Le cardinal de Retz. — L'édi- de conspirateur émérite
tion Deforis donne ici :... d'Estrées ; 4. Paris, de près ; Rome, de loin,
mais c'est une faute d'impression Retz avait succédé à son oncle,
corrigrée à V errata. Henri de Gondi. archevêque de
2. Les deux derniers mots portent Paris : et le clergé de ce diocèse sur les quatre verbes qui précèdent. croyait devoir le soutenir dans ses non sur le dernier seulement. prétentions. D'autre part, il avait
3. Le cardinalat, qu'il obtint. Il obtenu que le pape Innocent X prît visait en outre à remplacer Mazarin, la défense de la dignité cardinalice, après l'avoir renversé du ministère : qui aurait été mieux protégée par cette seconde ambition de Retz resta une conduite un peu plus ecclésiainassouvie, malgré son ferme génie stique que n'était celle de Retz.
Michel Le Tellier, Rome n'eut point à reprocher au cardinal Mazarin d'avoir terni l'éclat de la pourpre ^ dont il était revêtu ; les affaires ecclésiastiques prirent une forme réglée. Ainsi le calme fut rendu à l'État : on revoit dans sa première vigueur l'autorilé affaiblie ; Paris et tout le royaume, avec un fidèle et admirable empressement, reconnaît son Roi gardé par la Providence et réservé à ses grands ouvrages ; le zèle des compagnies, que de tristes expériences avaient éclairées, est inébranlable ; les pertes de l'État sont réparées; le cardinal fait la paix avec avantage. Au plus haut point de sa gloire, sa joie est troublée par la triste apparition de la mort ; intrépide, il domine jusqu'entre ses bras et au milieu de son ombre : il semble qu'il ait entrepris de montrer à toute l'Europe que sa faveur attaquée par tant d'endroits est si hautement rétablie, que tout devient faible contre elle, jusqu'à une mort prochaine et lente. Il meurt avec cette triste consolation ; et nous voyons commencer ces belles années dont on ne peut assez admirer le cours glorieux. Cependant la grande et pieuse Anne d'Autriche rendait un perpétuel témoignage à l'inviolable fidélité de notre ministre, où ^, jDarmi tant de divers mouvements, elle n'avait jamais remarqué un pas douteux. T^e Roi, qui, dès son enfance ^, l'avait vu toujours attentif au bien de l'État et tendrement attaché à sa personne sacrée, prenait confiance en ses conseils, et le ministre conservait sa modération, soigneux surtout de cacher l'important service qu'il rendait continuellement à l'État en faisant connaître les hommes capables de remplir les grandes places, et en leur rendant à propos des offices ^
1. C'est-à-dire, de l'avoir terni en peuvent désigner que l'enfance du la personne de Retz. Mazarin avait Roi : il n'y a ici aucune amphibolomenacé de le faire condamner pour gie dans l'emploi du possessif, crime de haute trahison, en passant 4. Il ne paraît guère probable que outre aux immunités ecclés astiques. Bossnet ait songea lui-même, en
2. Oii remplace un pronom. Le parlant de ces bons offices de Le sens est : «l'inviolable fidélité . Tellier. M. Floquet le croit (X'<?/Yiw dans laquelle elle n'avait jamais re- sur la vie de Bossuet. t. III, p 11). marqué...» Il n'est nullement né- Admettons, d'après les notes autocessaire de faire rapporter l'adverbe graphes de Ledieu, qui étaient la relatif à un antécédent de personne proj)riété de ce savant, que Le Tellier {ministre). ait proposé Bossuet, dès l(i65, pour
3. Ainsi placés, ces trois mots ne les fonctions de précepteur du
qu'ils ne savaient pas. Car que peut faire de plus utile un zélé ministre, puisque le Prince, quelque grand qu'il soit, ne connaît sa force qu'à demi s'il ne connaît les grands hommes que la Providence fait naître en son temps pour le seconder ^ ? Ne parlons pas des vivants, dont les vertus non plus que les louanges ne sont jamais sûres dans le variable état de cette vie. Mais je veux ici nonmier par honneur le sage, le docte et le pieux Lamoignon % que notre ministre proposait toujours connne digne de prononcer les oracles de k justice dans le plus majestueux de ses tribunaux. La Justice, leur commune amie, les avait unis ; et maintenant ces deux âmes pieuses, touchées sur la terre du même désir de faire régner les lois, contemplent ensemble à découvert les lois éternelles d'où les nôtres sont dérivées; et, si quelque légère trace de nos faibles distinctions paraît encore dans une si simple et si claire vision, elles adorent Dieu en qualité de justice et de règle.
((Ecce in jvstitia regnahit rex, et principes in judicio prirernnt "' : T.e roi régnera selon la justice, et les juges présideront en jugement. » La justice passe du Prince dans les magistrats, et du trône elle se répand sur les tribunaux. C'est dans le règne d'Ézéchias le modèle de nos jours. Un Prince zélé pour la justice nomme un princijjal et universel magistrat capable de contenter ses désirs. L'infatigable ministre ouvre des yeux attentifs sur tous les tribunaux ; animé des ordres du Prince, il y rétablit la règle, la discipline, le concert, l'esprit de justice. Il sait que, si la prudence du souverain magistrat est obligée quelquefois, dans les cas
Dauphin, qui ne lui f rent offertes parler des vivants, il ne saurait que cinq ans plus tard : l'orateur, s'apfir de Chrétien de Lamoignori, s'il savait cette particularité à l'épo- comme on l'a prétendu. Celui-ci, que de cette oraison funèbre, sp met- l'ami de Boileau, et en général des tait-il au nombre des a hommes gens de lettres et des gens de bien, capables de remplir les grandes pla vécut jusqu'en 1709. On voit claireces, » et dont la révélation rendait ment par ce qui suit que celui dont de si importants services à l'Etat V il est question était entré dans l'au-
1. Bossuet, comme ses contem- tre vie, quand mourut Le Tellier. porains a souvent fait honneur à C'est Guillaume de Lamoignon.Pre- Lonis XIV de toutes les grandeurs mier président du Parlement de de son règne : il donne ici le correctif Paris. Il avait donné à son fils nécessaire, et il importe de le re- l'exemple de l'intégrité, marquer. 3. Is., xxxii, 1.