‹ ŒuvresChapitre 76 sur 599 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Ou méchante plaisanterie ?

SOSIE

Non, c'«st la chose comme elle est,

Et point da tout conte frîTole.

Je suis homme d'honneur, j'en donne ma parole;

Et TOUS m'en croirez, s'il tous plaît.

Je TOUS dis que, croyant n'être qu'un seul Sosie.

Je me suis trouvé deux chez nous; Et que de ces deux moi , piqués de Jalousie , L'an est à la maison , et l'autre est arec vous; Que le moi que Toici , chai^^é de lassitude, A trouvé l'autre moi frais, gaillard et dispos,

Et n'ayant d'autre inquiétude

Que de battre et casser des os.

AMPHITRYON

Il faut être, je le confesse, D'an esprit bien posé, bien tranquille, bien doux, Pour souffrir qu'un .valet de chansons me repaisse.

Si VOUS vous mettez en courroux , Plus de conférence entre nous; Vous savez que d'abord tout cesse.

AMPHITRTOrr.

Non, sans emportement je te veux écouter. Je l'ai promis. Mais dis , en bonne conscience, Au mystère nouveau que tu me viens conter Est-il quelque ombre d'apparence?

SOSIE

Non ; vous avez raison , et la chose à chacun

Hors de créance doit paraître.

C'est un fait à n'y rien connaître , Un conte extravagant, ridicule, importun :

Cela choque le sens commun;

Mais cela ne laisse pas d'être.

AMPHITRYON

Le moyen d'en rien croire , à moins qu'être insensé !

SOSIE

Je ne l'ai pas cru, moi, sans une peine extrême.

Je me suis d'être deux senti l'esprit blessé ,

Et longtemps d'imposteur j'ai traité ce moi-même.

Mais à me reconnaître enfin il m'a forcé;

J'ai vu que c'était moi, sans aucun stratagème :

Des pieds jusqu'à la tête il est comme moi fait ,

Beau, l'air noble, bien pris, les manières charmantes;

108 AMPHITHYON.

Enfin , deux gouttes de lait Ne sont pas plus ressemblantes; Et, n'était que ses mains sont un peu trop pesantes, J'en serais fort satisfait.

AMPHITRYON

A quelle patience il faut que je m'exhorte! Mais enfin, n'es- tu pas entré dans la maison?

SOSIE

Bon, entré! Hé! de quelle sorte?

Ai-je voulu jamais entendre de raison.' Et ne me suis-je pas interdit notre porte?

AMPmTRYON.

Gomment donc?

SOSIE

Avec un bAton, Dont mon dos sent encore une douleur très forte.

AMPHITRYON

On t'a battu?

SOSIE

Vraiment.

AMPHITRYON

Et qui?

Mol.

AMPHITRYON

Toi, te battre?

SOSIE

Oui, moi; non pas le moi d'ici, Mais le moi du logis, qui frappe comme quatre.

AMPHITRYON

Te confonde le ciel de me parler ainsi!

SOSIE

Ce ne sont point des badinages :

Le moi que j'ai trouvé tantôt Sur le moi qui vous parle a de grands avantages ;

Il a le bras fort , le cœur haut :

J'en ai reçu des témoignages ; Et ce diable de moi m'a rossé comme il faut ;

C'est un drôle qui fait des rages.

AMPHITRYON

Achevons. As- tu vu ma femme?

SOSIE

Non.

AMPHITRYON

Pourquoi?

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