‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 110 sur 159 · CHAPITRE XXIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIT

dans cette fîn de sa réponse , a sinon qu'il ne s'ensuit pas a que l'on connaisse clairement la nature des choses que a Ton peut compter, » comme si on avait supposé qu'on les connaît clairement, parce qu'on les peut compter. Ce qui n'est jamais venu dans l'esprit de M. Descartes , qui n'a dit qu'on pouvait compter autant de modifications de notre âme qu'elle en connaît dans les autres choses, que pour montrer qu'il n'y a point de choses dont on connaisse tant d'attributs que de notre esprit. Mais il n'a pas prévu qu'on le dût arrêter sur le défaut de clarté, dans la connaissance qu'a notre âme de ses propres modifications, parce qu'il avait supposé, aussi bien que saint Augustin, qu'il n'y avait rien qui nous fût plus clair. Et , comme je prétends avoir fait voir que cet auteur n'a eu aucune raison de le nier, je prétends aussi qu'il n'a nullement satisfait à l'argument par lequel M. Descartes a voulu prouver « que la nature de l'esprit est plus « connue que celle de toute autre chose. » Car on n'a qu'à prévenir sa distinction, en prenant pour vrai , comme il Test aussi , ce qu'il a voulu révoquer en doute :

On connaît la nature d'une chose d'autant plus distino* tement , qu'on en connaît davantage d'attributs , pourvu quon les connaisse clairement, — Cette fin met cette majeure hors d'état de pouvoir être niée par l'auteur de la Recherche de la Vérité,

Or, notre esprit connaît clairement plus d'attributs ou de propriétés de lui-même que de toute autre chose. Car je ne puis connaître l'attribut ou propriété d'aucune autre chose , que je ne connaisse clairement la perception que j'en ai , et celte perception est un attribut ou propriété de mon esprit. D'où il s'ensuit, par l'aveu de cet auteur, que, mettante part si l'esprit connaît clairement ou obscurément ses propres perceptions , il peut compter en soi une infinité de propriétés, s'il a une infinité de perceptions.

Il connaît! donc plus de propriétés de lui-même que de toute autre chose ; et pourvu qu'il connaisse clairement ses

propres perceptions , de quoi on ne peut raisonnablement douter, on ne peut douter aussi que la nature de notre esprit ne nous soit plus connue que celle de toute autre chose.

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