LES FLEU'H.S VÉ'MÉ'MEUSES
,ES fleurs vénéneuses, dans la forêt, surgissent de toutes les branches.
Elles sont farouches et tumultueuses; elles ressemblent à des bêtes, elles ressemblent à des mains qui sont mortes, et aussi à de vieilles plaies et à des bouches infâmes. Elles allongent leurs tiges comme des cous de hideux oiseaux; elles se penchent affreusement Tune vers l'autre, audessus des sentes étroites, et elles font gicler de leurs calices des pluies haineuses de venin.
Mais le cavalier, ayant clos selon les préceptes les grilles d'or de son casque, chevaucha paisiblement sous les ramures de poison.
Vers le soir, des molosses sortirent des halliers. Ils bondissaient, écumaient, hurlaient ; et quelques-uns déjà, la gueule sanglante, sautaient au poitrail nu du destrier. Le cavalier prit un fouet, un fouet d'ivoire aux cordes de lin. Il frappa les molosses brusquement apaisés. A travers les brumes crépusculaires, tous les chiens s'enfuirent silencieusement.
Des fossés larges comme des fleuves coupaient la route. Le cheval les franchit d'un saut paisible, et parce qu'il avait une émeraude sertie au centre du chanfrein, il évita aussi les pièges de fer cachés sous les feuilles mortes et les ramilles
'DISCEX'H.EO^E'K.T
Une haute salle, aux poutrelles lourdes. Au fond, une grande baie vitrée. Des vitraux bleus fleuris de givre réjouissent la salle de pâles clartés. A droite, une immense cheminée où flambent des bûches, glorieusement. A gauche, des draperies de velours et d'or où de très anciennes broderies se fanent et s'atténuent. Çà et là, des pupitres en chêne, chargés de livres enluminés. Au milieu de la salle un grand lampadaire d'argent hiératiquement droit.
ARMINIUS est debout comme pour accueillir.
Deux jeunes gens suspendent leurs manteaux à des patères. Pendant qu'ils se dévêtent, deux autres jeunes gens entrent en soulevant la lourde portière,
ARMINIUS
Salut, Walter; salut à toi, Ghislainl Cest
vraiment un jour faste I Tous mes amis à la foisl
ERNOLD
Oui, Arminius. Et je gage que la même pensée nous a guidés tous quatre.
ARMINIUS
Quelle pensée ?
ERNOLD
Des pensées mornes, des pensées grises et comme lasses. N'est-ce pas, frères, nous avions besoin d' Arminius à cause de la tristesse éparse dans Thiver?
WALTER
Tu as bien dit, Emold. Le ciel est si morne, et la plaine, la plaine blanche là-bas est si largement solitaire! On a peur de je ne sais quoi, et il tombe du ciel en nos cœurs une mystérieuse lâcheté ; nous avions besoin de toi, Arminius, parce que tu es celui qui réconforte.
ARMINIUS
Mais je n*ai pas de philtres magiques, chers amis, je ne verserai pas en vos verres un breu-
vage de vigueur qui vous rende les égaux de Sjurd. Vous voyez, la servante apporte simplement un broc de bière et des hanaps bien vulgaires.
ERNOLD
Nous ne voulons pas de breuvages magiques, Te voir, t*écouter, maître, cela seul chasse les pensées tristes. Eh! que parlais-tu de philtres? N'es-tu pas un enchanteur, puisque auprès de toi nos âmes engourdies se réveillent, frissonnent et rêvent de splendeurs. Ta voix, comme un divin clairon, rappelle nos espérances enfuies, nos enthousiasmes défaillants. Et tous les vers de tes poèmes chantent en nous, la lumière de tes visions ruisselle pour nous sur le chaos ; et parce que tu es là, voyant, il nous semble que nous sortons des ténèbres quand nous sommes près de toi.
ARMINIUS
Tu parles comme un flatteur, Ernold. Prends garde. Ohl je sais que tu es sincère. Et je sais que tu es d'essence noble, puisque rien n'a tué en toi la puissance d'admirer, puisque triste tu viens chercher la joie près de celui dont la
gloire, hélas ! devrait t'offenser. Mais je vous le dis en toute loyauté, il ne faut pas m'admirer ainsi.
GHISLÂIN
Quoi ! Tout le peuple t'adore comme un dieu, et il comprend à peine les plus grossières de tes œuvres. Et nous tes élus, nous que tu initias aux suprêmes splendeurs de ton art, nous ne t'admirerions pas ?
ARMINIUS
Oui, le peuple me révère; on voulut, naguère, me dresser une statue, sur une place.
WALTER
Et tu as refusé par modestie.
ARMINIUS
Non, Walter; j'ai refusé par lâcheté.
WALTER
Par lâcheté ?
ARMINIUS
J'aurais eu peur de cette statue. Tu ne comprends pas ? La nuit, quand on a fini sa jour-
née d'homme, quand on n*a plus de besogne terrestre à faire, quand on commence à entendre autour de soi bruire vaguement comme de grandes eaux lointaines l'inconnu, le surnaturel, le divin, passer sur cette place, et voir là figé pour jamais l'être mortel qu'on est!
Ah 1 quand même le sculpteur m'aurait grandi à la taille des géants, je n'aurais pu subir sans trembler l'hiératique avertissement d'humilité que m'eût jeté cette statue. J'aurais songé chaque soir, en passant devant le monument :
« Tu n'es en somme que cela. » Toute ma faiblesse de créature m'eût été chaque soir reprochée par l'Arminius de pierre. On dit, Walter, que Zoroastre marchant dans les jardins de l'Iran rencontra son propre spectre. Sans doute, en ces temps-là, le Mage était triomphant et sacré au loin pour les peuples. Devant cette vision de lui-même, brusquement apparue dans la claire nuit, le Mage recula d'épouvante
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Notice i
TOÉSIE
Rêves et Désirs 3
Dimanches parisiens >
Réminiscences épiques 8