ACTE III, SCÈNE XVIII
mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette chaise.
RÉLINE.
Le ciel en soit loué! Me voilà délivrée d'un grand fardeau. Que tu es sotte, Toinette,^ de t'affliger de cette mort !
TOINETTE
Je pensais, Madame, qu'il fallût pleurer.
BÉLINE.
Va, va, cela n'en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne ? et de quoi servait-il sur la terre? Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours ; sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes et valets.
TOINETTE
Voilà une belle oraison funèbre!
BÉLINE.
11 faut, Toinette, que tu m'aides à exécuter mon dessein; et tu peux croire qu'^n me servant, ta récompense est sûre. Puisque, par un bonheur, personne n'est encore averti de la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort cachée, jusqu'à ce que j'aie fait mon aflfaire. Il y a des papiers, il y a de l'argent, dont je veux me saisir; et il n'est pas juste que j'aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années. Viens, Toinette; prenons auparavant toutes ses clefs.
ARGAN, se levant brusquement.
Doucement.
BÉLINE.
Ahi!
ARGAN
Oui, Madame ma femme, c'est ainsi que vous m'aimez?
, TOINETTE
Ah! ah! le défunt n'est pas mort!
' ARGAN, à Béline, qui sort.
Je suis bien aise de voir votre amitié, et d'avoir entendu le beau panégyrique que vous avez fait de moi. Voilà un avis au lecteur qui me rendra sage à l'avenir, et qui m'empêchera de faire bien des choses.
662 LE MALADB IMAOINAIBE.