‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 145 sur 538 · POUR L'OUVERTURE D'UNE MISSION · texte numérisé non relu

POUR L'OUVERTURE D'UNE MISSION

à Meaux, le lundi, 20 mars 1684 (?)•

Nous n'avons aucun des sermons que Bossuet prêcha dans sa cathédrale, tous les dimanches, pendant le carême de 1684, ainsi que l'attestent des mémoires manuscrits ^. La fin de cette s.tation coïncidait avec un jubilé. L'évêque voulut y préparer les âmes par une mission. Il y consacra quinze jours, avec le concours de Fénelon et de Fleury, qu'on retrouve aussi parmi ses collaborateurs dans une seconde mission, qui fut donnée à Coulommiers, depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte. Dans celle de Meaux, Bossuet prêchait, pour sa part, trois fois par semaine. Il fit aussi le sermon d'ouverture. C'était le lundi de la Passion. Le texte mis en tête de l'esquisse qu'on va lire est tiré de l'évangile de ce jour. En l'absence du manuscrit autographe, nous la plaçons à cette date par conjecture ^, comme nous l'avions déjà proposé dans l'Histoire critique de la prédication de Bossuet.

Ego vado.

Je m'en vais 3.

(Joan., VIII, 21.)

Ces paroles nous représentent Jésus-Christ se séparant et disant à l'âme le dernier adieu, rompant ses liaisons avec elle, retirant ses grâces et lui reprochant son ingratitude. J'ai voulu t 'attirer à moi pour te donner la vie, tu n'as pas voulu ; adieu donc, adieu pour jamais, je me retire maintenant : Ego vado, c'est moi qui m'en vais; mais je te chasserai un jour : Discedite

1. Aix grand séminaire de Meaux : reléguée. Les éditeurs modernes, en Journal du curé de Sahit-Jcan- Vj laissant, ont pris soin du moins les-deux-Jumeaux (Raveneau). Le de faire un tout des quatre articles Grand Recueil du médecin Rochard de leur prédécesseur (xcill-xcvii). mentionne le sermon du deuxième 3. Les traductions des textes cités dimanche, 27 février. sont peut-être du premier éditeur.

2. Elle est tirée des Pensées chré- 4. Matt., xxr, 41, tiennes et morales, où Deforis l'avait

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Trois choses à considérer : le pécheur quittant Dieu, Dieu abandonnant le pécheur, et enfin Dieu chassant le pécheur : Discedite..., — maledicti, — in ignem œternum,

I. Allez au feu éternel^. C'est alors que le damné conjurera toutes les créatures, et leur dira comme Saiil à l'Amalécite : ce Sta super me, et interfice me, quoniam tenent me angustiœ, et adhuc tota anima mea in me est ^ : Appuyez-vous sur moi et me tuez, parce que je suis dans un accablement de douleur, et que toute mon âme est encore en moi. » Tant de liaisons que le pécheur avait avec Dieu se trouveront rompues tout à coup, ce Que je voie le visage du roi, disait Absalon : Videam faciem régis: quod si memor est iniquitatis meœ, interficiat me^. » Il n'y avait entre ce prince et David qu'une liaison; l'homme en a avec Dieu une infinité : un coup de foudre part, qui rompt tout : ce Discedite : Retirez-vous. » Adieu, mon père ; adieu, mon frère ; adieu, mon ami ; adieu, mon Dieu ; adieu, mon Seigneur ; adieu, mon maître ; adieu, mon roi ; adieu, mon tout ! Jésus-Christ ne le peut plus souffrir, il le hait infiniment, nécessairement, éternellement, substantiellement, comme il s'aime, parce qu'il est dans l'état de péché; non dans l'acte, ni dans l'habitude, mais dans l'état : le péché est humanisé en lui; c'est un homme devenu péché. Il perd tout bien, omne honum : il ne reste pour tout bien en lui que la simplicité de son être, et c'est son malheur extrême, parce que Dieu le conserve pour être en butte éternellement à ses vengeances et le sujet de toutes les misères possibles.

II. Maledictî. Cette parole exprime un jugement pratique en Dieu, qui livre le pécheur à toute l'exécration de sa justice ; et elle contient une imprécation contre lui, qui déracine jusqu'aux moindres fibres de la capacité qui était en lui pour recevoir du bien et pour en faire. Ainsi

1. Les éditeurs rattachent cette portait sur le premier, car ce qu'on

traduction à la phrase précédente, va lire est le développement de

dans laquelle ils n'ont pas soupçon- Discedite.

né le plan du discours. Si ces quatre 2. II Reg., I, 9.

mots sont bien de Bossuet, l'accent 3. Ibid.., xiv, 32.

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c( ces deux maux viennent subitement fondre sur le pécheur, la viduité et la stérilité : Venient tibi duo hsec subito... sterilitas et viduitas \ » Il se trouve moins capable de recevoir du bien que le néant; et l'inflexibilité de la volonté de Dieu dans son jugement répond à l'invariabilité de celle du pécheur dans le mal. « Il a rejeté la bénédiction, elle sera éloignée de lui : Noluit benedictionem, et elongabitur ab eo^, »

III. In ignem œternum : feu surnaturel dans sa production, instrument de la puissance divine dans son usage, immortel dans son opération : méditez. Cela est-il vrai? Qui est-ce que cela regarde? Pourquoi, mon Sauveur, faut-il vous quitter ? — « Discedite : Retirezvous. » — Votre bénédiction avant de partir ! — « Maledîcti! Vous êtes maudits! » — Ce ne sera peut-être pas pour toujours ; je reviendrai faire pénitence : ha ! mes yeux, que je vous ferai bien porter la peine de tous ces regards voluptueux qui me coûtent si cher! Quel torrent de larmes ne vous forcerai-je pas alors de répandre ! Quelle violence ne ferai-je pas à tous mes sens pour expier l'abus, et les soumettre à la loi divine ! — Non, vous vous flattez en vain, il n'y aura plus de temps; tout est désormais éternel, le supplice comme la récompense.

Pourquoi ^, nous dit-on, pour un péché qui passe si vite, est-on condamné à une peine éternelle? — O homme, qui es-tu pour répondre à Dieu * ? Et néanmoins, afin de satisfaire en un mot à ta question, n'est-il pas vrai que, lorsque tu te livres aux objets de tes passions, tu veux pécher sans fin? Combien de fois as-tu protesté aux complices de tes désordres que tu ne leur serais jamais infidèle? Toutes tes protestations s'en vont en fumée, le vent les emporte, parce que Dieu confond tes projets; mais c'est là l'intention de ton cœur : tu ne

1. l8.,XLVii, 9. (Citation rectifiée.) d'Aristote, singulières pensée* chré-

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