QUATRIÈME PARTIE
vie ne sont rien en comparaison de ceux de l'autre, et que le danger de tomber dans ces maux est très grand, aussi bien que la difficulté d'acquérir ces biens.
Ceux qui tirent cette conclusion et qui la suivent dans la conduite de leur vie, sont prudents et sages, fussent-ils peu justes dans tous les raisonnements qu'ils font sur les matières de science ; et ceux qui ne la tirent pas, fussenfr-ils justes dans tout le reste, sont traités dans l'Écriture de fous et d'insensés, et font un mauvais usage de la logique, de la raison et de la vie.
(1) Essais, liv. It, ch. xii. Si Montaigne a le tort d*avoir pris parti pour Pjrrhon, il a du moins le mérite d*avoir relevé avec une rare finesse les contradictions et les inconséquences de la nouvelle Académie. « Cette inclination académique, dit-il, et cette propension à une proposition plustôt qu'à une autre, qu'est-ce autre chose que la recognoissance de quelque plus apparente vérité en cette-cy qu'en celle-là ? Si notre entendement est capable de la forme, des linéaments, du port et du visage de la vérité, il la verroit entière , aussi bien que demie , naissante et imparfaicte. »... Comment se laissent-ils plier à la vraisemblance , s'ils ne cognoissent le vray ? Comment cognoissent-ils la semblanc0 de ce de quoy ils ne cognoissent pas l'essence? Ou nous pouvons juger tout-à-faict , ou tout-à-faict nous ne le pouvons pas. »
(2) Érasme s'étant moqué de l'affectation de quelques savants d'Italie à n'employer que des termes de Cicéron, Jules Scaliger écrivit deux harangues où il l'accablait de grossières invectives. Érasme ne répondit pas à la première, et ne vit pas la seconde.
(3) Pierre Ramus, né dans le Vermandois, en 1502, suivant les uns, en 1516, suivant les autres, professa la philosophie et l'éloquence au collège de France. l\ était prolestant , et mourut assassiné dans la nuit de la Saint-Barthélémy. Par son enseignement et par ses livres dirigés contre Aristote, il préhida à la grande réforme accomplie un siècle plus tard par Bacon et Descartes.
(4) Théophraste Paracelse, né en Suisse en 1493, mort en 1541 , médecin , alchimiste et thaumaturge célèbre par ses rêveries astrologiques et eabaUstiques. -* Jean- Baptiste Van-Uelmont, né à Bruxelles eu 1377 «
mort à Vienne en 1644, sectateur de Paracelse, et aiilcur lui-même d'un système de philosophie naturelle, où quelques vues ingénieuses et exactes 8*allient aux spéculations les plus bizarres sur Thomme et sur le monde. Son fils Fr. Mercurius donna beaucoup de développement à ses docti'ines.
(5) Pascal développe admirablement cette idée dans le célèbre morceau de l'Autorité en matière de Philosophie, qui forme l'article 1" des Pc/isées dans l'édition publiée par Bossut.
(6) Arnauld nous parait avoir ici en vue Hobbes et Gassendi , qui , dans leurs Objections contre les Méditations de Descartes , ont effectivement soutenu que nous n'avions pas Vidée de Dieu.
(7) Hobbes, Objections contre les Méditations de Descartes, Obj. iv*.
(8) Gassendi.
(9) Arnauld se montre ici beaucoup trop sévère à Tégard d'Aristote. Des philosophes récents ont jugé avec plus d'indulgence et d'impartialité le système des catégories. Voyez, entre autres, Ml Cousin, Fragments philosophiques, préf. de la 1" édition ; Introd. à l'Hist. de la Philos. , leç. IV* ; et M. Barthélémy Saint-Hilaire , de la Logique d'Aristote , tome ir, p. 323.
