CHAPITRE y
un corps, et que la terre, le soleil, la lune et beaucoup d'autres corps que je connais comme eiiistant hors de mon esprit , existent véritablement hors de mon esprit.
8. La conséquence est nécessaire de l'acte au pouvoir, c'est-à-dire qu'il est certain que qui fait une chose ( prenant largement le mot de faire selon la onzième définition) a le pouvoir de la faire , et par conséquent que Ton doit dire qu'il a cette faculté selon la douzième définition.
Je demande que chacun fasse une sérieuse réflexion sur ce qui se passe dans son esprit lorsqu'il connaît diverses choses , en considérant tout ce qu'il y remarquera par une simple vue , sans raisonner ni chercher ailleurs des compa* raisons prises des choses corporelles , et en ne s'arrètant que sur co qu'il verra être si certain qu'il n'en puisse douter.
Et, si quelqu'un ne le peut pas faire de lui-même, je lui demande qu'il me suive et qu'il examine de bonne foi si ce que je dirai m' être clair ne lui sera pas aussi clair et certain.
4. Je suis assuré que je suis, parce que je pense; et qu'ainsi je suis une substance qui pense.
2. Je suis plus certain que je suis , que je ne le suis que j'ai un corps, ou qu'il y a d'autres corps; car je pourrais douter qu'il y a des corps, que je ne pourrais pas pour cela douter que je fusse*
3. Je connais l'Être parfait, l'Être même, l'Être universel; et ainsi je ue puis douter que je n'en ai l'idée , en prenant Vidée d'un objet pour la perception d*un objet, selon la troisième définition.
4. Je suis assuré que je connais des corps , quand je pourrais douter s'il y en a qui existent; car il me suflBt que je les connaisse comme possibles. Et quand je connaîtrais un corps comme existant qui ne le serait pas, je me tromperais en cela ; mais il ne serait pas moins vrai que ce corps serait objectivement dans mon esprit , quoiqu'il n'existât pas hors
de moji esprit , et ainsi je le connaîtrais selon la quatrième définition.
5. Quand mes sens ne pourraient m'assurer de Texistence des choses matérielles, la raison m'en assurerait, en ajoutant à mes sentiments que Dieu ne saurait être trompeur. Et si je n'en étais pas entièrement assuré par la raison , je le saurais au moins par la foi ( ce que je dis pour mettre la chose dans la dernière certitude , à l'égard même de l'auteur de la Recherche de la Vérité ). Et par conséquent à moi , qui ai la foi outre la raison , il m'est très-certain que quand je vois la terre , le soleil , les étoiles , des hommes qui m'entretiennent, ce ne sont point des corps ou des hommes imaginaires que je vois , mais les ouvrages de Dieu , et de véritables hommes que Dieu a créés comme moi. £t il ne m'importe qu'entre mille de ces objets il y en puisse avoir quelqu'un qui ne serait que dans mon esprit; il me suffit , pour ce que je prétends , que je ne puisse douter, de quelque côté que me vienne cette certitude, de la raison ou de la foi, que pour l'ordinaire les corps. que je crois voir sont de véritables corps qui existent hors de moi.
6. Il ne m'est pas moins certain que je connais une infinité d'objets en général, et non-seulement en particulier: comme le nombre pair en général , ce qui comprend une infinité de nombres, un nombre carré en général, et ainsi des autres. Qu'il en est de môme des corps , connaissant certainement un cube en général, un cylindre, une pyramide, quoiqu'il y en ait de chacune de ces espèces d'une infinité de grandeurs différentes.
7. Je no puis douter aussi que je ne connaisse les choses en deux manières , ou par une vue directe ou par une vue expressément réfléchie , comme quand je fais réflexion sur l'idée ou la connaissance que j'ai d'une chose , et que je l'examine avec plus d'attention , pour reconnaître ce qui est enfermé dans cette idée , prisse au sens que j'ai dit dans la troisième définition.