Matth., XII, B6. 8. Var. : enlevé
ô. Var. : les vraies joies vous 9. Le troisième ciel. (Voir II Cor.,
reviendront. xil, 2-4.) P^xpression conforme à la
(\. Addition au crayon, en haut cosmologie hébraïque. Les Hébreux,
de la page. — D'autres surcharges, en effet, distinguaient trois cieux :
en marge, sont placées ici par celui de l'air, que traversent les nua-
Deforîs ; (( Le temps des épreuves ges et les oiseaux : celui du monde
est long. Le monde nous le prêche sidéral, et celui qui est le séjour de
assez avec ses amertumes ; nous n'en Dieu et qu'on appelait aussi le cieZ
sommes que trop dégoûtés. Mais des cieux. On ignore en quel sens
vous (en attendant...). )) — La fin saint Paul (Il Cor., xil, 2-4) a
paraît bien lue. Le début, au con- employé cette expression : quelques-
traire, bien qu'il semble aujourd'hui uns veulent qu'il l'ait entendue au
impossible d'indiquer la vraie leçon. propre ; la plupart disent qu'il a
Ce qui s'aperçoit encore donne plus désigné par là métaphoriquement la
de lettres pour la première phrase vision sublime dont il a été favorisé.
qu'il n'y en a dans l'interprétation — La cosmologie du moyen âge,
du bénédictin ; en outre, il n'a pas venue des Grecs, connaissait neuf
remarqué qu'il s'agit d'une rédaction cieux, un pour chaque planète, un
refaite plus brièvement à la plume. pour les étoiles fixes et, au-dessus,
Elle débutait ainsi : « En attendant le ciel empyrée, habité par la Divi-
le temps des... ». La ligne suivante nité.
voulu souffrir poui* votre salut des abattements, des ennuis ^, des détresses, laissez-moi dire ce mot, et une tristesse jusqu'à la mort. Prenez ce remède nécessaire, et buvez le calice de sa passion ; les vraies joies vous reviendr[ont] ^ avec la santé.
[P. 56] Mais, puisque les joies de la terre sont si mortelles à l'âme ^, mes Frères les prédicateurs, ne cessons de réveiller sur ce sujet le genre humain endormi ; répandons dans les saints discours le baume de la piété et, au lieu de ces finesses dont le monde est las, la vive et majestueuse simplicité, les douces promesses et l'onction céleste de l'Évangile.
Et vous, célèbre Compagnie '^, qui ne portez pas en vain le nom de Jésus, à qui la grâce a inspiré ce grand dessein de conduire les enfants de Dieu dès leur plus bas âge "' jusqu'à la maturité de l'homme parfait en Jésus-Christ ^, à qui Dieu a donné vers la fin des temps ^ des docteurs, des apôtres, des évangélistes ^, afin de faire éclater par tout l'univers et jusques dans les terres les plus inconnues, la gloire de l'Évangile ^, ne cessez, selon votre sainte institution, d'y faire servir ^° tous les talents de l'esprit, l'éloquence, la politesse, la littérature ; [p. 57] et afin de continuer^ ^ un si grand ouvrage,
1. Yar. : des ennuis extrêmes. en Chine et en Amérique par les Marc, XIV, 33. Sur le sens du mot Jésuites.
ennui, beaucoup plus fort autrefois 10. Première rédaction: Ne cessez
qu'aujoiird'hui, voir t. I, p. 176 ; d'y faire servir, selon votre sainte
t. II, p. 213 ; t. III, p. 371. institution. — Le renvoi correspon-
2. Var. : la joie vous reviendra. dant à ces quatre mots placés en
3. Var. : nous sont si mortelles — addition marginale, était d'abord sont si mortelles à la piété. mis après servir. Il a été ensuite
4. L'orateur s'adresse ici directe- effacé à cet endroit, et reporté après ment aux Jésuites, dans l'église ne cessez {au cra-jon) .