(10) Raymond LuUe naquit à Palma, dans l'île de Majorque, en 1234, et mourut en 1315. Il avait imaginé une sorte d'art universel qu'il appelait Ars magna , et au moyen duquel il prétendait résoudre toutes les questions scientifiques. Ses partisans prirent le nom de LuUistes,
(11) Cicéron, Académiques, liv. II, 20.
(12) La théorie des universauxa été exposée par Porphyre dans un traité intitulé : Etaa-^ttpi wtpt tw wtvTS çcv&v. Ce traité sert d'introduction aux ouvrages logiques d'Avistote dans la plupart des éditions.
(13) L'étude des idées générales soulève une foule de questions qui •ont loin d avoir été épuisées |)ar Arnauld. On peut suppléer à son silence par la lecture d'une excellente leçon de M. Laromiguière ( Leç, de Philos., Part. II , leç. xii ), oùse trouve résumé avec précision et méthode cequ'ily a de meilleur sur la généralisation dans les ouvrages de Locke et de Condillac.
(14) Pomponace, philosophe italien , né à Mantoue en 1462 , mort en 1525 ou 1Ô30. Dans un traité de V Immortalité de Vdme, publié à Bologne en 1516, il avança qu'on ne trouvait dans Aristole aucun argument propre à l'établir. Ce paradoxe dangereux fut vivement contesté, et faillit attirer une persécution à son auteur. Pomponace éluda les difficultés de ses adversaires en distinguant la vérité philosophique et la vérité religieuse. Le dix-huitième siècle a su faire son profil de cette distinction subtile , selon laquelle une chose peut être vraie pour la foi et fausse pour la raison.
(15) Malebranche {Rech. de la Vérité, liv. H, part, ii, ch. 5) donne, d'après le jésuite La Cerda, une liste assez exacte des philosophes qui ont pris part à ce débat. Il est à remarquer que le plus profond et le plus savant
des commcnlalcurs du SUgyrile , Alexandre d*Aphrodisc , est favorable à Fopinion de Pomponace.
(16) Leibnitz {Nouv. Essais sur VEnt, hum,, Hv. II, ch. xxix) admet également qu'une idée peut être à la fois claire et confuse.
(17) « Le vulgaire dit : le feu est chaud, la neige est froide, le sucre est doux ; nos sens nous l'attestent , et le nier est une absurdité. Les philosoplies disent : le chaud, le froid, le doux, ne sont que des sensations eu nous : supposer que ces sensations sont dans le feu, dans la neige, dans le sucre , c'est une absurdité. La contradiction est plus apparente que réelle : elle vient d'un abus de mots de la part des philosophes et d'une confusion d'idées de la part du vulgaire. Quand le philosophe dit qu'il n'y a point de chaleur dans le feu, qu'est-ce qu'il entend? que le feu n'éprouve pas la sensation de la chaleur ; il a raison, et s'il prend la peine de s'expliquer, le vulgaire sera de son avis : mais il s'exprime mal , car il y a réellement dans le feu une qualité qu'on appelle chaleur, et les philosophes et le vulgaire désignent plus souvent par ce nom la qualité que la sensation. Les philosophes prennent donc le terme dans un sens et le vulgaire l'entend dans un autre. Dans le sens du vulgaire la proposition est absurde et le vulgaire soutient qu'elle l'est : dans le sens du vulgaire elle est vraie, et le vulgaire l'avouera aussitôt qu'il l'aura comprise : il sait très bien que le feu ne sent pas la chaleur, et c'est tout ce que le philosophe entend en disant qu'il n'y a pas de chaleur dans le feu. » Reid , Essais surles Facultés intellect,, Ess. II, ch. xvic, CEuv. comp. t. IH, p. 281 .
(18) Tusculanes, I, 25. (19) Tusculanes, I, 20.
(20) Si l'on compare cet excellent chapitre au III* livre de VEssai sur l'Entendement humain de Locke , on verra qu'Ârnaidd a devancé le philosophe anglais sur la plupart des points importants.
(21) Voyez la note 17.
