‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 119 sur 159 · CHAPITRE XXTU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTU

perception : ignoti nuUa cupido. Il est donc clair qu'on ne peut dire raisonnablement que je puis me donner le désir de connaître le bien A, et qu'en cela consiste ma liberté, qu'on ne reconnaisse en même temps que je puis me donner quelque perception du bien A.

On dira peut-être que cela prouve seulement qu'il faut que j'aie déjà une perception obscure et confuse du bien A, avant que mon âme puisse désirer de le connaître plus parfaitement.

Mais qu'entend-on par cette perception obscure et confuse du bien particulier que j'ai appelé A? Est-ce une idée ou une perception qui représente si confusément le bien A , qu'elle peut représenter également à notre âme le bien B, le bien G, le bien D et une infinité d'autres biens particuliers, vers lesquels mon âme peut déterminer le mouvement qu'elle a de Dieu vers le bien en général; ou si cette idée, quoiqu'on l'appelle obscure et confuse , ne représente à mon âme que le bien A?

Si on dit le premier, il s'ensuivra que cette idée ne donnera pas plus de pouvoir à mon âme de «désirer le bien A , que de désirer le bien B, le bien G, le bien D et une infinité d'autres choses semblables, à moins qu'elle ne choisisse le bien A , dans cette confusion : ce qu'elle ne peut faire que par une perception du bien A , qui soit plus distincte et moins confuse que celle des autres biens; et laquelle par conséquent il faudra qu'elle se puisse donner à elle-même , avant que de pouvoir désirer de connaître plus parfaitement le bien A.

Que si on dit le dernier, il faudra donc ou que notre âme ait tout ensemble les notions obscures et imparfaites de chacun de ces biens particuliers, qui sont infinis, afin qu'elle puisse désirer de connaître plus parfaitement l'un d'eux plutôt que l'autre , ou qu'il ne dépende point de sa liberté de détourner vers lequel elle voudrait de ces biens particuliers , le mouvement qu'elle a de Dieu vers le bien général, mais

2llU DES VRAIES Et DES FAUSSES IDÉES.

qu'elle ne puisse le détourner que vers le bien particulier, dont elle a déjà une idée obscure. Outre qu'on sera obligé de rendre raison, d'où vient qu'indépendamment de sa liberté. Dieu lui a donné l'idée obscure d'un bien particulier, plutôt que d'un autre , sans qu'on puisse rapporter cela à ses désirs, comme à des causes occasionnelles qui auraient déterminé les volontés générales de Dieu , parce que cela irait à l'infini. On ne voit donc pas que la manière dont l'auteur de la Recherche de la Vérité a prétendu expliquer la liberté , se puisse soutenir sans qu'il soit obligé de reconnaître que notre âme se peut donner de nouvelles modifications au regard de ses idées, aussi bien qu'au regard de ses inclinations.

III. Je ne sais si je dois répondre aux arguments qu'il apporte dans le livre III , part, ii , chapitre 3 , pour montrer que l'âme n'a pas la puissance de produire ses idées. Car j'ai déjà remarqué plusieurs fois que dans ce troisième livre ce ne sont pas les perceptions, mais les êtres représentatifs, qu'il entend par le mot d'idées. Or, je n'ai garde de croire que notre âme a la puissance de produire ces êtres représentatifs, ne croyant pas que ce soit aiftre chose que des chimères.

Que si néanmoins on voulait appliquer ces mêmes ai^aments aux perceptions, il serait bien aisé d'en faire voir la faiblesse.

« Personne', dit-il , ne peut douter que les idées ne soient « des êtres réels , puisqu'elles ont des propriétés réelles, que « les unes diffèrent des autres , et qu'elles représentent des « choses toutes difi'érentes. »

J'en demeure d'accord , pourvu que par le mot d'être on entende les manières d^ être, aussi bien que les substances.

« On ne peut aussi raisonnablement douter qu'elles ne « soient spirituelles et fort différentes des corps qu'elles « représentent. » Cela est encore vrai.

« Et cela semble assez fort* pour faire douter si les idées,

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Ibid.

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