‹ Œuvres poétiques de Amadis Jamyn (volume 2)Chapitre 1 sur 7 · TA1(IS LÉON WILLEM, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

TA1(IS LÉON WILLEM, ÉDITEUR

2, RUE IiES POITEVINS, 2 1878,

^yJ.

Vr.

MADis Jamyn obtint, dans son temps, une assez grande célébriié. Ses contemporains le regardaient comme Témule de Ronsard, le prince des Poètes^ et on lit encore avec plaisir une partie de ses poésies.

Quoique son style se ressente du goût de l'époque, il est cependant moins emphatii^ue que ceiui de Ronsard; mais aussi Jamyn a moins d'imagination et de verve.

Malgré la renommée dont a joui Amadis Jamyn, Ton ignore à peu près l'histoire de sa vie, et l'ouvrage inédit de Colletet, que nous publions plus loin , est plutôt une appréciation du bagage littéraire du poëte, qu'une biographie. Nous avons trouvé toutefois des renseignements très intéressants et qui témoignent de recherches persévérantes et consciencieuses, dans une étude publiée en 1859 par M. Berthelin , membre de la société académique de TAube.

Amadis Jamyn est né à Chaource, bourg à six lieues de Troyes, département de l'Aube, en 1 538, selon les uns, en 1540, suivant les autres. Son père était prévôt

de Chaource et se nommait Amadis Jamyn; sa mère, Marie Chamelet. .

Il reçut une bonne éducation et prit de bonne heure le goût des lettres ; il étudia la philosophie et les mathématiques.

Ronsard, qui connut Amadis Jamyn très Jeune, c le nourrit page et le fît instruire, » dit Claude Binet. Il eut pour maîtres Dorât, Turnèbe et plusieurs autres hommes célèbres. Ronsard lui fit obtenir la charge de secrétaire et lecteur du roi (Charles IX, suivant quelques bibliographes, Henri III selon d^autres).

Après la mort de son bienfaiteur, il se retira dans sa ville natale, où il mourut vers la fin de Tannée 1692 ou le commencement de iBgS. Il fut inhumé dans réglise de Chaource, probablement dans la chapelle de la famille Jamyn. Les

recherches faites par M. Besse3^on, percepteur à Chaource, membre correspondant de plusieurs académies, lui ont fait penser que cette chapelle pourrait être celle connue aujourd'hui sous le nom de Saint- Jean Décollasse.

Il avait fait don, en 1684, aux habitants de Chaource, d'une maison située dans cette ville, « pour y faire unj collège pour » y enseigner et faire instruire les enfants » dudict Chaource et autres lieux. » Par son testament du i5 mai 1 591, il lègue un fonds de 3oo livres, dont « 5o escus de » gaiges à un homme docte et capable pour » tenir les escholles publiques, et 5o escus » pour la réparation des portes, pontz, » pauez et murailles dudict Chaource, et » pour aultres commodités de ladicte ù ville. >

Ce legs était fait à la charge de chanter € un TeDeum le jour de la sai.nct Nicolas

» de may, et une messe haute avec vigilles » (au son des grosses cloches), pour le re- » pos de Tame dudict testateur au jour » de la fête de saincte Barbe, en dé- » cembre. »

» Aux charges aussi que ledict régent » ou -principal instruira douze escholliers » les plus pauurés dudict lieu de Chaource, » sans prendre les mois ni aulcun gaige » d'iceulx ; lesquels douze escholliers se- » ront tenus, en mémoire dudict testateur, » de chanter par chascun dimanche, yssiie » de la grande messe parocchiale, un De » Profiindis et la collecte en la chapelle » du feu père dudict testateur, dedans » Véglise dudict Chaource, »

Enfin, « d'avoir à la porte et lieu plus » éminent de la maison où se tiendront » lesdictes eschoUes, un tableau de cuyure « fort éminent et apparent, auquel seront » escripts en grosses lettres, du caractère

> et longueur de deux pouces au moings, » les mots qui s'ensuyuent :

Céans est le collège

de Chaource^ achcpté et fondé par noble

homme Amadys Jamyn^

secrétaire et lecteur ordinaire de la chambre du Roy, S^^r de Basly.

