‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 288 sur 538 · Prov., XXXI, 31. 2. Ps. cxLiii · texte numérisé non relu

Prov., XXXI, 31. 2. Ps. cxLiii

ses serviteurs. Ce qui distingue ses amis d'avec tous les autres, c'est la piété : jusqu'à ce qu'on ait reçu ce don du ciel, tous les autres non seulement ne sont rien, mais encore tournent en ruine à ceux qui en sont ornés. Sans ce don inestimable de la piété, que serait-ce que le prince de Condé avec tout ce grand cœur et ce grand génie? Non, mes Frères, si la piété n'avait comme consacré ses autres vertus, ni ces princes ne trouveraient aucun adoucissement à leur douleur, ni ce religieux pontife ^ aucune confiance dans ses prières, ni moi-même aucun soutien aux louanges que je dois à un si grand homme. Poussons donc à bout la gloire humaine par cet exemple ; détruisons l'idole des ambitieux ; qu'elle tombe anéantie devant ces autels. Mettons ensemble ^ aujourd'hui, car nous le pouvons dans un si noble sujet, toutes les plus belles qualités d'une excellente nature ; et, à la gloire de la vérité, montrons, dans un prince admiré de tout l'univers, que ce qui fait les héros, ce qui porte la gloire du monde jusqu'au comble, valeur, magnanimité, bonté naturelle, voilà pour le cœur ; vivacité, pénétration, grandeur et sublimité de génie, voilà pour l'esprit, ne seraient ^ qu'une illusion si la piété ne s'y était jointe; et enfin, que la piété est le tout de l'homme. C'est, Messieurs, ce que vous verrez dans la vie éternellement mémorable de très haut et très puissant prince Louis de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang.

Dieu nous a révélé que lui seul il fait les conquérants, et que seul il les fait servir à ses desseins. Quel autre a fait un Cyrus, si ce n'est Dieu, qui l'avait nommé deux cents ans avant sa naissance dans les oracles d'Isaïe? Tu n'es pas encore, lui disait-il, mais je te vois, et je Vai nommé par ton nom : tu Rappelleras Cyrus. (c Je marcherai * devant toi dans les combats ;

1. L'archevêque de Paris, Harla}^ Bossnet traduit, ou plutôt imite de Champvallon. assez librement.Quelques-uns même,

2. Var. : Mettons en un (IGST). — comme M. Jacquinet, présentent ces Corrigé en 1689. notes comme éta- 1 de l'orateur lui-

3. Jacquinet : ne serait. même. Rien dans les éditions oriei-

4. Les éditeurs modernes donnent, nales de 1687 et 1689 n'autorise cette en note, les extraits d'Isaïe, que assertion. Les textes qu'on y trouve

à ton approche je mettrai les rois en fuite ; je briserai les portes d^airain \ C^est moi qui étends les cieux, qui soutiens la terre ^, qui nomme ce qui n^est pas comme ce qui est; c'est-à-dire c'est moi qui fais tout, et moi qui vois, dès l'éternité, tout ce que je fais. Quel autre a pu former un Alexandre, si ce n'est ce même Dieu, qui en a fait voir de si loin et par des figures si vives l'ardeur indomptable à son prophète Daniel? Le voyez-vous, dit-il, ce conquérant ; avec quelle rapidité il s^ élève de V Occident comme par bonds, et ne touche pas à terre ^ ? Semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche, à ces animaux vigoureux et bondissants, il ne s'avance que par vives et impétueuses saillies, et n'est arrêté ni par montagnes ni par précipices. Déjà le roi de Perse est entre ses mains ; « à sa vue il s'est animé : Efferatus est in eum y>, dit le prophète ; il Vabat, il le foule aux pieds : nul ne le peut défendre des coups quHl lui porte, ni lui arracher sa proie ^. A n'entendre que ces paroles de Daniel, qui croiriez-vous voir, Messieurs, sous cette figure, Alexandre, ou le prince de Condé? Dieu donc lui avait donné cette indomptable valeur pour le salut de la France durant la minorité d'un roi de quatre ans. Laissez-le croître, ce roi chéri du Ciel, tout cédera à ses exploits : supérieur aux siens comme aux ennemis, il saura tantôt se servir, tantôt se passer ^ de ses plus fameux capitaines ; et seul, sous la main de Dieu qui sera continuellement à son secours, on le verra l'assuré rempart de ses États. Mais Dieu avait choisi le duc d'Enghien ^ pour le défendre dans son enfance. Aussi, vers les premiers jours de son règne, à l'âge de vingt-deux ans, le duc conçut un dessein où les vieillards expérimentés ne purent atteindre ; mais la victoire le justifia devant

allégués sont peu nombreux et très bientôt, par de douloureux revers,

■courts. Ceux-là seuls seront ici re- l'utilité presque indispensable de

produits. ces «fameux capitaines.» qui avaient

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