Ps. XXXIII
origine : semblable à ces grandes rivières, qui, pour se répandre en différents ruisseaux, ne perdent point leur nom. La grâce prévient les justes pour les faire mériter ; mais elle récompense après, par justice, le mérite qu'elle leur a fait acquérir. C'est une grâce qui nous défend, c'est une grâce qui nous prévient : elle nous justifie par miséricorde, et nous récompense par justice, comme les paroles de saint Paul nous l'attestent : J^attends, dit-il ^, la couronne de justice que Dieu, comme juste juge, me rendra. Mais, dit saint Augustin ^, Dieu ne serait pas juste juge, s'il n'avait été auparavant un père miséricordieux.
Voilà, mes chères Filles, le fondement de votre abaissement devant Dieu. S'il vous a retirées du monde, unde hoc ? Si vous avez eu des tentations durant votre noviciat, et que vous les ayez surmontées, unde hoc ? Si, dans la suite, vous vous êtes élevées au-dessus des dégoûts et des difficultés de la vie spirituelle, unde hoc? S'il a plu à Dieu de vous gratifier de quelque grâce extraordinaire, unde hoc?
Mais disons, en passant, que c'est par Marie que la grâce nous est distribuée, pour combattre l'opinion de ceux qui nous blâment d'honorer la Vierge comme mère de Dieu. Ils voudraient établir une secrète jalousie entre Dieu et la créature, à cause de l'honneur que nous rendons aux saints. Gens peu versés dans l'Écriture, esprits grossiers et pesants dans leur prétendue subtilité ! Qu'ils écoutent sainte Elisabeth : elle ne dit pas : D'où me vient ce bonheur, que mon Seigneur vienne à moi?... Sitôt, dit-elle ^, que la voix de votre salutation est venue à mes oreilles, V enfant que je porte a tressailli. Ainsi Marie contribue aux opérations de la grâce dans nos cœurs ; et, loin de faire injure à la grâce en attribuant cette prérogative à Marie, c'est au contraire honorer la grâce, parce que c'est d'elle que la Vierge tire toute son excellence.
II. Nous avons dit que la première disposition d'une âme qui veut approcher de son Dieu, c'est l'anéantis-