‹ uvresChapitre 36 sur 137 · REPONSE AUX ANONYMES · texte numérisé non relu

REPONSE AUX ANONYMES

QUI ONT ÉCRrr DES LETTRES

Je reçois quelquefois des lettres anonymes : les unes , flatteuses, me plaisent, car j'aime la louange ; d'autres, moqueuses, piquantes, me sont moins agréables, mais beaucoup plus utiles : j'y trouve la vérité, trésor inestimable, et souvent des avis

que ne me donneraient peut-être aucuns de ceux qui me veulent le plus de bien. Afin donc que l'on continue à m'écrire de la sorte, pour mon très-grand profit, je réponds à ces lettres par celle-ci imprimée , n'ayant autre moyen de la faire parvenir à mes correspondants , et répondrai de même à tous ceux qui voudraient me faire part de leurs sentiments sur ma conduite et mes écrits. Un pareil commerce, sans doute, aurait quelques difficultés sous ces gouvernements faibles , peureux , ennemis de toute publicité; serait même de fait impossible sans la liberté de la presse, dont nous jouissons, comme dit bien iM. de Broë, dans toute son étendue, depuis la restauration. Si la presse n'était pas libre , comme elle l'est par la Cbarte, il pourrait arriver qu'un commissaire de police saisît cbez l'imprimeur toute ma correspondance; qu'un procureur du roi envoyât en prison et l'imprimeur, et moi, et mon libraire, et mes lecteurs. Ces cboses se font dans les pays où règne un pouvoir odieux , complice de quelques-uns et ennemi de tous. Mais en France, heureusement, sous l'empire des lois, de la constitution, de la Charte jurée, sous un gouvernement ami de la nation et cher à tout le monde, rien de tel n'est à craindre. On dit ce que l'on pense; on imprime ce qui se dit, et personne n'a peur de parler ni d'entendre. J'imprime donc ceci, non pour le public, mais pour ces personnes seulement qui me font l'honneur de m'écrire sans me dire leur nom ni leur adresse.

Paul-Louis Courier, vigneron de la Chavonnière , bûcheron de la forêt de Larçay, laboureur delà Filonnière, de la Houssière , et autres lieux , à tous anonymes inconnus qui ces présentes verront , salut :

.T'ai reçu la vôtre, signée le trop rusé marquis d'EfJlat; elle m'a diverti , instruit, par les curieuses notes qu'elle contient sur l'histoire ancienne et moderne ;

Et la vôtre, timbrée de Béfort, non signée, où vous me reprochez d'une façon peu polie, mais franche, que je ne suis point modeste. M'examinant là-dessus, j'ai trouvé qu'en effet je De suis pas modeste , et que j'ai de moi-même une haute opinion ; en quoi je puis me tromper, comme bien d'autres. Vous en jugez ainsi à tort et par envie , à ce qu'il me paraît : toutefois l'avis p«;t h^n . er. nour en profiter, j'userai des formules dont se cou-

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