desquels il prêchait. IL Var. : et afin de mieux accom-
5. Allusion aux nombreux collé- plir un si grand ouvrage. — Préférée ges dirigés par la Compagnie de à la rédaction définitive pa)- Deforis. Jésus. Descartes, Corneille, Molière, Plus haut, le bénédictin janséniste le grand Condé, Bossuet lui-même, avait fait remarquer que Bossuet, en etc., avaient été élèves des Jésuites. tête de cette apostrophe, a remplacé:
6. Ici, Bossuet s'inspire de saint (( Sainte et savante Compagnie » Paul : tn w/rum pei-fectum. in men- par: «Et vous, célèbre Compagnie». suram œtatis plenitudinis Christi. Il aurait dû ajouter la raison de (Ephes., IV, 13.) cette correction, qui n'est autre que
7. Var. : dans ces derniers temps. l'addition marginale : (( Selon votre
8. Voir, dans la même épître, le sainte institution. » Il s'agissait verset il : Et ipse dédit qiiosdam qui- d'éviter la répétition d'un mot; dem apostolos, quosdam autem pro- c'était une question de style, et non phetas, alios vero evançelistas, etc. de parti. — Ici encore, deux rédac-
'^■ Allusion aux missions fondées tions successives sont effacées :
Ssrmons de Bossuet — VI. 27
recevez avec toute cette assemblée % en témoignage d'une éternelle charité, la sainte bénédiction du Père, etc.
(( Puissiez-vous toujours conduire les enfants de Dieu dès leur plus bas âge jusqu'à la maturité de Jésus- Christ, » (Reporté plus haut, avec d'heureuses modifications). — (( ...
(la littérature), les sciences divines et humaines. Soyez toujours et puissants pour abattre toute hauteur
qui s'élève contre la science de Dieu, et humbles pour demeurer soumis à la règle ; et recevez... ))
1. Yar. : avec tout ce peuple. — En se relisant. Bossuet songe que, dans cette église, il n'aura pas un auditoire populaire.
PRINCE DE CONDÉ ', à Notre-Dame de Paris, 10 mars 1687.
Louis de Bourbon, duc d'Enghien, que son siècle surnomma le grand Condé, naquit à Paris, le 8 septembre 1621, de Henri II de Bourbon et de Charlotte-Marguerite de Montmorency. Dès qu'il fut en âge de commencer ses études, son père le fit venir à Bourges, sa résidence ordinaire, et l'envoya suivre les cours du collège des Jésuites. Deux précepteurs, les PP. Gérard Pelletier et François Gouthière, lui donnaient en outre leurs leçons dans son domicile particulier, le célèbre hôtel de Jacques Cœur, situé près du collège. En classe, la seule distinction extérieure accordée à sa qualité de prince du sang consistait, dit son historien 2, « en une balustrade, dont sa chaise était entourée. » Ce qui le distinguait mieux, c'était la précocité des progrès et la supériorité des talents. On lui fit composer à douze ans un traité de rhétorique, qu'il adressa à son jeune frère, le prince de Conti. La langue latine lui devint familière. Lorsque, après la victoire de Rocroy, le maire de cette ville vint lui débiter une harangue latine, qu'il n'improvisait pas assurément, et qu'il n'avait peutêtre pas rédigée lui-même, le jeune vainqueur n'éprouva aucun embarras à répondre, sans préparation, dans la même langue. Ses études comprirent, avec la littérature, l'histoire et la philosophie, le droit et les mathématiques. Elles se complétèrent encore avec le temps, grâce à un goût pour toutes les lectures, sérieuses ou plaisantes, qui persévéra toute sa vie. Les discussions théologiques elles-mêmes étaient capables de le passionner, quoiqu'il fût devenu de bonne heure un assez mauvais chrétien ; et on sait qu'en 1648, entre le triomphe de Nordlingen et celui de Lens, étant venu avec un brillant cortège assister, au Col-
1. Plus de manuscrit. — La Biblio- sang ^prononcée dans Véglisede Notre-
thèque Nationale a des exemplaires Dame de Paris, le 10^ iour de mars
de l'édition originale, in-4, l'un aux 1687. (La Ue édition portait: le
manuscrits (fr. 12827;), les autres iO wars i&57). A Saiiit-Sulpice, un
aux imprimés. Un autre, que possède exemplaire de 1687 porte: le 10
le château de Chantilly, contient jour de mars 1687.
trois annotations au crayon, dont 2. Histoire de Louis de Bourbon^
nous avons tenu compte. — Seconde par Desormeaux, 1766. Cf. le duc
édition en 1689, in-8, avec ce titre : d'Aumale, Histoire des princes de
Oraison funèbre de très haut et très Condé, t. III et IV ; le P. Chérot,
puissant prince, Louis de Bourbon, Trois éducations princières, Paris,
prince de Cond^, premier prince dit in-8, 1896.
