‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 136 sur 538 · Ps. XVIII, 13. leurs, » l'orateur comprend évideni · texte numérisé non relu

Ps. XVIII, 13. leurs, » l'orateur comprend évideni

royaume est un remède universel à tous les maux, un baume qui les adoucit, un charme qui les enchante? Au lieu que, par un conseil de la providence divine, qui sait donner aux conditions les plus élevées leur contrepoids, cette grandeur que nous admirons de loin comme quelque chose au-dessus de l'homme, touche moins quand on y est né, ou se confond elle-même dans son abondance ; et qu'il se forme au contraire parmi les grandeurs une nouvelle sensibilité pour les déplaisirs, dont le coup est d'autant i:)lus rude, qu'on est moins préparé à le soutenir.

Il est vrai que les hommes aperçoivent moins cette malheureuse délicatesse dans les âmes vertueuses. On les croit insensibles, parce que non seulement elles savent taire, mais encore sacrifier leurs peines secrètes ^. Mais le Père céleste se plaît à les regarder dans ce secret, et comme il sait leur préparer leur croix, il y mesure aussi leur récompense. Croyez-vous que la Reine pût être en repos dans ces fameuses campagnes qui nous apportaient coup sur coup tant de surprenantes nouvelles? Non, Messieurs : elle était toujours tremblante, parce qu'elle voyait toujours cette précieuse vie dont la sienne dépendait, trop facilement hasardée. Vous avez vu ses terreurs ; vous parlerai-je de ses pertes et de la mort d^ ses chers enfants? Ils lui ont tous déchiré le cœur. Représentons-nous ce jeune prince ^, que les

ment tout ce qu'il ne pouvait dire à familiarisé avec le Roi, qui s'était

pleine bouche, et dont le Roi avait adressé plusieurs fois à lui dans les

fini par se corriger. (( Bossuet, dit scrupules de sa vie. » — Cf. lettres

Saint-Simon, lui avait souvent parlé de Bossuet à Louis XIY (juillet

là-dessus avec une liberté digne des 1675, Correspondance, t. I, p. 5^68).

premiers siècles de l'Église. Il avait 1. « Si l'on y songe, la portée de

interrompu le cours du désordre ce mot peines secrètes, ainsi placé,

plus d'une fois : il avait osé pour- va très loin. Ce mot, en effet, ne

suivre le Roi, qui lui avait échappé. s'applique bien ni aux craintes qu'en

Il fit à la fin cesser tout mauvais temps de guerre la Reine éprouvait

commerce, et il acheva de couronner pour la sûreté du Roi, et que rien

cette grande œuvre par les derniers ne l'obligeait de cacher, encore

coups, qui chassèrent pour jamais moins aux deuils , répétés de la

M'"ecleMontespandelaCou:-.))(J/c- famille ro3'ale... » (Édit. Jacquinet.)

moire*', édit. Chéruel,t. XII, p. 118). Cf. ce que"^ l'orateur disait plus haut

Onlit au même endroit, ce bel éloge de l'oratoire de la Reine, où «elle

de Bossuet: ((C'était un homme dont trouvait... la montagne si souvent

l'honneur, la vertu, la droiture était témoin des gémissements de Jésus. »

aussi inséparable que la science et 2. Le duc d'Anjou, mort à l'âge

la vaste érudition. La place de de trois ans, en 1671. précepteur de Monseigneur l'avait

Sermons ik- Bossuet. — VI. 13

194 ORAISON FLNÈBRE

Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains (pardonnez-moi ces expressions) ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur ^. Alors, triste messager d'un événement si funeste, je fus aussi le témoin, en voyant le Roi et la Reine, d'un côté de la douleur la plus pénétrante, et de l'autre des plaintes les plus lamentables ; et sous des formes différentes, je vis une affliction sans mesure. Mais je vis aussi des deux côtés la foi également victorieuse ; je vis le sacrifice agréable de l'âme humiliée sous la main de Dieu, et deux victimes royales immoler d'un commun accord leur propre cœur.