(22) «On assure, » dit Mackintosh {Mélanges philosophiques, trad. par Léon Simon , p. 109 ), « que Descartes combattit le premier l'erreur « par laquelle on cherche à définir des mots qui expriment des notions trop « simples pour être susceptibles d'analyse. Mais en examinant avec soin M les passages de Descartes et de Locke qui se rapportent à celte question, u nous pensons que c'est à ce dernier philosophe que Ton doit attribuer « l'honneur de la découverte. » Ce n'est pas ici le lieu de discuter les titres de Descartes, mais il nous semble évident que la découverte attribuée à Locke par son savant compatriote est exposée fort au long et fort clairement dans la Logique de Port-Royal. Arnauld, du reste, ne fait que suivre Pascal. Voyez Réflexions sur la Géométrie, Pensées, art. II.
(23) Les Rose-Croix sont une secte d'illuminés dont l'origine , l'histoire et les dogmes sont encore assez peu connus. Ils se donnaient pour fondateur un gentilhomme allemand nommé Rosen Kreutz qui aurait vécu plus décent ans (1378 — 1484), visité la Turquie et TArabic, et rapporté de
ses voyages des secrels merveilleux. Leur premier chef connu est on certain Valentin Andréa , auteur d^une Confession de la Rose" Croix (Confessio Rosete Crucis), publiée en 1615.
(24) Robert Fludd, né dans le comté de Kent en 1574, mort en 1637, fut un savant médecin, mais un admirateur passionné de Paracelse dont il combina le système avec rhistoire de la création suivant les livres de Moïse. Tel est le fond de ses deux ouvrages, Philosophia mosaîca et His-toria macro'et'-microcosmi metaphysica, physica et technica.
(25) EphtoL addi9„ IX, 22. (26)Dans\eir. de la Perp, de la Foi. (27) In Verrem, act. Il, lib. i. (28) Évang. sel. S. Luc, ch. XXII.
(29) Jean Claude, le chef avoué du protestantisme en France sous le règne de Louis XIV, et le plus modéré comme le plus habile des écrivains de son parti.
(30) La Grammaire générale fut publiée quelques années avant l'^r^ de penser,
(31) Aristote, de Interpret., III, 16,
(32) Buxtorf, un des plus célèbres grammairiens du zvi* siècle. Il était néenWestphalieen 1564, et mourut à Bàle, ^ paU'ie d'adoption, en 1629. On lui doit plusieurs ouvrages sur la langue hébraïque et la littérature des rabbins.
(33) La tliéorie du Verbe, exposée si diversement à Tépoque où Amanld écrivait, partage encore les grammairiens. Ne pouvant nous engager dans cette longue et épineuse discussion , nous renverrons à une note substantielle de M. Thurot, dans sa traduction de V Hermès d'Harris, Paris, an IV,
(34) Le jugement consiste dans Taflirmation d'une idée. La proposition qui est le jugement exprimé ne suppose donc que deux termes , l'un qui désigne Tidée, l'autre qui désigne l'affirmation. Le premier est le sujet, le second , le verbe est. Si la plupart des propositions renferment un troisième terme , l'attribut , c'est qu'en général l'esprit ne juge pas seulement de l'existence des choses, mais encore de leur manière d'être. Arnauld part de l'hypothèse que tout jugement est une perception de rapport , mais celte théorie , pouï* avoir été anciennement admise , n'en est pas mieux fondée. On en trouvera une critique aussi étendue que profonde dans le Cours de Philosophie de M. Cousin, Hist, de la Philos, au xviii» siècle, leç. 23 et 24.
(35) Cette division des propositions appartient à Aristote, de Interpret,, 7 et sqq.
(36) Horace, Epodes, II. (37) Enéide^ I, v. 382.
(38) Enéide, I, v. 1 et sqq.