Le Collège a existé jusqu'en 1789, et la table de cuivre existe encore.

Il semble résulter de ses poésies qu'il a fait de longs voyages : dans le 3' livre de ses Mélanges, il dit :

. . . Que ma douce franchise S'est garantie en tous lieux d^être prise.

En mille endroicts au loin j'ai voyagé, Sans y etc.

J'ai vu TAsie, et en tous ses endroits, etc.

INTRODUCTION. Il

Dans le 4' livre des mêmes Mélanges, il parle de son départ d'Avignon et de son séjour à Clavezon, dans le Dauphiné; puis, dans le 5* livre, d'une pièce de poésie qu^il composa entre les montagnes de Savoie.

ir eut un frère nommé, comme lui, Amadis, qui cultiva également la poésie avec succès, comme on le voit par ces vers de la Galliade de Guy Lefevre de la Boderie :

Aux deux Jamyns donnez du saint amour les ailes Pour porter leurs doux vers au sein des damoiselles.

Mais les poésies de ce frère n'ont jamais été imprimées. Il est mort à Châtillon-sur- Seine. ,

Enfin, si Ton en croit Tallemant des Reaux, notre Jamyn eut une fille naturelle qui était chez mademoiselle de Gournay .

(Voir rhistoriette : Racan et autres/ rêveurs.)

Le premier volume des œuvres poé- ,tiques de Jamyn ne contient que des vers amoureux ou à la louange des personnes de la Cour. Dans le second volume, le poëte semble s'être tourné vers la religion ; mais il s'oublie souvent, et on s'aperçoit aisément qu'il n'a pas abandonné l'amour.

La* première édition des oeuvres poétiques d'Amadis Jamyn est de i575, in-4°.

La seconde est de 1 677, petit in-i 2.

La troisième et dernière est de 1679; elle a reparu avec un titre portant la date de i582.

Le second volume est de 1584, et n'a pas été réimprimé.

Jamyn a en outre traduit en vers une partie de l'Iliade d'Homère.

Charles BRU NET.

Par Guillaume COLLETET

Escrit et mis au net par Monsieur le duc de Montausier

MADis Jamyn nasquit à Chaource, diocèse de Troyes. Il fut en sa jeunesse page de Pierre de Ronsard, comme le tesmoigne le mesme Ronsard (i) dans vne de ses Élégies et dans le poème qu'il lui adresse, qu'il intitule la Salade et qui commence ainsy :

Laue ta main, qu'elle soit belle et nette, Suy-moy de près, apporte vne seruiette Pour la salade, Araadis, et.faison Part à nos ans des fruits de la saison.

(i) I" Livre des poèmes.

Et le reste qui vaut mieiix que ce commencement. Claude Binet tesmoigne la mesme chose dans la vie de Ronsard, lorsqu'il dit que ce grand poète Tauoit nourypage et auoit pris vn grand soing de le faire instruire. Il ne démentit pas aussy les belles espérances que son docte maistre auoit conceues de sa suffisance, car comme il fut sorty hors de pages, il fit paroistre de si belles lumières d'esprit dans les vers qu'il adressa au Roy Charles IX, que ce prince qui aimoit passionnément les bonnes lettres et les hommes sçauans, le prit en singulière affection et le fit son valet de chambre, puis secrétaire de Sa Majesté et son lecteur ordinaire.

O heureux temps, où le seul mérite donnoit de l'honneur et du crédit, et où les hommes de lettres rencontroient la fortune dans leurs estudes, sans estre obligez de

PAR G. COLLETET. l5

l'aller chercher dans les antichambres des grands et des princes, et d'augmenter le nombre de ces lasches courtisans qui ne sont sçauans que dans les tendresses et que dans de petits complimens cent fois étudiés et cent fois renouuellez. Le temps est si cher et si précieux à vn homme de lettres, qu'il ne sçauroit conseruer ceste qualité s^il ne fuit ce que les autres cherchent. Je veux dire s'il né fuit souuent le grand monde qui consomme la plus noble partie de son temps, et s'il n'embrasse la solitude, comme la Muse des belles inuentions et la plus claire source des sciences.

