÉLISE, à Trissotin.
\ Je TOUS entends; tos yeux demandent mon aveu
Pour engager ailleurà un cœur que je possède. Allez, je le tcux bien. A ce nœud je tous cède ; C'est un hymen qui fait Totre établissement.
TRISSOTIN, à Henriette.
Je ne sais que tous dire en mon raTissement , Madame; et cet hymen dont je Tois qu'on m'honore Me met...
Tout beau I Monsieur ; il n'est pas fait encore : Ne TOUS pressez pas tant.
PHILAMINTE
Comme tous répondez ! .
Savez-Tous bien que si...? Suffit. Vous m'entendez.
(a Trissotin.)
Elle se rendra sage. Allons, laissons-la faire.