Fr. 12821, fos 27â à
Vocabis nomcn ejus Jesum; ipse enim salvum faciet popvhim suum a peccatis eorum.
Vous lui donnerez le nom de Jésus, c'est-à-dire Sauveur, parce que c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. (Matth., I, 21.)
[P. 1] Si nous avions conservé les sentiments ^ que Dieu avait mis d'abord dans notre nature, il ne faudrait aucun effort pour nous faire entendre que le péché est le plus grand de tous les maux ; et sans le secours des prédicateurs, notre conscience nous en dirait plus que tous leurs discours ^. Ce qui nous frappe, mes Frères, ce qui fait que nous avons peine à donner au péché le nom de mal, c'est à cause qu'il est volontaire. Mais en cela notre erreur est visible, puisque au contraire c'est de notre faute, qui est volontaire, que la peine, qui ne l'est pas, prend sa naissance : c'est pour venger le consentement que nous avons donné de nous-mêmes à notre perte et à notre honte, que la mortalité, que les maladies, que l'enfer même et tous ses supplices viennent en foule nous accabler malgré nous. Et quiconque sera le sauveur des hommes, il doit uniquement s'attacher ^ à ce principe volontaire et universel de ces malheurs "*. C'est pourquoi Dieu nous avertit que si aujourd'hui, parmi les douleurs de la circoncision, il donne à son Fils le nom de Sauveur, et relève par un si grand [nom] son humiliation, c'est à cause qu'il doit sauver son peuple fidèle de ce grand mal du péché. D'autres^ ont porté ce beau nom pour avoir [p. 2] délivré le peuple ou d'une longiie captivité, ou des périls de la guerre, ou des horreurs de la famine. Toute langue doit confesser ^ qu'il est un sauveur
L Ici. une addition an crayon. crit.
devenue illisible. Ce j^onvait être: 5. Z)'a?(<?-es. Dan? un passage sup-
Imnières (?) et les. primé, Bossuet les indiquait : (( Un
2. Il y a ici au manuscrit une cor- Josué, un Joseph, un Gédéon. un rection au crayon, cet..., illisible et Zorobabel. ))
destinée sans doute à remplacer fi. Mots empruntés au verset :
tans leurs di.<cour.'<. Omnis lingua conjiteatur quia Domi-
3. Var. : il faut qu'il s'attache. nus Jésus Christus in gloria est Dei
4. Edit. : de tous nos maux. — Patris. (Philipp., il. 11.) — Yar. : Mais maii.v semble barré au manus- Tous les hommes doivent confesser.
à meilleur titre, puisqu'il ne vient pas nous sauver, comme les autres, des peines ou de quelques suites du péché : il vient nous sauver du péché même ; et, attaquant le mal jusques dans sa source, il est le véritable libérateur et le sauveur par excellence. C'est, mes Frères, en peu de paroles l'explication [de] mon texte S et c'est par là que le nom sacré de Jésus est au-dessus de tout nom. Je pourrais vous faire voir avec saint Paul qu'à ce nom tout genou ^ fléchit dans le ciel, dans la terre et dans les enfers^, et par ce mo3'en remplir vos esprits d'admiration et d'étonnement pour un nom si auguste et si magnifique. Mais j'aime mieux vous faire voir, par le propre sens de mon texte, qu'à ce nom, le ciel et la terre sont remplis de joie, d'espérance, d'actions de grâces, et que tout cœur doit être enflammé d'un saint amour. C'est à quoi je consacre tout ce discours ; et comme j 'apprends de saint Paul que nul ne peut même nommer Je Seigneur Jé.ms que par la grâce du Saint-Esprit^, je la demande humblement par l'intercession de la bienheureuse Vierge. Ave.
La rémission des péchés, le propre ouvraL>e du Sauveur "^ et la grâce particulière de la nouvelle alliance, se commence dans le baptême, se continue dans toute la vie et s'achève dans le ciel. C'est ce que saint Augustin nous explique par une excellente doctrine, interprétant ^ cette parole de saint Jean-Baptiste : Voilà VAgneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde ^. [p. 3] Les paroles de saint Augustin sont trop belles et trop précises pour n'être pas rapportées au commencement de ce discours, puisque aussi bien elles en sont tout le fondement ^ : « Tollit omnino,
1. Var. : ce que veut dire mon aide à n^en plus commettre durant texte. cette vie^ et parce que, par plusieurs
2. BoPPuet écrit genouil. périls et par divers exercices, il nous 8. Philipp., II, 10. mène enfin à la vie heureuse, oii nous