‹ Œuvres philosophiques d' Arnauld, comprenant les Objections contre les Méditations de Descartes, La logique de Port-Royal, le traité Des vraies et des fausses idées et des notes et une introductionChapitre 24 sur 257 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Là 3*, les qualités sensibles, comme la dureté, la moHesse, la

pesanteur, le froid, le chaud, les couleurs, les sons, les odeurs, les

divers goûts. La 4*, la forme et la figure qui est la détermination extérieure

de la quantité, comme être rond, carré, sphérique, cubique.

IV. La relation, ou le rapport d'une chose à une autre, comme de père, de fils, de maître, de valet, de roi, de sujet; de la puissance à son objet, de la \ue à ce qui est visible ; et tout ce qui marque comparaison , comme semblable, égal , plus grand , plus petit.

V. L'agir, ou en soi-même, comme marcher, danser, connaître» aimer ; ou hors de soi, comme battre, couper, rompre, éclairer, échauffer.

VL Patir, être battu, être rompu, être éclairé, être échauffé.

VIL Oô, c'est-à-dire, ce qu'on répond aux questions qui regardent le lieu, comme être à Rome, à Paris, dans son cabinet, dans son lit, dans sa chaise.

VIII. Quand , c'est-à-dire , ce qu'on répond aux questions qui regardent le temps, comme, quand a-t-il vécu? il y a cent ans ; quand cela s'est>-il fait? hier.

IX. La situation , être assis , debout , couché , devant , derrière, à droite, à gauche.

X. Avoir, c'est-à-dire, avoir quelque chose autour de soi pour servir de vêtement , ou d'ornement , ou d'armure , comme être habillé, être couronné, être chaussé, être armé.

Voilà les dix catégories d'Aristote , dont on fait tant de mystères, quoique à dire le vrai, ce soit une chose de soi très peu utile, et qui non-seulement ne sert guère à former le jugement, ce qui est le but de la vraie logique , mais qui souvent y nuit beaucoup pour deux raisons qu'il est important de remarquer.

La première est qu'on regarde ces catégories comme une chose établie sur la raison et sur la vérité, au lieu que c'est une chose tout arbitraire , et qui n'a de fondement que l'imagination d'un homme qui n'a eu aucune autorité de prescrire une loi aux autres , qui ont autant de droit que lui d'arranger d'une autre sorte les objets de leurs pensées, chacun selon sa manière de philosopher. £t , en effet , il y en a qui out compris en ce distique

5g LOGIQUE.

uml 09 que Ton considère selon une nouvelle philosophie tn

toutes les choses du inonde.

Mens, tnensura, quies, mouu, p09itwra, figura Sunt cum materiâ eunctarum exordla rtntm*

C'est-à-dire, que ces gens-là se persuadent que Ton peut rendre raison de toute la nature , en n'y considérant que ces sept choses ou modes. 1. Mens, l'esprit, ou la substance qui pense. 2. Materiâ, le corps ou la substance étendue. 3. Mensura, la grandeur ou la petitesse de chaque partie de la matière. 4. Positura , leur situation à l'égard les unes des autres. 5. Figura , leur figure. 6. Motus, leur mouvement. 7. Quies, leur repos ou moindre mouvement.

La seconde raison qui rend l'étude des catégories dangereuse, est qu'elle accoutume les hommes à se payer de piots , à s'imaginer qu'ils savent toutes choses, lorsqu'ils n'en connaissent que des noms arbitraires qui n'en forment dans l'esprit aucune idée claire et distincte, comme on le fera voir en un autre endroit®.

On pourrait encore parler ici des attributs des Lullistes*^, bonté , puissance , grandeur, etc. ; mais en vérité c'est une chose si ridicule , que l'imagination qu'ils ont , qu'appliquant ces mots métaphysiques à tout ce qu'on leur propose , ils pourront rendre raison de tout, qu'elle ne mérite seulement pas d'être réfutée.

Un auteur de ce temps a dit avec grande raison que les règles de la logique d'Aristote servaient seulement à prouver à un autre ce que l'on savait déjà ; mais que l'art de Luïle ne servait qu'à faire discourir sans jugement de ce qu'on ne savait pas. L'ignorance vaut beaucoup mieux que cette fausse science qui fait que l'on s'imagine savoir ce qu'on ne sait point. Car, comme saint Augustin a très judicieusement remarqué dans le livre de l'Utilité de la créance, cette disposition d'esprit est très blâmable pour deux raisons : l'une, que celui qui s'est faussement persuadé qu'il connaît la vérité, se rend par là incapable de s'en faire instruire; l'autre , que cette présomption et cette témérité est une manfue d'un esprit qui n'est pas bien fait : Opinari, duos ob res turpissimum est : quàd discerc non potest qui sibi jam se scire persuasit, etper se ipsa temeritcts non benè affecti animisignum est. Car le mot opinari, dans la pureté de la langue latine, signifie la disposition d'un esprit qui consent trop légèrement à des choses incertaines, etqui croit ainsi savoir ce qu'il ne sait pas.G'est.pourquoi tous lea

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