‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 74 sur 138 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XIX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XIX

qu’ils impriment à quelque corps, chacune de ces choses étant un changement qui arrive par l’entremise de l’Ame.

Notre définition peut convenir éiialemenl bien A l’action de Dieu, et à Dieu dans ce que nous ne [K)uvons concevoir. Nous concevons qu’il agit en tant qu’il produit tpielque chosrî hors de lui ; car alors c’est un changement (pii se fait par le moyen d’un être existant par lui-même ; mais avant que Dieu eût rien produit hors de lui , n’agissait-il jwint, et aurait-il été de toute éternité sans action? Question incompréhensible, si pour y répondre il faut pimétrer l’essence de Dieu, impénétrable dans ce qu’elle est par elle-même. Les savants auront beau nous dire sur ce sujet que Dieu , de toute éternité, ar/it par un acte simiile , immanent et permanent : grand discours, et si l’on veut res|H*ctable , mais sur lequel nous ne pouvons avoir des idét'S claires.

Pour moi qui, comme le dit expressément l’apêtre saint Paul , ne connais naturellement le (’.réateur que par les cn^atures, je ne puis avoir d’idée de lui naturellement qu’autant qu’elles m’en fournissent , et elles ne m’en fournissent point sur ce qu’est Dieu sans aucun rapport à elles. Je vois bien qu’un être intelligent comme r.Xuteur des créatures a pensé de toute éternité. Si l’on veut ajipeler agir, à l’égard de Dieu, ce qui est simplement penser ou vouloir, sans qu’il lui survienne nulle pensée, nulle modification, nul changement, je ne m’y oppose pas. Et si la religion s’accorde mieux de ce terme, a^i'r, j’y serai encore plus inviolablement attaché; mais au fond la question ne sera toujours que de nom; puisque, par rapport aux créatures, je conqirends ce (pie c'est qu’(qy/r, et que c’est ce même mot qu’on veut appliquer à Dieu, pour exprimer en lui ce que nous ne comprenons jK)int.

32.3. Au reste, je ne conqirends pas même la vertu et le principe d’agir dans les créatures, j’en tombe d’accord. Je sais qu’il y a dans mon Ame un princiiie qui fait mouvoir mon corps ; je ne comprends pas quel en est le ressort , mais

c’est aussi ce que je n’entreprends jKjint d’expliquer. La vraie philosophie se trouvera fort abré^iée si tous les philosophes veulent bien, comme moi, s'abstenir de parler de ce qui manifestement est incompréhensible. Pour finir ce chapitre, expliquons quelques termes familiers clans le sujet (|ui fait celui de cet article.

32 i. 1®. Ayir, comme j’ai dit, est en général, par rapport aux créatures, ce qui se passe dans un être par le moyen duquel il arrive quelque changement ;

2®. Ce qui survient parce changement s’appelle effet; ainsi agir et produire un effet, c’est la même chose;

3®. L’être, considéré en tant que c’est par lui qu’arrive le changement, je l’appelle cause;

4®. Le changement, considéré au moment même où il arrive, s’appelle, par rapport à la cause, action;

5®. L'action, en tant ipie mise ou reçue dans quelque êtœ, s’appelle passion,- et en tant que reçue dans un être intelligent qui lui-même l’a produite, elle s’appelle acte; de sorte que dans les êtres spirituels on dit d’ordinaire que l’ac/c est le terme de la faculté agissante , et l’acbon l’exercice de cette faculté ;

6®. La cause» , considérée au même tenq>s par rapport à faction et à l’acte, je l’api)elle causalité. La cause, considén.'»e en tant que capable de cette causalité, je l’appelle puissance ou faculté. Telles sont les idées les j)lus nettes que j’aie ])u me former des termes qui servent parmi les philosophes à exprimer certaines précisions qu’il est important de faire quelquefois.

DEUXltME PARTIf, — CHAP, XX.

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