‹ ŒuvresChapitre 60 sur 599 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Et sait cent tours ingénieux

Pour mettre à bout Tes plus cruelles.

Des yeux d'Alcmène il a senti les coups; Et tandis qu'au milieu des béotiques plaines

Amphitryon, son époux,

Commande aux troupes thébaines.

Il en a pris la forme , et reçoit là-dessous

Un soulagement à ses peines , Dans la possession des plaisirs les plus doux. L'état des mariés à ses feux est propice : L'hymen ne les a joint que depuis quelques jours ; Et la jeune chaleur de leurs tendres amours A fait que Jupiter à ce bel artifice

S'est avisé d'avoir recours.

Son stratagème ici se trouve salutaire :

Mais, près de maint objet chéri.

Pareil déguisement serait pour ne rien faire; Et ce n'est pas partout un hon moyen de plaire

Que la figure d'un mari.

J'admire Jupiter, et je ne comprends pas

Tons les déguisements qui lui viennent en tête.

MERCURE

Il veut goûter par là toutes sortes d'états; Et c'est agir en dieu qui n'est pas béte. Dans quelque ran^ qu'il soit des mortels regardé.

Je le tiendrais fort misérable S'il ne quittait jamais sa mine redoutable , Et qu'au faîte des cieux il fût toujours guindé. Il n est point à mon ^ré de plus sotte méthode Que d'être emprisonne toujours dans sa grandeur. Et surtout , aux transports de l'amoureuse ardeur La haute qualité devient fort incommode. Jupiter, qui sans doute en plaisirs se connaît, . Sait descendre du haut de sa gloire suprême ; Et , pour entrer dans tout ce qu'il lui plaît.

Il sort tout à fait de lui-même, Et ce n'est plus alors Jupiter qui parait.

Passe encor de le voir, de ce sublime étage,

Dans celui des hommes venir, Prendre tous les transports que leur cœur peut fournir,

Et se faire à leur badinage , Si , dans les changements où son humeur l'engage A la nature humaine il s'en voulait tenir.

Mais de voir Jupiter taureau.

Serpent, cygne, ou quelque autre chose ,<

Je ne trouve point cela beau , Et ne m'étonne pas si parfois on en cause.

MERCURK.

Laissons dire tous les censeurs :

Tels changements ont leurs douceurs Qui passent leur intelligence.

Ce dieu sait ce qu'il fait aussi bien là qu'ailleurs; Et, dans les mourements de leurs tendres ardeurs , Les bétes ne sont pas si bètes que l'on pense.

Reyenons à l'objet dont il a les faveurs.

Si, par son stratagème, il voit sa flamme heureuse.

Que peut-il souhaiter, et qu'est-ce que je puis?

MERCURE

Que Tos chevaux par vous au petit pas réduits Pour satisfaire aux vœux de son âme amoureuse , D'une nuit si délicieuse Fassent la plus longue des nuits; Qu'à ses transports vous donniez plus d'espace, Et retardiez la naissance du jour Qui doit avancer le retour De celui dont il tient la place. ^

Voilà sans doute un bel emploi Que le grand Jupiter m'apprête !

Et l'on donne un nom fort honnête Au service qu'il veut de moi !

MERCURE

Pour une jeune déesse , Vous êtes Dien du bon temps!

Un tel emploi n'est bassesse Que chez les petites gens.

Lorsque dans un haut rang on a l'heur de paraître Tout ce qu'on fait est toujours bel et bon ; Et, suivant ce qu'on peut être, Les choses changent ae nom.

Sur de pareilles matières Vous en savez plus que moi ; Et , pour accepter l'emploi , J'en veux croire vos lumières.

MERCURE

Hé! là, là, madame la Nuit,

Un peu doucement, je vous prie;

Vous avez dans le monde un bruit (1)

De n'être pas si renchérie.

On vous fait confidente, en cent climats divers,

De beaucoup de bonnes affaires; Et je crois , à parler à sentiments ouverts ,

Que nous ne nous en devons guères.

(1) Bnùt potir réputation.

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