‹ ŒuvresChapitre 99 sur 599 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

POLIDAS.

Certes, ce rapport admirable Suspend ici mon jugement.

C'est trop être éludés (1) par un fourbe exécrable; Il £aiut avec ce fer rompre l'enchantement.

NACGRATÈS, à Amphitryon, qui a mis l'épée à la main. Arrêtez!

AMPHITRYON

Laissez-moi.

NAUCR\TÈS.

Dieux! que voulez- VOUS faire?

AMPHITRYON

Punir d'un imposteur les lâches trahisons.

JCPITER.

Tout beau! l'emportement est fort peu nécessaire; Et lorsque de la sorte on se met en colère, On fait croire qu'on a de mauvaises raisons.

SOSIE

Oui, c'est un enchanteur qui porte un caractère Pour ressembler aux maîtres des maisons.

AMPHITRYON, à Sosie.*

Je te ferai, pour ton partage, Sentir par mille coups ces propos outrageants.

SOSIE

Mon maître est homme de courage, Et ne souffrira point que l'on batte ses gens.

AMPHITRYON

Laissez-moi m'assonvîr dans mon courroux extrême, Et laver mon affront au sang d'un scélérat.

NADCRATÈS, arrêtant Amphitryon.

Nous ne souffrirons point cet étrange combat D'Amphitryon contre lui-même.

AMPHITRYON

Quoi ! mon honneur de vous reçoit ce traitement * Et mes amis d'un fourbe embrassent la défense ! Loin d'être les premiers à prendre ma vengeance , Eux-mêmes font obstacle à mon ressentiment !

NAUCRATÈS

Que voulez-vous qu'à cette vue Fassent nos résolutions.

(1^ Oe mot est pris ici dan« le .«ens da Terbc latin eludere , qui Teut dire duper, fsmrbcr; mais il n'a Jamais signifié en français quVi'tter acee adreêU.

188 AMPHITRYON

Lorsque par deux Amphitryons Toute notre chaleur demeure suspendue ?

A TOUS faire éclater notre zèle aujourd'hui , Nous craignons de faillir et de vous méconnaître. Nous voyons bien en vous Amphitryon paraître, Du salut des Thébains le glorieux appui, Mais nous le voyons tous aussi paraître en lui, Et ne saurions juger dans lequel il peut être.

Notre parti n'est point douteux, Et l'imposteur par nous doit mordre la poussière ; Mais ce parfait rapport le cache entre vous deux ;

Et c'est un coup trop hasardeux

Pour l'entreprendre sans lumière.

Avec douceur laissez-nous voir De quel côté peut être l'imposture; Et, dès que nous aurons démêlé l'aventure, Il ne nous faudra point dire notre devoir.

JUPITER

Oui, vous avez raison, et cette ressemblance A douter de tous deux vous peut autoriser. Je ne m'offense point de vous voir en balance ; Je suis plus raisouBable, et sais vous excuser. L'œil ne peut entre nous faire de différence. Et je vois qu'aisément on s'y peut abuser. Vous ne me voyez point témoigner de colère.

Point mettre l'épée à la main :

C'est un mauvais moyen d'éclaircir ce mystère, Et j'en puis trouver un plus doux et plus certain.

L'un de nous est Amphitryon ; Et tous deux à vos yeux nous le pouvons paraître.. C'est à moi de finir cette confusion ; Et je prétends me faire à tous si bien connaître. Qu'aux pressantes clartés de ce que je puis être Lui-même soit d'accord du sang qui m'a fait naître,, Et n'ait plus de rien dire aucune occasion. C'est aux yeux des Thébains que je veux avec vous De la vérité pure ouvrir la connaissance; Et la chose sans doute est assez d'importance

Pour affecter la circonstance

De l'éclaircir aux yeux de tous.

Alcmène attend de moi ce public témoignage : Sa vertu, que l'éclat de ce désordre outrage. Veut qu'on la justifie, et j'en vais prendre soin. C'est à quoi mon amour envers elle m'engage ;.

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