lège (le Navarre, à une première thèse du jeune Bossuet, appelée tentative i, dont il avait accepté la dédicace, à la demande de la famille de cet étudiant de génie ^, il fut, dit-on, tenté un instant d'intervenir dans l'argumentation, et « de disputer à un si habile répondant les lauriers de la théologie ^. »
Il débuta à dix-neuf ans dans la carrière des armes. Bientôt après, il épousa, non sans une vive répugnance, la lille du maréchal de Brézé, nièce du cardinal de Richelieu. Cette alliance, que l'impérieux ministre avait su faire agréer à Louis Xlll, dont le duc d'Enghien était cousin et filleul, ne fut jamais heureuse. Au bout de trente ans, l'épouse imposée, dont la conduite avait ajouté de nouveaux griefs à celui de la mésalliance, se fit reléguer à Châteauroux. Elle survécut huit ans à son mari, mais on comprend que son nom n'ait pas été prononcé dans l'oraison funèbre. Condé avait cherché dans la guerre et dans la politique une diversion à ses ennuis intimes. L'une lui réussit toujours beaucoup mieux que l'autre. Invincible dans la défense de sa patrie, il fera un intrigant médiocre. Louis XIII avait hésité à confier à ce jeune homme de vingt-deux ans l'armée qui devait protéger nos frontières au nord-est de !a France : la victoire de Rocroy (1643), où furent écrasées les meilleures troupes de l'Espagne, montra qu'il eût été impossible 'de faire un meilleur choix. Celle de Fribourg (1644) porta une rude atteinte à l'autre branche de la maison d'Autriche. Nordlingen (1645) réduisit à un état voisin de l'impuissance la Bavière, alliée de l'Empire. Le général rêvé par Richelieu pour l'accomplissement de ses grands desseins s'était révélé au lendemain de la mort de ce ministre. La bataille de Lens vint mettre le comble à sa gloire (1648) : elle prépara le traité de Westphalie, qui consacrait la prépondérance de la France en Europe.
Au même moment, l'émeute grondait à Paris, L'impopularité de Mazarin augmentait les troubles d'une régence toujours orageuse. Le duc d'Enghien, qui était devenu prince de Condé à la mort de son père, n'aimait guère les façons doucereuses de l'Italien, favori d'Anne d'Autriche. Les conseils de sa sœur, la duchesse de Longueville, qui deviendra célèbre par ses intrigues dans la Fronde, et plus tard par le tour un peu janséniste de sa pénitence et de sa piété, ne devaient pas l'inspirer aussi heureusement qu'auraient fait ceux de son père, si ce prince, qui avait de la sagesse à défaut de génie, lui avait été conservé encore quelques années. Toutefois, bien qu'on lui eût refusé la charge de grand-amiral, qu'il avait fait demander à la mort du
1. Sur les attributs de Dieu... : De Deo trino et uno et de Ançelis.
2. Son oncle, Claude Bossuet, venait d'être élu vicomte maïeur ou maire de Dijon d'après le désir de Condé, qui avait succédé à son père dans le gouvernement de la Bourgogne ; et c'était lui qui, pour concilier à son neveu la bienveillance
dont le prince l'honorait lui-même, avait sollicité la permission que la tentative lui fût dédiée. La tentative était le coui-onnement des études préparatoires au baccalauréat en théologie.
?>. Éloge de Bossuet, par l'abbé de Choisy. Cf. Floquet, Études..., t. I, p. 105-120.
duc de Brézé, son beau-frère, il ne prit pas d'abord de parti extrême; et lorsque Mazarin, éperdu, au lendemain de la journée des Barricades, l'appela au secours de la cause royale, il fit loyalement son devoir, et mit fin par la victoire de Charenton à la première phase de la guerre civile (1649) .