Et pendant ce temps- là, vous, ô grands du monde! 6 puissances de la terre! trauaillez pour leur fortune, puisqu'ils trauaillent pour vostre gloire !

Les premiers escrits qu'Amadis Jamyn publia furent les argumens en pfose des quatre fameux liures de la Franciade de

l6 AMADIS JAMYN

Ronsard (i), auec quelques sonnets qu'il composa sur ce nouucl ouurage, et imprimés pour la première fois à Paris, Tan 1572. Ce petit échantillon de son esprit le fît cognoistre et estimer de son siècle, et pour le faire cognoistre au nostre, qui ne prend guères la peine de consulter ce qui est plus vieux que luy , je mettray icy la fin dVn de ces sonnets :

Qui dira maintenant, si par toute TEurope Florit le chœur diuin des sœurs de Calliope, Que l'auteur de leur estre est le grand Juppiter i Hé! qui n'entend crier les Muses par la France? Juppiter ne se doibt nostre père vanter, Le cerueau de Ronsard nous a donné naissance.

Ses œuures poétiques consistent en deux volumes, dont le premier est diuisé en cinq liures.

Le premier des cinq est vn recueil de

(i) Voir la vie de Ronsard, Binet ou Colletet.

plusieurs poésies dédiées à la royne Catherine de Medicis, au ray Charles IX, au roy Henry III, sdn frère, et à Marguerite de France, royne de Nauarre, et à quelques aultres princes et princesses, poésies dont la pluspart méritent bien d'estre leues, tant pour leur diuersité polie qu'à cause de rhistoire du tems, puisqu'elles en contiennent les éuénements les plus illustres.

A propos de quoy je diray que la lecture des excellens poètes, je veux dire de ceux qui, s'éleuant au -dessus, de ces esprits vulgaires, qui semblent n'estre nez que pour faire vne chanson ou vn petit sonnet d^amour ou quelques vaines épigrammes, traittent noblement en vers les affaires dé leur tems, inspirent de certaines agréables lumières qui ne s'effacent jamais de l'esprit du lecteur. Et tel cognoist mieux l'histoire par nos vers que tel historiographe ne cognoist l'histoire par l'histoire mesme.

l8 AMADIS JAMYN

Aussy, quand je voy ces poèmes sublimes et ces odes héroïques que quelques-vns de nos autheurs anciens et modernes ont consacrés à la postérité, je bénis le siècle qui les a produites et n'en sçaurois assez louer les autheurs. Parmy ces diuerses poésies, son discours sur le mois de Januier et celui de la libéralité des Roys, et son ode de Télongnement du Roy Charles IX, son poème de la Chasse, son hymne en- , uoyée par la Royne mère au duc d'Anjou, son fils, son Genethliaque de la Royne de Nauarre, sont des tableaux que les injures du tems ne pourront effacer.

Le second liure de son premier volume est intitulé Oriane. Ce sont des poésies amoureuses qu'Amadis composa pour vne dame qu'il aimoit et qu'il appela de ce nom en mémoire deTOriane d^Amadis de Gaule. Elle nasquit en Touraine, comme

on le peut inférer dVn de ses sonnets qui commence par ces mots :

Tours que j'aime, etc.

et par cet autre qui débute ainsi :

Quand Tautre jour vous vinstes en ces lieux.

On jugera de la beauté de ses vers amoureux par le commencement de ceste ode qui sert de frontispice à ses amours d'Oriane ;

La nuit tendait sa couuerture noire,

Tous les oyseaux se taisoient dans les bois,

Sans bruit couloit la riuiere Loire.

Les champs dormoient, oft n'oyoit nulle voix.

Lors je m'escarle en vn bois solitaire.

Pressé d'amour qui sans fin m'assailloit,

Et ma raison par vn effort contraire,

Pour me deffendre en vain se irauailloit. Etc.