Pourrai -je maintenant jeter les yeux sur la terrible menace du Ciel irrité, lorsqu'il sembla si longtemps vouloir frapper ce Dauphin même ", notre plus chère espérance ? Pardonnez-moi, Messieurs, pardonnez-moi si je renouvelle vos frayeurs. Il faut bien, et je le puis dire, que je me fasse à moi-même cette violence, puisque je ne puis montrer qu'à ce prix la constance de la Reine. Nous vîmes alors dans cette princesse, au milieu des alarmes d'une mère, la foi d'une chrétienne. Nous vîmes un Abraham prêt à immoler Isaac, et quelques traits de Marie quand elle offrit son Jésus. Ne craignons point de le dire, puisqu'un Dieu ne s'est fait homme que pour assembler autour de lui des e;i;emples pour tous les états. I.a Reine, pleine de foi, ne se propose pas un moindre modèle que Marie ; Dieu lui rend aussi ^ son fils unique, qu'elle lui offre d'un cœur déchiré, mais soumis, et veut que nous lui devions encore une fois un si grand bien.

On ne se trompe pas. Chrétiens, quand on attribue tout à la prière. Dieu, qui l'inspire, ne lui peut rien refuser. IJîi roi, dit David, ne se sauve pas par ses armées; et Je puissant ne se sauve pas par sa valeur '^. Ce n'est pas aussi aux sages conseils qu'il faut attribuer

1. Ce petit prince était <( le mieux alarmé que, s'il y eût succombé, il fait et le plus joli du monde. » dit ne serait resté à Louis XIV aucun de son côt*^ M«"e de Montpensier héritier légitime.

dans ses .ï/tiwjo/;"^.v (année ]f}7] ). 3. Lui rend, à elle aussi, par une

2. En UîHO, le Dauphin, presque espèce de résurrection, aussitôt après son 'mariage, fit une 4. Ps. xxxii, 16. maladie dont on fut d'autant plus

les heureux succès. // s'élève, dit le Sage, plusieurs pensées dans le cœur de Vhomme ^ : reconnaissez l'agitation et les pensées incertaines des conseils humains. « Mais, poursuit-il, la volonté du Seigneur demeure ferme '; et pendant que les hommes délibèrent, il ne s'exécute que ce qu'il résout. Le Terrible, le Tout- Puissant, qui ôte, quand il lui plaît, Vesprit des princes -, le leur laisse aussi quand il veut, pour les confondre davantage, et les prendre dans leurs propres finesses '\ Car /7 n'y a point de prudence, il n'y a point de sagesse, il n'y a point de conseil contre le Seigneur \ Les Machabées étaient vaillants; et néanmoins il est écrit « qu'ils combattaient par leurs prières » plus que par leurs armes : Per orationes congressi sunt'' )>, assurés, par l'exemple de Moïse, que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent. Quand tout cédait à Louis, et que nous crûmes voir revenir le temps des miracles, où les murailles tombaient au bruit des trompettes ^, tous les peuples ^ jetaient les yeux sur la Reine, et croyaient voir partir de son oratoire la foudre qui accablait tant de villes.

Que si Dieu accorde aux prières les prospérités temporelles, combien plus leur accorde-t-il les vrais biens, c'est-à-dire les vertus! Elles sont le fruit naturel d'une âme unie à Dieu par l'oraison. L'oraison, qui nous les obtient, nous apprend à les pratiquer, non seulement comme nécessaires, mais encore comme reçues du Père des lumières, d'où descend sur nous tout don parfait^ ; et c'est là le comble de la perfection, parce que c'est le fondement de l'humilité. C'est ainsi que Marie-Térèse attira par la prière toutes les vertus dans son âme. Dès sa première jeunesse, elle fut, dans les mouvements d'une cour alors assez turbulente, la consolation et le seul soutien de la vieillesse infirme du roi son père. La reine sa belle-mère, malgré ce nom odieux®, trouva en

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