Mais était-il venu avec le dessein de sauver la Cour, ou avec celui de la dominer ? Ses prétentions, qu'il ne prenait pas la peine de dissimuler, alarmèrent la régente et son ministre, en même temps qu'elles lui suscitaient des jaloux et des ennemis. Mazarin, sous prétexte qu'il ne restait plus au prince qu'à prendre « la qualité de duc de Bourgogne pour en être le souverain, » s'enhardit alors jusqu'à le faire jeter en prison, et avec lui, Conti et Longueville, son frère et son beau-frère (18 janvier 1650) . Enfermés au donjon de Vincennes, ils furent transférés à Marcoussis, et enfin au Havre. Mazarin ne s'attendait pas à voir les anciens Frondeurs, que Condé avait vaincus, se déclarer pour ce prince. Ce fut pourtant ce qui arriva. La coalition des deux Frondes, l'ancienne et la nouvelle, et les réclamations du Parlement, qui demandait ou l'élargissement des prisonniers ou leur mise en jugement, arrachèrent au ministre leur délivrance. Rusé comme il était, il essaya de se donner le mérite d'aller ouvrir en personne les portes de leur prison (13 février 1651) ; mais il s'aperçut bien qu'il était prudent d'ajouter à cette précaution celle d'une retraite momentanée, pendant laquelle il continuerait du reste à gouverner la régente au moyen de ses amis les plus dévoués. Le Tellier, de Lionne, Servien. Il ne négligeait rien non plus pour semer la division parmi ses adversaires, au moyen de ses secrets afiidés. Condé, qui n'était pas né politique, méprisait tout ouvertement de puissants alliés, qu'il aurait eu intérêt à ménager, s'il les trouvait peu dignes de son estime : tels étaient Gaston d'Orléans, Retz, et la duchesse de Chevreuse. Quand on put penser qu'il ne serait plus soutenu, on agita le projet d'une seconde arrestation, ou même celui d'en finir par des moyens encore plus expéditifs. Averti secrètement, il quitta Paris, et se retira dans son château de Saint-Maur. Là, il eut bientôt une cour dont l'éclat menaçait d'éclipser celle du jeune roi. Il refusa, sous im prétexte imaginaire, d'assister au lit de justice où fut déclarée la majorité de Louis XIV (7 septembre 1651) ; et, quelques jours après, cédant aux instigations de sa sœur, il se jetait dans la guerre civile.
Les succès qu'il eut le malheur d'y remporter furent mêlés de revers : la Cour avait alors Turenne à lui opposer. S'il se rendit maître de Paris par la bataille du faubourg Saint-Antoine, cette victoire fut surtout décidée par l'intervention de Mademoiselle (de Montpensier) , qui lui fit ouvrir les portes de la capitale, et ne craignit pas de donner l'ordre de tirer le canon de la Bastille sur les troupes de Turenne, c'est-à-dire siir l'armée royale. Le massacre de l'Hôtel-de-Ville, qui ensanglanta Paris deux jours après, ne paraît pas devoir lui être directement imputé; on put du moins se plaindre qu'il n'eût rien fait pour
l'empêcher. Sa cause, qui semblait jusque-là celle des patriotes indignés de se voir gouvernés par un étranger, en recueillit tout l'odieux; dès lors celle de la Cour apparut au contraire comme la cause vraiment nationale. Il lui fallut s'éloigner de Paris. Sa tierté, et une défiance que les récents attentats justifiaient jusqu'à un certain degré, le détournèrent de la pensée de se soumettre; la conséquence presque inévitable des fautes premières l'entraîna à s'allier contre sa patrie à l'Espagne, qu'il avait vaincue.
La France n'eut pas autant à souffrir de cette défection qu'on aurait pu le craindre. Condé reprit Ilocroy, mais sans pouvoir poursuivre ses succès. La sotte jalousie des Espagnols lui en refusait les moyens. Après avoir, en dépit de tous les obstacles, soutenu la lutte pendant sept ans, qu'on voudrait pouvoir effacer de son histoire, il fit sa soumission à l'occasion de la paix des Pyrénées (1660). Il se désista spontanément de ses prétentions personnelles, pour ne pas retarder une réconciliation entre les deux couronnes, dont le gage allait être le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse. Rentré en grâce, il ne fut admis à commander les armées françaises qu'au bout de quelques années (16Ô8) . En trois semaines, il enleva alors aux Espagnols la Franche-Comté. Plus tard, il rencontra, dans les Pays-Bas, une résistance autrement sérieuse; il sut pourtant triompher de l'habileté de Guillaume d'Orange, et il termina la campagne à son avantage par la rude bataille de Senef (1674) , L'année suivante vit la mort de Turenne. Condé seul était capable de mener à bonne fin la savante campagne que le grand tacticien avait commencée en Alsace. Malgré l'altération déjà profonde de sa santé, il y réussit complètement, avant d'abandonner pour toujours la carrière des armes qui lui avait été si glorieuse.
