‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 476 sur 538 · XII. — Des Jugements humains · texte numérisé non relu

XII. — Des Jugements humains

Nous ^ péchons doublement dans l'estime que nous faisons de notre prochain : premièrement en ce que nous présumons dans les autres les vices que nous sentons en nous-mêmes; secondement en ce que nous les trouvons bien plus blâmables dans les autres que dans nousmêmes. Saint Grégoire de Nazianze dit ^, si je ne me trompe, que nous sommes comme le miroir où nous voyons les autres ; parce qu'en effet, ne connaissant pas leur intérieur, nous ne pouvons en juger que» par quelque chose de semblable que nous connaissons, qui est nousmêmes. Mais si nous sommes le miroir où nous voyons les affections ^ des autres, les autres doivent être le miroir où nous voyions la difformité de nos propres vices, que nous ne remarquons pas assez quand nous les considérons en nous-mêmes.

On ^ est habitué à juger des autres par soi-même : il semble que nous ne pouvons presque pas faire autrement ; mais c'est conjecture. Là, nous faisons deux fautes : premièrement, d'attribuer aux autres nos vices; secondement, de les voir dans les autres bien plus grands qu'en nous-mêmes. Et la troisième faute que nous commettons, c'est qu'en voyant les fautes des autres, nous devrions songer, par la même raison, que nous en som-

1. Cf. sur le Pardon des ennemis, adultère (t. IX, p. 288 : cf. dans t. III, p. 180. n. 4. notre édition, t. IV, p. 439 et 457).

2. Les éditions modernes com- Nous l'avons placée à l'année 1685 mencent cet article par la conclusion (t. lY, p. 611).

d'un discours, contenant une allocu- 3. Deforis, cxxv.

tion à Jfadame (duchesse d'Orléans;. 4. Orat. xxviil (nunc xxvi), n. 1.

Lâchât a interpolé cette allocution 5. Au sens pathologique.

à la fin du sermon sur la Femme 6. Deforis. CLXXXVIIT.

mes capables, et gémir pour eux en tremblant pour nous.

Nous ^ ne pardonnons rien aux autres ; nous ne refusons rien à nous-mêmes.

Tout ^ oblige l'homme de se tenir en [la] posture d'un criminel, qui doit non juger, mais être jugé ^ : Quoadusque veniat... qui et illuminahit ahscondita tenehrarum ^. Pour juger, il faut être innocent. Le coupable qui juge les autres se condamne lui-même par même raison : In quo enîtn judîcas alterum, teipsum condemnas ^ . — « Qui sine peccnto est vestrum, primus in iïlam lapidem mittat ^ : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. » — « Hypocrita, ejice primum trahem de oculo tuo '^ : Hypocrite, ôtez premièrement la poutre de votre œil. » Hypocrite, parce qu'il fait le vertueux en reprenant les autres. Il ne l'est pas, parce qu'il ne se corrige pas soi-même. Il reprend ce qu'il ne peut pas amender ; il n'amende pas c-e qui est en son pouvoir.

Suivez les hommes^, ils vous blâment; ne les suivez pas, ils vous critiquent de même, par un désir opiniâtre de contredire.

Il ^ est nécessaire de se mettre en la place des autres, pour juger de la même mesure ce que l'on fait et ce que l'on souffre. Dieu, par l'injure que nous souffrons, extorque de nous la confession de la vérité : ce car ceux qui font du mal aux autres reconnaissent que cela est un mal, lorsqu'on leur fait souffrir le même traitement : A'aîn qui mala faciunt, clamant mala esse quando patiuntur ^". »

1. Inséré par Deforis dans le para- 8. Ici encore, nous détachons un graphe précédent. petit fragment, que TDeforis an-

2. Deforis, ccxxxiii. nexait, sans même faire d'alinéa. 3.N0US supprimons une traduction Apparemment la note autographe

•que Deforis emprunte à N. Le Gros. portait : « Suivez-les.... », car il ne

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