HENRIETTE , TRISSOTIN
HENRIETTE
C'est sur le mariage où ma mère s'apprête
570 LES FEMilES SAVANTES.
Que j'ai voulu, Monsieur, vous ptirlor tôle à lète; Et j'ai cru, dans ie trouble où je vois la maison, Que je pourrais vous faire écouter la raison. Je sais qu'avec mes vœux vous me jugez capal)le De vous porter en dot un bien considérable ; Mais l'argent, dont on voit tant de gens faire cas, Pour un vrai philosophe a d'indignes appas ; Et le mépris du bien et des grandeurs frivoles Ne doit point éclater dans vos seules paroles.
TRISSOTIN
Viiiii A m uns.
• Et ce service est sûr de ma reconnaissance. '"^ ^ "^ SCÈNE VIL
Je suis fort redevable à vos feux généreux. Cet obligeant amour a de quoi me confondre, Et j'ai regret, Monsieur, de n'y pouvoir répondre. Je vous estime autant qu'on saurait estimer ; Mais je trouve un obstacle à vous pouvoir aimer. Un cœur, vous le savez, à deux ne saurait être ; Et je sens que du mien Glitandre s'est fait maître. Je sais qu'il a bien moins de mérite que vous. Que j'ai de méchants yeux pour le choix d'un époux; Que, par cent beaux talents, vous devriez me plaire : Je vois bien que j'ai tort, mais je n'y puis que faire; Et tout ce que sur moi peut le raisonnement. C'est de me vouloir mal d'un tel aveuglement.
TRISSOTIN
Le don de votre main, où l'on me fait prétendre, Me livrera ce cœur que possède Glitandre ; Et, par mille doux soins, j'ai lieu de présumer Que je pourrai trouver l'art de me faire aimer.
HENRIETTE
Non : à ses premiers vœux mon âme est attachée, Et ne peut de vos soins, Monsieur, être touchée. Avec vous librement j'ose ici m'expliquer, . Et mon aveu n'a rien qui vous doive choquer. Cette amoureuse ardeur, qui dans les cœurs s'excite. N'est point, comme l'on sait, un effet du mérite : Le caprice y prend part ; et, quand quelqu'un nous plaît, Souvent nous avons peine à dire pourquoi c'est. Si l'on aimait, Monsieur, par choix et par sagesse.