Il revint alors à Chantilly, qu'il avait embelli si magnifiquement.' Dans une vie désormais paisible, il sut encore déployer les ressources de l'intelligence et du cœur; ce fut même à partir de ce moment qu'il mérita tout à fait les éloges que l'oraison funèbre décerne à sa bonté. Il n'avait pas toujours si bien réprimé les saillies d'une humeur vive ou railleuse à l'excès ; et il s'était vu souvent réduit à s'ingénier à guérir les blessures qu'il avait faites à l'amour-propre d'autrui, faute de veiller assez attentivement sur le sien. Insensiblement aussi il se rapprochait des pratiques d'une religion éclairée. Sa vieillesse du moins fut exemplaire sur ce point, comme aurait dû l'être l'âge mûr. Le discours racontera avec détails ce que sa fin eut de particulièrement édifiant. Il s'éteignit le 11 décembre 1686, au château royal de Fontainebleau, où l'avait attiré la maladie de la duchesse de Bourbon, sa petite-fille par alliance.
Cette oraison funèbre, comme tous les chefs-d'œuvre, a été l'objet de quelques critiques. Ainsi on s'est scandalisé d'y rencontrer à plusieurs reprises l'éloge du Roi. Tous n'ont pas su remarquer, avec M. Jacquinet, qu'il y avait là une précaution nécessaire pour se donner la liberté de décerner à Condé toutes
les louanges que demandaient l'estime et l'amitié de Bossuet pour ce grand homme. La passion de Louis XIV pour sa propre gloire le rendait à l'occasion jaloux de celle des membres de sa famille. Condé, l'irrésistible vainqueur et le courtisan le moins obséquieux, était capable, plus que tout autre, de lui porter ombrage. Un autre point, que la postérité ne sera guère tentée de critiquer, offusqua les gens de la cour : c'est le parallèle, qui se présente si naturellement, de Turenne et de Condé. M™^ de Sévigné elle-même le trouvait ce un peu violent i. » On affectait de croire que tout ce qui était loué dans le premier l'était aux dépens du second. Et puis Condé était prince du sang! Comment avoir osé lui comparer un général dont la juste renommée servait de prétexte aux prétentions de l'orgueilleuse maison de Bouillon, à laquelle il appartenait ? En pareille occurrence, la discrétion un peu terne d'un religieux circonspect, fût-il un Bourdaloue, réunissait plus sûrement tous les suffrages. Six semaines après l'évêque de Meaux, le célèbre orateur jésuite prononça à son tour l'oraison funèbre de M. le Prince. C'est son meilleur discours en ce genre, ou on sait qu'il excellait moins que dans l'exposition de la morale.
Nous suivons le texte de l'édition collective de 1689, tout en notant les leçons différentes données par l'édition princeps de 1687 et les corrections autographes portées sur l'exemplaire de Chantilly. Le lecteur curieux pourra chercher les emprunts faits par Bossuet à la Relation de ce qui s'est passé dans les campagnes de Rocroy et de Fribourg, par Henri de I^a Chapelle- Bessé (reproduite dans les Petits chefs-d'œuvre historiques publiés par Antoine de Latour, Paris, Didot, 1854, 2 vol. in-12, t. l). Cf. la Revue d'histoire littéraire, octobre 1909.
Dominus tecum, virorum fortissime... Vade in hac fortitudine tua... Ego ero tecum.
Le Seigneur est avec vous, ô le plus courageux de tous les hommes.
Allez avec ce courage dont vous êtes rempli. Je serai avec vous.
( Aux Juges, VI, 12, 14, 16.)
Monseigneur
Au moment que j'ouvre la bouche pour célébrer la gloire immortelle de Louis de Bourbon, prince de Condé, je me sens également confondu, et par la grandeur du sujet, et, s'il m'est permis de l'avouer, par
1. Lettre du 25 avril 1689. Elle de Condé, Henri- Jules, jusque-là duc reconnaît du reste que le discours d'Ensrhien. Il s'appela à son tour est de main de maître. M. le Prince^ après la mort de son