‹ uvresChapitre 79 sur 137 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

se quittant complotèrent ensemble de ramener paître leurs troupeaux le lendemain au plus matin , comme ils firent. Car incontinent que le jour commença à poindre, ils revinrent au pâturage; et ayant premièrement salué les Nymphes, puis après Pau, s'allèrent asseoir dessous le chêne, où ils jouèrent de la flûte ensemble, s'entre-baisèrent, s'embrassèrent, se couchèrent l'un près de l'autre , et , sans y faire rien davantage , se relevèrent. Ensuite ils songèrent à manger ; et ils buvaient en même sébile du vin mêlé avec du lait.

Or, échauffés et rendus plus hardis par toutes ces choses, ils contestaient entre eux d'amour, et en vinrent jusqu'à se vouloir assurer par serment l'unde l'autre. Daphnis allantdessous le pin, jura par le dieu Pan qu'il ne vivrait jamais un seul jour sans Chloé; et Chloé, dans l'antre des Nymphes, jura devant leurs images de vivre et mourir avec Daphnis. Mais elle , comme une jeune et innocente fillette, fut si simple de vouloir que Daphnis au sortir de l'antre lui jurât un autre serment. Si lui dit : « Ce « dieu Pan , Daphnis, est un dieu volage auquel il n'y a point « de fiance ; il a aimé Pitys , il a aiuié Syringe ; il ne cesse de « pourchasser les nymphes Épimélides , et on le voit toujours « après les Dryades. Si tu me fausses la foi que tu m'as jurée, « il ne s'en fera que rire , voire quand tu aurais plus de maîtres- « ses qu'il n'a de chalumeaux en sa flûte. Et comment te puni- « rait-il , lui qui chaque jour fait amour nouvelle ? Jure-moi par « ton troupeau , et par la chèvre qui te nourrit et allaita , que « jamais tu ne laisseras Giiloé tant qu'elle te sera fidèle; et là « où elle te fera faute et aux Nymphes qu'elle a jurées , fuis-la, « et la hais ou la tue , comme tu ferais un loup. »

Daphnis prit plaisir à ce doute , et, debout au milieu de son troupeau, tenant d'une main un bouc et de l'autre une chèvre, jura qu'il aimerait Chloé tant qu'il en serait aimé , et que si elle en aimait un autre , il se tuerait au lieu d'elle ; dont elle fut bien aise^ et s'en assura plus que du premier serment, croyant les brebis et les chèvres être dieux propres aux bergers et aux chevriers.

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