PKEMIËRE PARTIE. — CHAP. IV
(l’examiner avec la dernière s(î\Tri té, si elles ne s’ensCiivent pas nécessairement do leur principe , et niéme aussi claiicment que des démonstirations de f!;éoniétrie.
25. Au reste, je ne suis pas en peine du jugement ((u’oii portera touchant la vérité de quelcjues-unes de' ces conséquences ; comme , d'avoir droit de douter si chacun de nous n’est pas l’unique être qui existe au monde. Je suis persuadé que nul homme sensé ne sera tenté de la juger vraie , ni de supposer que d’autres hommes sensés le fassent sérieusement; et , pour le dire en un mot , il n'est personne qui ne regarde ceux qui le feraient , comme autant de gens tombés en délire.
26. Je n’entre point dans le détail desautres consé(iuonces : car s’il en est une seule extravagante , qui s’ensuive nécessairement du principe, il faut nécessairement (pie le principe soit lui-même extravagant. Eu effet , il est démontré que les conséquences ne sont qu’une m('mo chose avec le principe. 11 n’est donc pas vrai que nous n’ayons pour ri‘gle de cerlbtude évidente , que le sentiment intime de notre prqirc action.
27. On aura beau dire qu’on ne peut assigner un autre principe, qui ne st; trouve sujet à erreur. C’est ce qu’il faudra examiner : mais il demeurera constant , que celui-là conduisant nécessairement à des extravagances, il serait luimême sujet aux plus folles erreurs , jiuisqu’il exclurait toute certitude de tout ce qui est hors de nous. Nous n’aurions plus nulle certitude évidente ni de Dieu, ni des autres êtres, ni do tout ce que nous avons dit, fait ou pensé , un moment avant la pensée actuelle que nous en formons.
Il n’y aurait plus ainsi dans le monde aucun principe de vérité sur ce qui est hors de nous, à l’égard des choses qui nous intéressent lo plus , qui sont le mobile et le ressort de toute notre vie ; c’est-à-dire , on d'autres termes, (^u’il n’y aurait plus aucune règle certaine de raison , de conduite ou de sens commun. Or , quoi qu’en puissent dire certains philosophes, il y a au monde du sens commun, de la conduite
\k THAITÉ DES PREMltRES VÉRITÉS.
ot <ie la raison : il y a donc de la vérité , de la certitude , et de l’évidence , à l’éi^ard de ce qui (>st hoi"s de nous.
28. D’ailleurs, les proiwsi lions 0|)j)0sées aux conséquences (jue nous trouvons manifestement insensées, sont, par lu loi des contraires, nécessairement judicieuses.
29. Ainsi la certitude où nous sommes, par exemple, que nous n’avons pas toujours subsisté avec l’usage de la raison, et mille autres semblables certitudes d’expérience universelle , ne sont point le sentiment intime d’aucune perception actuelle de notre âme ; puisqu’elles tombent sur ce qui est passé, et que ce qui n’est plus ne saurait être le sentiment de notre perception actuelle : il faut donc rapporter cette certitude à un autre chef ou règle de vérité , que quelques-uns semblent méconnaître, et que j'appellerai le seiitiimnt commun (k la nature, ou, comme on dit d’ordinaire, le sens commun.