‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 15 sur 159 · FAUSSES IDÉES · texte numérisé non relu

FAUSSES IDÉES

OU 1*'0M. CM^ÏT AVOIR DÉHONTHÉ QUE CE QU'eN DIT l'aUTEUR Dy LIVRE DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ n'eST AMPUTÉ QUE SUR DE FAUX PRÉJUGÉS f ET QUE RIEN n'eST PLUS, MAL FONDÉ QUE CE Qu'iL PRÉTENP : QUE NOUS VOYONS TOUTES CHOSES EN DIEU.

Je vous ai donné avis , Monsieur, du dessein que j'avais d'exaçiiner le Traité de la î^cUure et de la Grâce, ^ çt de donner au public le jugement que j'en ferais. Je n'ai point douté que. vous ne fissiez voir ma lettre à l'auteur du Traité, et que vous ne jugeassiez bien , comme vous avez fait aussi , que c'était pour cela mémo que je L'avais écrite, m'étant persuadé qu'il était plus honnête et plus chrétien d'agir avec cette franchise que d'attaquer un ami comme en cachette, et en lui dissimulant ce que je ne devais pas croire qui lui déplairait), puisqu'il aurait fallu, pour cela, que je Feusse. soupçonné de n'être pas sincère dans la profession, qu'il lait d'aimer uaiquement la vérité.

Je me sais bon gré de n'avoir pas eu cette pensée de notre ami , et j'apprends avec bien de la joie, par votre réponse, que je ne me. suis pas trompé quand j'ai cru qu^'il était dans une disposition toute contraire à celle qui fait dire à saint Augustin que celui-là s'aime, d'un amour bien déréglé qui aifiie mieux que les autres soient dans l'erreur que ^oqk pas. que l'on découvre qu'il y est lui-même : Nimis perverse seipsum amait, qui alios vidt errare, ut error svm laieat,

Car vous m'assurez « que lui ayant fait voir ma première « lettre , que vous aviez bien cru que j'avais écrite pour lui « être montrée , il vous a témoigné être dans les mêmes sen- (( timents que moi pour ce qui regarde la manière d'écrire « contre les opinions de nos amis, et qu'il n'était point fâché « que j'écrivisse contre son Traité. »

Je suis donc en repos de ce côté-là. Mais je crains que vous ne soyez surpris de voir que ce n'est pas encore l'ouvrage que vous attendiez, et que ce n'en peut être que le préambule. Voici ce qui en a été la cause :

Notre ami nous a avertis, dans la seconde édition de son Traité de la Nature et de la Grâce que , pour le bien entendre, il serait à propos que l'on sût les principes état)lis dans le livre de la Recherche de la Vérité, et il a marqué en particulier ce qu'il a enseigné de la nature des idées, c'est-à-dire de l'opinion qu'il a que nous voyons toutes choses en Dieu,

Je me suis donc mis à étudier cette matière , et, m'y étant appliqué avec soin, j'ai trouvé si peu de vraisemblance, pour ne rien dire de plus fort , dans tout ce que notre ami enseigne sur ce sujet, qu'il m'a semblé que je ne pouvais mieux faire que de commencer par là à lui montrer qu'il a plus de sujet qu'il ne pense do se défier de quantité de spéculations qui lui ont paru certaines , afin de le disposer, par cette expérience sensible , à chercher plutôt l'intelligence des mystères de la grâce dans la lumière des saints que dans ses propres pensées.

Je me i)ersuade, Monsieur, que vous en conviendrez avec moi quand vous aurez considéré combien il est différent de lui-même dans cette matière des idées, et combien il y a peu suivi les règles qu'il donne aux autres pour raisonner avec justesse.

Vous en jugerez par la suite de ce Traité. J'ajouterai seulement que si j'y ai donné quelque jour à une matière , qui a paru jusqu'ici fort obscure et fort embrouillée , ce n'a été qu'en m' attachant d'une part aux notions claires et natu-

Page 1