CHAPITRE XV
De ce qui est bon ou de ce qui est un bien.
279. Si on entre une fois dans ce que je viens de dire du parfait et de la perfection , il ne me restera qu’un mot à dire ici sur la nature du bon et do la bouté. Le bon ou la bonté n’est donc autre chose que ce (pii nous rend heureux ou ce qui y contribue.
Si l’on ne voit pas comment cette définition convient à tout ce qu’on appelle bon, quelques réflexions nous aideront à démêler nos idées sur ce [loint.
280. De quelque chose que nons disions ; Cela est bon, c’est toujours par rapport à une fin. (Juand Dieu dit, au sujet des cixîatures qu’il venait do produire ; Il vit que cela était bon , on ne peut douter que c('S paroles ne signifient ; Cela était propre et convenable à la fin que Dieu s’était proposée.
Dans les choses les jiliis ordinaires, il en est de même; par exemple, ipiand on dit ; Ce vin est bon, cette épée est bonne, c’est encore par rapport à une fin. Ce vin est bon, c’est-à-
dire ce vin est convenable et propre à me donner du plaisir ou de la santé en le buvant ; Cette épée est bonne, c’est-à-dire propre à repousser mon ennemi, ou à me défendre contre lui : pour peu qu’on y fasse attention , on trouvera que jamais on n’emploie et on ne peut raisonnablement employer le mot bon, sinon pour signifier qu’une chose est propre à une certaine fin qu’on a du moins tacitement dans l’esprit.
281 . Or, la fin que l’on a toujours tacitement dans l’esprit , c'est de se contenter et de se satisfaire 5 soit qu’on se procure un bien ou qu’on évite un mal ; ce qui au fond est un \rai bien, puisque le premier degré de bonheur est d’être exempt de mal.
11 arrive donc souvent que la satisfaction que l'on a tacitement en vue ne paraît pas dans la fin prochaine qui est actuellement dans l’esprit; mais on ne regarde au fond cette fin prochaine que pour arriver à quelque satisfaction et à quelque degré de bonheur. On voit un peintre aller chez un ’ marchand; i>our quelle fin? Pour acheter des couleurs, pour les broyer, pour les mélanger entre elles avec de l’huile , et pourquoi les mélanger? Pour les appliquer sur une toile avec le pinceau , |)our faire un tableau , pour le montrer, pour en tirer de l’argent ou de la réputation. A chaque démarche on trouve une fin; et chaque fin est un moyen pour une autre fin, jusqu’à la dernière que j’ai nommée; car pourquoi de l'argent et de la réputation? Parce que cela me fait plaisir, cela me contente et me satisfait autant que je le puis être dans l’état pi-ésent où je me trouve. Or, dans chaque fin qui conduit à une autre , on trouve toujours le bon; et le bon ne se trouvera jamais que par rapport à la satisfaction , qui est la fin générale. Si donc on supposait qu’un être particulier ne pût en rien contribuer à la satisfaction de qui que ce soit, dès-là même il penirait tout caractère et tout degré de bonté.
282. C’est ainsi qu’il faut entendre ce que disent les philosophes, que tout ce cpii existe est bon ; c’est qu’il jxîut contribuer au bonheur ou de près ou de loin ; nous ne voyons pas