‹ uvresChapitre 25 sur 137 · TION DE NOS SIÈCLES · texte numérisé non relu

TION DE NOS SIÈCLES

Messieurs , c'était aussi pour conserver rinnoeence d'un prince enfant, du dernier rejeton d'une race royale, que Massillon élevait sa Toix éloquente. 11 est triste de penser que si Massillon vivait encore , il se verrait probablement traduit sur les bancs d'une cour d'assises!...

Au surplus, ce n'est point une assertion sèche et dénuée de preuves que l'auteur vous présente. Il ne s'est pas borné à censurer les mœurs de la cour : il a justifié sa censure par des faits ; sn critique n'est que la conséquence forcée de c^'s faits : avant d'attaquer la conséquence , prouvez que les faits sont controuvés.

Voici la triste alternative que je présente à l'accusation. Ou vous niez, lui dirai-je, les faits rapportés dans l'écrit; et alors les monuments historiques sont là pour vous confondre : (» vous les avouez, mais vous en faites l'apologie; et alors c'est vousmême qui outragez la morale publique : ou vous les avouez et les condamnez, et vous prétendezcependantque j'aurais dû les tain parce que les coupables ont siégé sur le trône ou près du trôn. ; et alors'c'est encore au nom de la morale publique que je repousse cette doctrine honteuse. Quoi! desdésordres coupables auront éfc commis, et l'histoire, Tinstitutrice des peuples et des rois devra garderie silence! Quoi ! l'adultère aura souillé les palaiet vous commanderez, au nom des mœurs, respect pour l'adu tère! il y aura des vices privilégiés! Des scandales auront tin brevet d'impunité; et si, à l'aspect des mœurs outragées, !<• laisse éclater mon indignation, c'est mon indignation qui sti criminelle; c'est moi qui aurai outragé les mœurs!

Messieurs, l'Egypte honorait ses rois, mais elle jugeait leur cendre , et le jugement des morts était la leçon des vivants et de la postérité.

Que signifie cette distinction qu'on s'est efforcé d'établir entre l'histoire et d'autres (écrits .^ La vérité a-t-elle, pour se montrrr des formes privilégiées? existe-t-il un genre d'ouvrages dans l< quels la vérité soit criminelle.'

C'est, il faut le dire, c'est la première fois qu'on voit un écriva;

traduit (levant les tribunaux pour avoir rapporté des faits dont on ne conteste point la sincérité! C'est la première fois que l'accusation vient nous tenir cet étrange langage : Cela est vrai, mais vous ne deviez pas le dire. Nous avons vu incriminer des doctrines , condamner des opinions ; il nous restait à voir accuser des souvenirs historiques ; il nous manquait de voir traîner la vérité devant la cour d'assises !

C'est, dites- vous, attenter à la gloire nationale ^ c'est dépouiller la nation de son plus ridie patrimoine.

Ce ne serait plus alors qu'une simple question d'amour-propre national , et non plus une question de morale politique.

Mais est-ce donc flétrir la nation, que de flétrir les vices de quelques hommes dont les noms figurent dans son histoire? une nation est-elle solidaire pour tous les individus qui la composent ? Le patrimoine de l'honneur national se compose-t-il des vices ou des crimes dont elle a été le témoin ? Vous nous reprochez d'avoir attenté à la gloire nationale? Ai-je donc essayé d'avilir les trophées de Fontenoi , les vertus de Sully , les lauriers de Racine? Voilà le patrimoine de Hionneur national ; la France peut revendiquer la solidarité de la gloire; elle ne revendiquera jamais la solidarité de la honte.

On a plus vivement encore insisté sur le troisième chef d'accusation. Suivons le ministère public sur ce nouveau terrain.

M. Courier s'attadie à prouver, comme nous l'avons vu, que le voisinage de la cour est dangereux pour les simples habitants de la campagne. Une des choses qu'il redoute dans ce voisinage, c'est la contagion des mauvaises mœurs. Voici, à cet égard, comme il s'exprime :

« Sachez qu'il n'y a pas en France une seule famille noble, « mais je dis noble de race et d'antique origine, qui ne doive sa « fortune aux fennnes ; vous m'entendez. Les femmes ont fait les « grandes maisons; et ce n'est pas, comme vous croyez bien, « en cousant les chemises de leurs époux, ni en allaitant leurs « enfants. Ce que nous appelons , nous autres , honnête femme , « mère de famille , à quoi nous attachons tant de prix , trésor pour " nous, serait la ruine du courtisan. Que voudriez-vous qu'il fît « d'une dame Honesta , sans amants, sans intrigues, qui, sous « prétexte de vertu , claquemurée dans son ménage , s'attache-