(39) Épicure n'a point placé le souverain bien dans la volupté du corps, mais dans les jouissances de l'esprit ( Diogène Laerce , X, 136 ; Cicéron, de Finibus^ I et II ). Après tout, comme nous l'avons dit aiUenrs, la doc-
trine d'Épicure, malgré ses raffinements ^ ii*est toujours queTégoïsme, e'est-à-dire un système également flétri par la nature et par la raison, où Ton échange des voluptés pour des voluptés, des tristess4*s pour des tristesses , des craintes pour des craintes , où la morale devient un calcul , la vertu une transaction^ où il n^y a plus d'héroïsme parce qu'il n'y a plus de désintéressement.
(40) Actes des Apôtres, ch. XXIV. v. 27.
(41) Jean XII , élu pape en 956 , à l'âge de 18 ans , fut déposé par un concile en 963, comme coupable d'épouvantables désordres, rentra Tannée suivante à Rome où il se vengea cruellemeut de ses adversaires, et mourut cette année au milieu de nouveaux excès.
(42) Horace, 0</«, liv. Il, 10.. (43) Id., ibid.
(44) Horace, Épitres, I, ii, v. 48. (45) Eikic, JNicom, IX, 9. (46) Enéide, II, 79. (47) 'B.ovd.c^^ Épitres, I, 17.
(48) Pkarsale, 1,451.
(49) Ce paradoxe a inspiré à Horace une de ses meilleures satires. Serm,, II, iir,
(50) Horace , Serm, , I , x , v. 1 5. « La raison est peu pénétrante de sa nature et ne se fait pas jour aisément : il faut souvent qu'elle soit pour ainsi dire armée de la redoutable épigramme. La pointe française pique comme l'aiguille pour faire passer le fil. » De Maislre , Soh-ées dfi Saint' Pétersbourgf tome I, p. 436.
(51) Virgile, Géorg,, ÏII, v. 513. (52) Ibid., IIÏ, v. 490.
(63) Sénèque ne fait que traduire dans ce passage une pensée d'Heraclite citée par Platon, Cratyle, p. 402 A. de l'édition de Henri Estienne.
(54) Ce renouvellement perpétuel du corps fournil une belle preuve de la spiritualité de l'âme. L'âme en effet est identique ; j'ai la certitude d'être aujourd'hui ce que j'étais hier, il y a un mois, il y a des années ; mes idées changent , mes facultés se développent ou s'altèrent , mes goûts et mes penchants se modifient ; mais la substance qui est le fond même de mon être et en qui réside ma personnalité , demeure invariable. Or, puisque le corps n'a qu'une identité apparente de forme , il est bien clair qu'il ne peut pas être cette substance.
(55) Dans le traitédela Perpétuité de la Foi.
{b6) Mpist. ad Titum,\, iS. {57) Épitres, ibid.
(58) SermoneSy I, 3.
(59) Cette remarque peut servir à résoudre le sophisme célèbre du Menteur y que voici sous sa forme la plus simple : « Épiménide a dit : les « Cretois sont menteurs : or Épiménide était Cretois : donc Épiménide « était menteur ; donc Épiménide a menti en disant que les Cretois sont « menteurs ; donc les Cretois ne sont pas menteurs ; donc Épiménide qui « était Cretois n'a pas menti en disant que les Cretois sont menteurs, etc. » Si les Cretois sont en général menteurs , il ne s'ensuit pas que tous le
soient , et s*ils mentent le plus souvent , il ne s'ensuit pas qu'ils mentent
toujours et sur toutes choses.
(60) Epist, ad Rom. ^ 5. (61) Serm.y II, i.
(62) £vaDg.sel.S.Matth.,yiI,21. (63) Psaume 142.
(64) Evau.sel,S.Mal.,XXVI,29. (65) Genèse, 41.
(66) Prophétie de Daniel, 11. (67) Prophétie d'Ézéchiel, 37. (68) Genèse, XVII, 10. (69) Evang.sel. S. Luc, XXII, 20.
(70) Hist., I, 49.
