TROISIÈME PARTIE
ridée que nous en avons étant aussi claire que les définitions qu^on en donne.
Mais la division des causes en quatre espèces, qui sont la cause finale, efficiente, matérielle et formelle, est si célèbre, qu'il est nécessaire de la savoir ^9.
On appelle cause finale la fin pour laquelle une chose est.
Il y a des fins principales, qui sont celles que l'on regarde principalement, et des fins accessoires, qu'on ne considère que par surcroît.
Ce que l'on prétend faire ou obtenir est appelé finis cujus gratiâ. Ainsi, la santé est la fin de la médecine, parce qu'elle prétend la procurer.
Celui pour qui l'on travaille est appelé finis eut. L'homme est la fin de la médecine en cette manière, parce que c'est à lui qu'elle a dessein d'apporter la guérison.
Il n'y a rien de plus ordinaire que de tirer des arguments de la fin, ou pour montrer qu'une chose est imparfaite, comme qu'un discours est mal fait, lorsqu'il n'est pas propre à persuader ; ou pour faire voir qu'il est vraisemblable qu'un homme a fait ou fera quelque action, parce qu'elle est conforme à la fin qu'il a accoutumé de se proposer; d'où vient cette parole célèbre d'un juge de Rome, qu'il fallait examiner avant toutes choses, cui bono, c'està-dire quel intérêt un homme aurait eu à faire une chose, parce que les hommes agissent ordinairement selon leur intérêt, ou pour montrer, au contraire, qu'on ne doit pas soupçonner un homme d'une action, parce qu'elle aurait été contraire à sa fin.
Il y a encore plusieurs autres manières de raisonner par la fin que le bon sens découvrira mieux que tous les préceptes ; ce qui soit dit aussi pour les autres lieux.
La cause efficiente est celle qui produit une autre chose. On en tire des arguments, en montrant qu'un effet n'est pas, parce qu'il n'a pas eu de ca se suffisante, ou qu'il est ou sera, en faisant voir que toutes ses causes sont. Si ces causes sont nécessaires, l'argument est nécessaire ; si elles sont libres et contingentes, il n'est que probable.
Il y a diverses espèces de cause efficiente, dont il est utile de savoir les noms :
Dieu créant Adam était sa cause totale, parce que rien ne concourait avec lui; mais le père et la mère ne sont chacun que causes partielles de leur enfant, parce qu'ils ont besoin Pun de l'autre.
2âS LOGIQUE.
Le soleil est une cause /)ropre de la lumière; mais il n'est cause qvî'accidenteUe de la mort d'un homme que sa chaleur aura fait mourir, parce qu'il était mal disposé.
Le père est cause prochaine de son fils.
L'aïeul n'en est que la cause éloignée.
La mère est une cause productive.
La nourrice n'est qu'une cause conservante.
Le père est une cause univoque à l'égard de ses enfants, parce qu'ils lui sont semblables en nature.
Dieu n'est qu'une cause équivoque à l'égard des créatures, parce qu'elles ne sont pas de la nature de Dieu.
Un ouvrier est la cause principale de son ouvrage; ses instruments n'en sont que la cause instrumentale.
L'air qui entre dans les orgues est une cause universelle de l'harmonie des orgues;
La disposition particulière de chaque tuyau, et celui qui en joue, en sont les causes particulières qui déterminent l'universelle.
Le soleil est une cause naturelle.
L'homme, une cause intellectuelle à l'égard de ce qu'il fait avec jugement.
Le feu qui brûle du bois est une cause nécessaire.
Un homme qui marche est une cause libre.
Le soleil, éclairant une chambre, est la causepropredesa clarté ; l'ouverture de la fenêtre n'est qu'une cause ou condition, sans laquelle l'effet ne se ferait pas conditio sine quâ non.
Le feu, brûlant une maison, est la cause physique de l'embra- ' sèment ; l'homme qui y a mis le feu en est la cause morale.
On rapporte encore à la cause efficiente, la cause exemplaire, qui est le modèle que l'on se propose en faisant un ouvrage, comme le dessin d'un bâtiment par lequel un architecte se conduit; ou généralement ce qui est cause de l'être objectif de notre idée, ou de quelque autre image que ce soit, co^me le roi Louis XIV est la cause exemplaire de son portrait.
La cause matérielle est ce dont les choses sont formées, comme l'or est la matière d'un vase d'or ; ce qui convient ou ne convient pas à la matière, convient ou ne convient pas aux choses qui en sont composées.
La forme est ce qui rend une chose telle et la distingue des autres, soit que ce soit un être réellement distingué de la matière, selon l'opinion de l'école, soit que ce soit seulement l'arrangement