Parmy ces dernières qui sont composées d'odes, de sonnets, d'épigrammes et d'é-

légies, il y en a vne contre l'honneur qui commence ainsy :

Je ne me plains d*amour, de ma foy, nî de vous. Je me plains de l'honneur qui nous aueugle tous, Et qui, comme vn tyran fatal à tout le monde, Fist que dessus les loix toute chose se fonde.

Je la trouue si belle et si poétique que, hors quelque rudesse et quelque transposition de mots, je Tesgalerois volontiers à celle du Pastor fîdo qui commence ainsy (i) :

Son troisiesme liure contient les amours du Roy Charles IX et de Marguerite Aquauiua, delà noble et illustre famille d'Atrie, comme a fort bien remarqué Muret{2)y dans ses commentaires sur ce sonnet de Ronsard :

Ah! belle eau viue.

(i) La citation manque au manuscrit, la voici : De l'honneur vieil tyran qui commande le monde, Faisant que dessus luy toute, etc.

(2) Le nom est en blanc au Ms.

PAR G, COLLETKT. 21

Il rintitule les amours d'Eurimedon et de Callyrée, qui sont les mesmes noms que Ronsard employé pour exprimer les passions amoureuses du Roy Charles, son bon maistre. Il paroist assez par ces vers d'Amadis Jamyn, que Tamant estoit vn Roy et que le Roy estoit vn amant :

Son feu que pas vn n'esgale Fit que son sceptre il laissa, Et la grandeur abaissa De Sa Maiesté royale, etc.

Et le beau poème qu'il intitule la Fontaine^ pour Marguerite d'Aquauiua, tesmoigne assez qui estoit cette belle et illustre dame de la coiirquiaaoit capturé le cœur de ce grand et fameux monarque.

L'élégie qu'il nomme la Volte m'a semblé si belle en son genre que, si les œuures d'Amadis Jamyn estoient un peu plus difficiles à rencontrer qu'elles ne sont.

* je ne feindrois point de l'insérer icy tout entière. Il y a des pensées toutes nouuelles et des imaginations qui ne semblent procéder que dVn esprit excellent et sublime.

C'est le jugement que j'en ay faict autresfois et où je viens de me confirmer encore par la lecture de ce gentil ouurage.

Son quatrième liure qu'il intitule Artemis^ est encore vn autre tableau de ses passions amoureuses. Il y a de l'apparence, par vn sonnet qu'il fit en partant d'Avignon et qui commence de la sorte :

Depuis que j'ay laissé vostre fîere beauté, Je n*ay veu que rochers aspres et solitaires Et le Rosne suiuy de fieuues tributaires Qui le long de ses rocs à val est emporté.

Que ceste dame qu'il aimoit et qu'il célébra sous le nom d'Artemis, estoit de la ville d'Auignon. Et ce qui mêle fait croire d'autant plus, c'est qu'en plusieurs en-

droits de ses dernières amours. il la compare à la belle Laure, et reclame pour louer sa maistresse la noble muse de Pétrarque.

Son cinquième liure est intitulé Meslanges. En effect, c'est vn meslange confus de toutes sortes de subjects et de toutes sortes de vers, de sonnets, d'hymnes, de discours, d'épigrammes, d'odes et d'élégies , etc., qui sont d'vn style assez pur et assez net pour le tems, qui se sentoit encore vn peu de la rudesse et de la barbarie des siècles passez . Mais, entre ses autres poèmes, )e ne sçaurois assez estimer celuy.

qu'il appelle l'Orange?^ et les Charmes et qu'il commence par ces vers :

Entre ces orangers près du fleuue de Seine, Tandis que les Zéphirs souspirent dans la plaine, Je diray les amours et les charmes aussy De l'amant Oranger qui, jaune de soucy.

Mourant de desespoir, prit la forme nouuelle De cet arbre doré qui de son nom s'appelle.