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* rait à son mari? Le pauvre homme verrait pleuvoir les grâces <■ autour de lui , et n'attraperait jamais rien. De la fortune des « familles nobles, il en paraît bien d'autres causes , telles que le « pillage, les concussions, Tassassinat, les proscriptions, et « surtout les confiscations. Mais qu'on y regarde, et on verra « qu'aucun de ces moyens n'eût pu être mis en œuvre sans la « faveur d'un grand, obtenue par quelque femme; car, pour « piller,, il faut avoir commandements, gouvernements, qui ne « s'obtiennent que par les femmes ; et ce n'était pas tout d'as- « sassiner Jacques Cœur ou le maréchal d'Ancre , il fallait, pour « avoir leurs biens, le bon plaisir, l'agrément du roi,c'est-à- « dire des femmes qui gouvernaient alors le roi ou son ministre. « Les dépouilles des huguenots, des frondeurs, des traitants. « autres faveurs , bienfaits, qui coulaient, se répandaient par K « mêmes canaux aussi purs que la source. Bref, comme il n'est, « ne fut ni ne sera jamais, pour nous autres vilains, qu'un « moyen de fortune , c'est le travail ; pour la noblesse non plus « il n'y en a qu'un , et c'est... c'est la prostitution , puisqu'il faut , « mes amis, l'appeler par son nom, »

Laissant de côté tous les commentaires plus ou moins infidèles qu'on a faits sur ce passage, et le réduisant à son expression la plus simple, qu'y découvrons-nous .? Cette proposition fondamentale, et dont le passage entier n'est qu'un développement : « Que les mœurs des courtisans sont corrompues. » .raurais difficilement imaginé que cette proposition fût outrageante pour la morale publique, et que les mœurs des cours dussent éti pour nous un objet de vénération. Depuis quand n'esl-il donc plus permis dédire, d'une manière générale, que tel vice, tel défaut , tel genre de dépravation règne dans telle classe de la société ?

Ici, j'interpelle encore l'accusation. ÎNier-vous les faits .'J'offre de les prouver. Les avouez-vous.' J'ai donc eu raison d'avancer ce que j'ai avancé.

Kxpliquez-vous enfin d'une manière catégorique. Est-ce pour avoir controuvé des faits que vous m'accusez.' Cjb n'est plus qu'une question de vérité historique; nous pouvons la décider avec des autorités. M'accusez- vous pour avoir dit des veri!«s fdcheuses à quelques amours-pmpres .' Alors, je vous deman»i

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DU est la loi qui condanme la vérité, et qui fait du mensonge un devoir de morale publique. Mais du moins expliquez-vous : parlez; qu'on sache ce que vous voulez, ce que vous prétendez. JNiez franchement les faits, ou bien avouez-les franchement, sans vous perdre en vaines déclamations qui ne prouvent rien , si ce n'est votre embarras et votre faiblesse.

Pour moi, je vous dirai que, de tout temps, l'historien, le moraliste , l'écrivain satirique , ont été en possession de censurer les vices généraux, et surtout les vices des cours. Je vous dirai que l'auteur que vous accusez n'a fait que redire, avec moins de force peut-être, ce que mille auteurs estimés avaient dit avant lui. On vous a cité Massillon et aïontesquieu ; écoutez maintenant Mézeray et Bassompierre.

JVlézeray parle de l'introduction des femmes'à la cour. « Du « commencement, dit-il, cela eut de fort bons effets, cet aima- « ble sexe y ayant amené la politesse et la courtoisie, en donnant « de vives pointes de générosité aux âmes bien faites. Mais de- « puis que Y impureté s'y fut mêlée, et que l'exemple des plus « grands eut autorisé la corruption, ce qui était auparavant a une belle source d'honneur et de vertu advint un sale « BOURBIER DE TOUS LES VICES; le déshomieur se mit en « crédit, la prostitution se saisit de la faveur; on y « entrait, on s'y maintenait par ce moyen : bref, les charges « et les emplois se distribuaient à la fantaisie des femmes ; et « parce que d'ordinaire, quand elles sont une fois déréglées, « elles se portent à l'injustice, aux fourberies, à la vengeance « et à la malice avec plus d'effronterie que les hommes mêmes , « elles furent cause qu'il s'introduisit de très-méchantes maxi- « mes dans le gouvernement , et que l'ancienne candeur gauloise « fut rejetée encore plus loin que la chasteté. Cette corruption « commença sous le règne de François /^% se rendit presque « universelle sous celui de Henri II, et se déborda enfin « jusqu'au dernier périodk sous Charles IX et Henri « ///. » — Mézeray , llist. de France, Henri III, tom. III, pag. 446, 447.

Voyons maintenant comment Bassompierre s'exprime sur le compte d'un courtisan. « C'était un homme assez mal fait; et il « y 3 lieu de s'étonner qu'il ait réussi en ce temps-là, où Von

« ne parvenait à rien que par les femmes, comme Je pense « (ju'il en a été de tous temps , dans toutes les cours; et « crois que qui voudrait y regarder de bien près, trouverait

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