‹ Œuvres philosophiques du père Buffier de la Compagnie de JésusChapitre 77 sur 138 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

De la substance cl de l’accidenl.

33i. Je cherche ici quelles idées l'esprit humain peut se former naturellement sous ces termes substance et accident. Après y avoir ix'iisé, je n’ai pu rien concevoir par sub- .s/ance, sinon ce qui répond à l'idée d’étre, que je dépouille de fidée de toutes modifications, pour le considérer seulc-

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mont on tant (jiio snsco])tit)lc do ces inoflifioations. La siibslancc donc considéréo j)rôcisôniont on tant que substancv , n'ost qu’une idée abstraite ; cai- il n’existe ])oint naturellemont et réellejnent de substance qui ne soit que substance, sans être revêtue de ses modifications ; lesquelles ( suivant les idées que nous en pouvons naturellement avoir) ne sont (jue la substance considérée j)ar ses di\ ers endroits. C’est ce qui s’appelle tantôt des qualités, tantôt des modes ou modifications, tantôt des aUributs ou adjoints, tantôt des circonstances ou accidents, tantôt des manières d’étre de la chose : c’est sur quoi l’on forme différentes questions.

335. On demande d’abord si une substance et sa modification peuvent être mutuellement l’une sans l’autre : il me semble qu’il ne faut que démêler les termes pour ôter ici tout embarras.

Si la modification n’entre point dans la nature ou substance de la chose dont on parle, et qu’elle ne lui soit point essentielle , cette substance peut demeurer sans sa modification. Ainsi une boule modifiée actuellement par le mouvement peut se trouver et se trouvera bientôt sans mouvement, parce que la boule est constituée essentiellement boule et regardée pour telle, indépendamment du mouvement ; c’est ce qu’on peut appeler modification accidentelle ou accident.

336. Si au contraire la modification que j’ai dans la pensée fait partie de ce qui est et de ce <[ue je suppose essentiel à la chose , telle chose ne saurait être sans cette modification : ainsi le feu ne saurait être sans la modification du mouvement, parce qu’essentiellement (je parle toujours selon l’idée que nous avons des choses dans leur état naturel ) le feu ne consiste que dans des j)arties de matière en mouvement, et cette modification peut s'appeler essentielle.

337. Mais le feu, par miracle, no peut-il pas être sans mouvement ? Je n’en suis rien. Si cela est , ce n’est plus le

1A6 TBAITÉ DES PKEMltRES \ÉR1TÊS.

feu dont actuellement j’ai l’idée et dont je veux parler; car je parle d’un feu naturel , et vous parlez d’un feu surnaturel, dont je ne parle point, n’en ayant nalurellement aucune idée.

338. Au reste il faut nous souvenir que nous constituons souvent les essences des choses (N". 202) autrement qu’elles ne sont en effet , ne les connaissant point intimement , ni dans tout ce qu’elles sont précisément en elles-mêmes, mais seulement par ce ([ui en a frap|Hi nos sens. C’est sur quoi il faut nous rapj>eler ce que j’ai dit de l’essence (N. 497 et suiv. ).

Ainsi, pour savoir ce qui est une simple modification dans le poisson, il faut savoir auparavant on quoi consiste l’essence du poisson. On l’a fait consister longtemps à avoir un sang qui n’eùt point de chaleur, et, depuis, on a cité des jK)issons qui ont le sang chaud. Aussi l’Académie des scâenccs a-t-elle marqué pour le caractère propre du poisson, d’avoir un sang ou une chair qui forme de l’huile au lieu de graisse : en CO dernier cas, il ne sera qu’accidentel à la substance du poisson d’avoir un sang qui n’ait point de chaleur.

Au reste, si la substance modifiée peut se trouver sans sa modification, cette modification no peut, dans l’état naturel , se trouver jamais sans lu siüîstance ; je dis dans l’état naturel , et selon les idées que nous fournit uniquement la raison purement humaine. Car enfin , selon nos idées purement naturelles, la modification de la substance n’est que la substance même modifiée; et en ce sens-là demander si la modification jieut se trouver sans la substance, c’est demander si la substance peut se trouver sans la substance, v

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