(71) Le P. Bufher ( Cours de Sciences, p. 880) a critiqué ce passage et , suivant nous , avec raison. Toute opinion , «omme il Je remarque , est sans doute conforme ou non conforme à son objet , et par conséquent vraie ou fausse sans milieu. Mais si on considère nos peusées dans leur rapport avec Tânie elle-même, on reconnaîtra que plusieurs ne nous paraissent pas assez évidentes pour les déclarer vraies , assez obscures pour les juger fausses, et qu'il convient de les appeler seulement vraisemblables ou probables.
(72) Voyez X Arithmétique de Ilamus.
(73) Jean Crassot, natif de Langres, mort en 1616, enseigna la philosophie pendant plus de trente ans dans l'Université de Paris. Il a laissé des Éléments de Physique et de Logique publiés après sa mort.
(74) « Rien n'est moins judicieux que de multiplier les classes au-delà du besoin... Ou veut éclairer les objets et l'on disperse les rajons de lumière. On veut soulager l'esprit, on le surcharge, on l'accable. Il y aurait ici moins d'inconvénients à pécher par défaut que par excès £n divisant trop peu, nous ne voyons pas tout, il est vrai ; mais du moins ce que nous avons sous les yeux nous le voyons. En divisant trop au contraire , tout échappe au regard, tout se perd dans la confusion. » Laromiguière , Leç, de Philos,, part. II, leç. x.
(75) Métaph., XI, p. 229 de l'édit. de Brandis.
(67) De Générât., II, 2.
(77) Pliilosophe italien, né en i 568 en Calabre, mort à Paris en 1639, un des esprits les plus originaux du xvi* siècle.
(78) De Gêner,, II, 2. (79) Metaph., V, p. 92.
(80) De Jnimd, II, 1.
(81) C'est Aristote qui a posé le premier dans les Premiers Analy tiques, I, 2 et suiv., les règles de la conversion des propositions exposées dans ce chapitre.
(82) Les règles du syllogisme ont été formulées par les scholasliques en huit vers latins que voici :
TerminiLs eHo triplex médius majorque minorque. Latins hune quam prœmissa conclusio non vuU. Nequaquam médium captai conclusio /as est.
Aut semel aut iterum médius generaliter esta. U traque se pramissos neget nihil inde segitetur, NU sequihtr geminis ex parlicuiaribus unquam. Ambœ affirmantes nequeunt gencrare negantem. Pejorem sequitur semper conclusio parlem.
(83) Voyez au sujet de celte discussion une note de M. Barthélémy Saint-Hilaire, de la Logique d'Arlstote, tome II, p. 342 et suiv.
(84) On peut pousser la réduction des règles du syllogisme plus loin que ne le fait Arnauld dans ce chapitre. Le vrai principe du raisonnement, c'est que tout ce qui se trouve dans le contenu se trouve dans le contenant, et que tout ce qui est hors du contenant est hors du contenu. Leibnitz paraît avoir entrevu cette vérité que le P. Bufûer ( Cours de Sciences , p. 760) cl Euler {Lettres aune Princesse d'Allemagne^ part, II, lelt. 35 et sniv., édit. de Cournot), ont mise dans tout son jour.
(85) Enéide, XI, v. 32 et suiv. (86) Essais, II, xii.
(87) Bannis est Tauteur d'une logique qui était en usage dans les écoles avant XArt de penser, Arnauld y renvoie dans ce passage et dans quelques autres.
(88) Jean Clauberg, né à Chartres en 1625, mort en 1665, est un des esprits les plus distingués de l'école cartésienne : Leibnitz a même poussé Teutliousinsme pour son mérite jusqu'à le placer au-dessus de Descartes. De toutes les parties de la philosophie la logique est celle qu'il parait avoir le plus cultivée. Je ne sache pas qu'on ait approfondi davantage la classification des erreurs et de leurs causes, la nature des opérations de r«'lme, la théorie de la définition, et le sens réel ainsi que la nécessité et les avantages du doute cartésien. Les œuvres de Clauberg ont été publiées à Amsterdam en 1691.
