‹ ŒuvresChapitre 71 sur 599 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Et de qaelque laurier qu'on couronne un yainqueur, Quelque part que l'on ait à cet honneur suprême , Vaut-il ce qu'il en coûte nux tendresses d'un cœur Qui peut, à tout moment, trembler pour ce qu'il aime?

JUPITER

Je ne toîs rien en tous dont mon feu ne s'augmente ; out y marque à mes yeux un cœur bien enflammé ; Et c'est , je tous laToue , une chose charmante De troQTer tant d'amour dans un objet aimé. Mais, si je l'ose dire, un scrupule me gène, Aux tendres sentiments que tous me faites Toir; Et , pour les bien goûter, mon amour, chère Alcmène, Voudrait n'y voir entrer rien de votre dcToir; Qu'à Totre seule ardeur, qu'à ma seule personne, Je dusse les faTeurs que je reçois de vous ; Et que la qualité que j'ai de votre époux Ne fût point ce qui me les donne.

C'est de ce nom pourtant que l'ardeur qui me brûle

Tient le droit de paraître au jour ; Et je ne comprends rien à ce nouveau scrupule

Dont s'embarrasse votre amour.

JUPITER

Ah! ce que j'ai pour vous d'ardeur et de tendresse

Passe aussi celle d'un époux ; Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,

Quelle en est la délicatesse :

Vous ne concevez point qu'un cœur bien amoureux Sur cent petits égards s'attache avec élude ,

Et se fait une inquiétude

De la manière d'être heureux.

En moi, belle et charmante Alcmène, Vous voyez un mari, vous voyez un amant; Mais l'amant seul me touche , à parler franchement, Et je sens , près de vous, que le mari le gène. Cet amant, de vos vœux jaloux au dernier point. Souhaite qu'à lui seul votre amour s'abandonne;

Et sa passion ne veut point

De ce que le mari lui donne, li veut de pure source obtenir vos ardeurs. Et ne veut rien tenir des nœuds de Thyménée , Rien d'un fâcheux devoir qui fait agir les cœurs. Et par qui tous les jours des plus chères faveurs

La douceur est empoisonnée.

102 AMPHITRYON

Dans le scrapule enfin dont il est combattu, Il yeut, pour satisfaire à sa délicatesse , Que TOUS le sépariez d'a?ec ce qui le blesse , Que le mari ne soit que pour yotre vertu, Et que de votre cœur, de bonté revêtu , L'amant ait tout l'amour et toute la tendresse.

ALCMÈNB.

Amphitryon, en vérité, *

Vous vous moquez de tenir ce langage ; Et j'aurais peur qu'on ne vous crût pas sage, Si de quelqu'un vous étiez écouté.

iUPITER.

Ce discours est plus raisonnable ,

Alcmène , que vous ne pensez.

Mais un plus long séjour me rendrait trop coupable^ Et du retour au port les moments soàt pressés. Adieu. De mon devoir l'étrange barbarie

Pour un temps m'arrache de vous ; Mais, belle Alcmène , au moins , quand vous verrez Tépoux,

Songez à l'amant, je vous prie.

ALCHÈNE.

Je ne sépare point ce qu'unissent les dieux; Et répoux et l'amant me sont fort précieux.

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