Apoc, xir, 1. cap. i
3. Serm. IV de S^mh. ml Catecli.. 3. Apoc. X il. 2. — ^l^.: ut jjarcnt.
que Marie a été sujette à la malédiction de toutes les mères, qui mettent leurs enfants au monde au milieu des gémissements et des cris? Au contraire, ne savonsnous pas qu'elle a enfanté sans douleur, comme elle a conçu sans corruption? Quel est donc le sens de saint Jean, dans cet enfantement douloureux qu'il attribue à la sainte Vierge? et comment démêlerons-nous ces contrariétés apparentes ?
C'est le mystère que je vous prêche, c'est la vérité que je vous annonce. Nous devons entendre, mes Frères, qu'il y a deux enfantements en Marie. Elle a enfanté Jésus-Christ, elle a enfanté les fidèles, c'est-à-dire elle a enfanté l'Innocent, elle a enfanté les pécheurs. Elle enfante l'Innocent sans peine ; mais il fallait qu'elle enfantât les pécheurs parmi les tourments ^ et les cris : c'est pourquoi je vois dans mon évangile qu'elle les enfante à la croix, ayant le cœur rempli d'amertume et saisi de douleur, le visage noyé de ses larmes. Et voici la raison de tout ce mystère, que je vous prie de bien pénétrer pour l'édification de vos âmes.
Puisque, ainsi que nous l'avons dit, les fidèles devaient renaître de l'amour du Père éternel et des souffrances de son cher Fils ; afin que la divine Marie fût la mère du peuple nouveau, il fallait qu'elle fût unie non seulement à l'amour fécond par lequel le Père nous a adoptés, mais encore aux cruels supplices par lesquels le Fils nous engendre. Car n'était-il pas nécessaire que l'Eve de la nouvelle alliance fût associée au nouvel Adam? Et de là vient que vous la voyez" affligée aux pieds de la croix ; afin que, de même que la première Eve a goûté autrefois sous l'arbre, avec son époux désobéissant, la douceur empoisonnée du fruit défendu, ainsi l'Eve de mon évangile s'approchât de la croix de Jésus, pour goûter avec lui toute l'amertume de cet arbre mystérieux. Mais mettons [p. 12] ce raisonnement dans un plus grand jour ; et posons pour premier principe que c'était la volonté du Sauveur des âmes, que toute sa fécondité fût dans ses souffrances. C'est lui-même qui me l'apprend, lorsqu'il se compare, dans