(89) Celte division célèbre appartient à Aristote qui Ta exposée dans plusieurs de ses ouvrages et entre autres au I" livre de sa Métaphysique,
(90) Réfutations sophistiques, ch. V.
(91) Tous les fragments qui nous restent de Parménide donnent raison à Aristote contre Arnauld. Voyez rex(;ellent travail de M. Fr. Riaux qui porte pour titre : Dissertatipn sur Parménide d'Élée,
(92) Pierre Bémlx), né en 1470, mort en 1547, secrétaire de Léon X, puis cardinal, auteur de poésies latines, de sonnets à l'imitation de Pétrarque, et d'un grand nombre de leltr«s.
(93) Pic de la Mirandole, né en 1463, mort en 1494, un des promoteurs de la philosophie platonicienne au xv* siècle. U laissa un neveu du môme nom qui marcha sur ses traces.
(94) Saint Augustin, De Lih, Arbit., II, 3. Arnauld a déjà cité ce passage dans les Objections contre les Méditations de Descartes, Voyez plus haut, p. 2.
(95) La certitude peut provenir de différentes sources, porter sur différents objets ; mais elle n'admet pas de degrés. Celle des sens est postérieure
à celle de la conscience , mais sans y être inférieure, et les spiritualistes
qui prennent exclusivement parti pour la seconde ne sont ni plus sages ni
mieux avisés que les matérialistes qui n'admettent que la première. C'est
ce qu'il est superflu de vouloir prouver après Thomas Reid et TEcole
écossaise.
(96) On peut rapprocher de ce passage un admirable morceau de Pascal : « Qu'est-ce que Thomme dans l'infini ? qui peut le comprendre ? etc. » Pensées, part. I'% art. iv, 1.
(97) Ici s'arrête l'emprunt fait à Descartes. L'ouvrage d'où ce passage est tiré est le traité des Règles pour la direction de l'esprit.
(98) Discours sur la Méthode, part. 1".
i 99) Ces règles sont empruntées à Pascal , dans le morceau intitulé : de l'Art de persuader, qui est le troisième des Pensées, ,
(100) Cicéron, de Finiâus, III, 25 et 26.
(101) Euclide, Éléments, lib. I, déf. vue.
(102) J6id., V, déf. m.
(103) CUviuSf savant mathématicien, né à Bamberg en 1581 , mort à Bomeen 1612.
(104) Simon Stevin a vécu dans la dernière partie du xvi* siècle et le commencement du xvii*. On lui doit d'importants travaux qui ont enrichi la statique et l'hydrostatique d'un grand nombre de découvertes. Il a aussi laissé quelques ouvrages, entre autres un Traité d'Arithmétique d'où sont tirés les passages cités par Arnaud.
(105) C'est la thèse de Gassendi et de toute l'école empirique, celle que Locke a si longuement développée au I*' livre de VEssai sur l'Entende» ment humain,
(106) Euclide, Éléments, liv. I, perp. 20.
(107) Ces Éléments sont d'Arnauld ; on les trouve au tome XL de ses Œuvres complètes,
(108) Montaigne, Essais, III, 11.
(109) A l'époque où parut VArt de penser, il y avait peu d'années que Pascal et Fermât avaient appliqué l'analyse mathématique à l'appréciation des chances des jeux. Depuis, le calcul des probabilités a reçu des développements inespérés et acquis une importance considérable ; mais il s'est de plus en plus séparé de la logique , à laquelle il touche cependant par tant de côtés. Parmi le petit nombre de philosophes qui , à l'exemple d'Arnauld , y ont donné place dans leurs ouvrages, nous citerons : S'Gra- \esande, Introd, à la Philos, , liv. n, 27, 28, 29 ; Reid, Ess, sur les Facult, int., yil,ch. m ; Prévost, Essais de philos,, tome II, p. 56-^109» Damiron, Logique, II* section, eh. m.
