ACTE I, SCÈNE IX
BÉLINE.
Mon Diea I il ne faut point vous tourmenter de tout cela. S'il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde.
ARGAN
Ma mie !
BÉLINE.
Oui, mon ami, si je suis assez malheureuse pour vous perdre...
ARGAN
Ma chère femme !
BÉLINE.
La vie ne me sera plus rien.
ARGAN
M'amour!
BÉLINE.
Et je suivrai vos pas, pour vous fadre connaître la tendresse que j'ai pour vous.
ARGAN
Ma mie, vous me fendez le cœur! Consolez-vous , je vous en prie.
MONSIEUR DE BONNEFOI , à Bèline.
Ces larmes sont hors de saison; et les choses n'en sont point encore là. «
BÉLINE.
Ah ! Monsieur, vous ne savez pas ce que c'est qu'un mari qu'on aime tendrement.
ARGAN
Tout le regret que j'aurai, si je meurs, ma mie, c'est de n'avoir point un enfant de vous. Monsieur Purgon m'avait dit qu'il m'en ferait faire.
MONSIEUR DE BONNEFOI
Cela pourra venir encore.
ARGAN
11 faut faire mon testament, m'amour, de la façon que Monsieur dit ; mais, par précaution, je veux vous mettre entre les mains vingt mille francs en or, que j'ai dans le lambris de mon alcôve, et deux billets payables au porteur, qui me sont dus, l'un par monsieur Damon, et l'autre par monsieur Gérante.
BÉLINE.
Non, non, je neveux point de tout cela. Ah!... Combien dites- vous qu'il y a dans votre alcôve.
ARGAN
Vingt mille francs, m'amour.
BÉLINE.
Ne me parlez Doint de bien, je voas prie. Ah!... De corn* bien sont les acox billets?
ARGAN
Ils sont, ma mie, l'un de quatre mille francs, et l'autre de six.
BÉLINE.
Tous les biens du monde, mon ami, ne me sont rien au prix de vous.
MONSIEUR DE BONNEFOI , à Argan.
Voulez- vous que nous procédions au testament !
ARGAN
Oui, Monsieur; mais nous serions mieux dans mon petit cabinet. M'amour conduisez-moi, je vous prie.
BÉLINE.
Allons, mon pauvre petit fils.