‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 29 sur 159 · Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose · texte numérisé non relu

Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose

3. Je prends aussi pour la même chose Vidée d'un objet et la perception d'un objet. Je laisse à part s'il y a d'autres choses à qui on puisse donner le nom d*idéê. Mais il est cer* tain qu'il y a des idées prises en ce sens , et que ces idées sont ou des attributs ou des modifications de notre àme.

i. Je dis qu'un objet est présent à notre esprit quand notre esprit l'aperçoit et le connaît. Je laisse encore à examiner s'il y a une autre présence de l'objet préalable à la connaissance et qui soit nécessaire, afin qu'il soit en état d'être connu. Mais il est certain que la manière dont je. dis qu'un objet est présent à l'esprit , quand il en est connu , est incontestable , et que c'est ce qui fait dire qu'une personne que nous aimons nous est souvent présente à l'esprit , parce que nous y pensons souvent.

5. Je dis qu'une chose est objectivement dans mon esprit • quand je la conçois. Quand je conçois le soleil, un carré, un son : le soleil , le carré , ce son , sont objectivement dans mon esprit, soit qu'ils soient ou qu'ils ne soient hors de mon esprit.

6. J'ai dit que je prenais pour la même chose la perception et Vidée, Il faut néanmoins remarquer que cette chose, quoique unique, a deux rapports: l'un a l'âme qu'elle modifie, l'autre à la chose aperçue , en tant qu'elle est objectivement dans l'âme , et que le mot de perception marque plus directement le premier rapport , et celui d'idée le dernier. Ainsi la perception d'un carré marque plus directement mon àme comme apercevant un carré; et Vidée d'un carré marque plus directement le carré, en tant qu'il est objectivement dans mon esprit. Cette remarque est très-importante pour résoudre beaucoup de difficultés , qui ne sont fondées que sur ce qu'on ne comprend pas assez que ce ne sont point

deux entités différentes, mais une même modification de notre âme qui enferme essentiellement ces deux rapports, puisque je ne puis avoir de perception qui ne soit tout ensemble la perception de mon esprit comme apercevant, et la perception de quelque chose conmie aperçue; et que rien aussi ne peut être objectivement dans mon esprit (qui est ce que j'appelle idée) que mon esprit ne l'aperçoive.

7. Ce que j'entends par les êtres représentatifs, en tant que je les combats comme des entités superflues, ne sont que ceux que Ton s'imagine être réellement distingués des idées prises pour des perceptions; car je n'ai garde de combattre toutes sortes d'êtres ou de modalités représentatives; puisque je soutiens qu'il est dair, à quiconque fait réflexion sur ce qui se passe dans son esprit , que toutes nos perceptions sont des modalités essentiellement représentatives,

8. Quand on dit que nos idées et nos perceptions (car je prends cela pour la même chose) nous représentent les choses que nous concevons et en sont les images , c'est dans un tout autre sens que lorsqu'on dit que les tableaux représentent leurs originaux et en sont les images > ou que les paroles prononcées ou écrites sont les images de nos pensées; car au regard des idées cela veut dire que les choses que nous concevons sont objectivement dans notre esprit et dans notre pensée. Or cette manière d'être objectivement dans l>5prit est si particulière à l'esprit et à la pensée, comme étant ce qui en fait particulièrement la nature, qu'en vain on chercherait rien de semblable en tout ce qui n'est pas esprit et pensée. Et c'est , comme j'ai déjà remarqué , ce qui a brouillé toute cette matière des idées, de ce qu'on a voulu expliquer, par des comparaisons prises des choses corporelles , la manière dont les objets sont représentés par no^ idées, quoiqu'il ne puisse y avoir sur cela aucun vrai rapport entre les corps et les esprits.

9. Quand je dis que Vidée est la même chose que la perception , j'entends par la perception tout ce que mon esprit conçoit, soit par la première appréhension qu'il a des cho^e--

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