ET
Où Ton croit avoir démontré que ce qu'en dit Fauteur du livre de la Recherche de la Vérité n'est appuyé que sur de faux préjugés, et que rien n est plus mal fondé que ce qu'il prétend : que nous voyons toutes choses en Dieu.
Je vous ai donné avis, Monsieur, du dessein que j'avais d'examiner le Traité de la nature et de la grâce, et de donner au public le jugement que j'en ferais. Je n'ai point douté que vous ne fissiez voir ma lettre à l'auteur du traité, et que vous ne jugeassiez bien, comme vous avez fait aussi, que c'était pour cela même que je Pavais écrite, m'étant persuadé qu'il était plus honnête et plus chrétien d'agir avec cette franchise, que d'attaquer un ami comme en cachette, et en lui dissimulant ce que je ne devais pas croire qui lui déplairait, puisqu'il aurait fallu pour cela que je l'eusse soupçonné de n'être pas sincère dans la profession qu'il fait d'aimer uniquement la vérité.
Je me sais bon gré de n'avoir pas eu cette pensée de notre ami, et j'apprends avec bien de la joie par votre réponse que je ne me suis pas trompé, quand j'ai cru qu'il était dans une disposition toute contraire à celle qui fait dire à saint Augustin, que celui-là s'aime d'un amour bien déréglé, qui aime mieux que les autres soient dans l'erreur, que non pas que l'on découvre qu'il y est luimême : \Nimis perverse seipsum amat, qui alias vult errare, ut error suus lateat. Car vous m'assurez que lui ayant fait voir ma première lettre, que vous aviez bien cru que j'avais écrite pour lui être montrée, il vous a témoigné être dans les mêmes sentiments que moi, pour ce qui regarde la manière d'écrire contre les opinions de nos
:m DES VRAIES
amis; et qii*il n'était point fâché que j'écrivisse contre son traité.
Je suis donc en repos de ce côté-là. Mais je crains que vous ne soyez surpris de voir que ce n'est pas encore l'ouvrage que vous attendiez, et que ce n'en peut être que le préambule. Voici ce qui en a été la cause.
Notre ami nous a avertis, dans la seconde édition de son Traité de la nature et de la grâce, que pour le bien entendre, il serait à propos que l'on sût les principes établis dans le livre de la Recherche de la Vérité; et il a marqué en particulier ce qu'il a enseigné de la nature des idées, c'est-à-dire de l'opinion qu'il a que nous voyons toutes choses en Dieu,
Je me suis donc mis à étudier cette matière, et m'y étant appliqué avec soin, j'ai trouvé si peu de vraisemblance, pour ne rien dire de plus fort, dans tout ce que notre ami enseigne sur ce sujet, qu'il m'a semblé que je ne pouvais mieux faire, que de commencer par-là à lui montrer qu'il a plus de sujet qu'il ne pense de se défier de quantité de spéculations qui lui ont paru certaines, afin de le disposer par cette expérience sensible à chercher plutôt l'intelligence des mystères de la grâce dans la lumière des saints, que dans ses propres pensées.
Je me persuade, Monsieur, que vous en conviendrez avec moi, quand vous aurez considéré combien il est différent de lui-même dans cette matière des idées, et combien y a peu suivi les règles qu'il donne aux autres pour raisonner avec justesse.
Vous en jugerez par la suite de ce traité. J'ajouterai seulement que si j'y ai donné quelque jour à une matière qui a paru jusqu'ici fort obscure et fort embrouillée, ce n'a été qu'en m'attachant d'une part aux notions claires et naturelles que tout le monde peut trouver dans soi-même, pour peu que l'on fasse d'attention à ce qui se passe dans son esprit, en observant de l'autre les règles suivantes, que j'ai cru à propos de mettre d'abord, afin que si on les approuve, on puisse entrer de soi-même dans les mêmes vérités en suivant le même chemin.