On voit dans ce poème comme son autheùr auoit bien leu et bien faict son proffit ^es anciens poètes grecs et latins, puisque l'antiquité y est renouuellée de fort bonne grâce, et qu'il s'y rencontre des saillies qui ne procèdent point d'un esprit médiocre. Son poème de la diuereité des relligions est beau, pieux et solide et, en un mot, digne du poète et du docte Pimpont auquel il le dédie.

Le second volume de ses œuures n'est pas si commun que le premier, et je puis dire en auoir veu fort peu d'exemplaires.

Il fut imprimé à Paris, l'an i584. C'est vn meslange de vers qui commence par des vers chrestiens et qui continue par d'autres vers de matières différentes de morale, de politique, d'amour, etc. Le poenie qu'il appelle l'Ingratitude et la perfidie d'Origiles, imité de l'Arétin dont il inuoque la muse d'abord, est fort diuertissant et fort

agréable. La prosopopée de François de Maugiron et les vingt-six sonnets sur la mort de Cailus, de Maugiron et de Sainct- Maigrin, sont bien dignes d'estre leus par ceux qui aiment l'histoire du tems. Ils sont composés en faueur du Roy Henry III qu'il appelle Cleophon et duquel ils estoient les mignons et les fauoris. Il y a des tendresses qu'vn amant pouuoit employer pour vne maistresse morte. Et pour môy, je ne les ai pas leus, ces vers, que les larmes aux yeux ; tesmoignage certain que ce poète prenoit grande part aux douletirs de son maistre, que le tems ne put jamais, consoler de cette perte. Voici le premier des sonnets :

Le fer qui trauersa vos poitrines d'iuoyre (i)

Perça des mesmes coups et mon âme et mon cœur.

(i) Celte citation de Golletet présente, comme toujours, quelque difFéreiice avec les œuvres de Jamyn.

L'air séché des souspirs de ma dolente ardeur Sçait bien quelle poison vostre mort me fit boire.

J'ay donné vos beaux noms en garde à la mémoire Qui jamais ne taira mon feu ny vostre honneur; Plus tost la mer faudra que ma vîue douleur.

Et Tcscume des flots plus tost deviendra noire.

Ainsy ce qui fut beau, céleste et précieux,* Enfin se va rejoindre à Fessence des cieux Comme cherchant le tout dont sa part est bastie.

Mais puisque dans le ciel vous estes pour longtems, Que ne suis-ie le ciel plein de feux éclatans, Pour voir auec plus d'yeux mon tout et ma partie.

La métamorphose de la Nymphe ou de cette plante que Ton appelle Nenufar, a des grâces, de la nature et de Tart, qui ne pouuoient estre exprimés que par vn si gentil poète. Tout le reste est de la mesme force et a les mesmes naifuetez. Et au lieu d'en faire ici vn inuentaire ennuieux, je diray qu'Amadis Jamyn n'estoit pas

seullemènt excellent poète, mais qu'il estoit encore un sçauant philosophe. Tesmoin ses discours de philosophie qu^il adressa à Passicharis et à Rodante, imprimés Tan 1584. Il y a des traittez de logique et de morale qu'Aristote et Socrate ne dés^duoueroient point. Je crois que ce sont des discours qu'il fit en la présence du Roi Henri III, dans Tacadémie de Jean- Antoine de Baïf, establie dans mon voisinage du faubourg Sainct-Marcel. Car je sçay par tradition qu'Amadis Jamyn estoit de ceste célèbre compagnie dé laquelle estoit aussy Guy de Pibrac, Pierre de Ronsard, Philippe Desportes, Jacques Dauy du Perron et plusieurs autres excellens esprits du siècle. A propos de quoy je diray que j'ay veu autresfois quelques feuilles du liure manuscrit de l'institution de ceste noble et fameuse académie, entre les mains du fils d'Antoine de Baïf, nommé

Guillaume de Baïf, qui les auoit retirez de la boutique d'un pâtissier où le fils naturel de Philippe Desportes, qui ne suiuoit pas les glorieuses traces de son père, les auoit vendus auec plusieurs, autres Hures manuscrits doctes et curieux. TPerte irréparable et qui me fut sensible au dernier point.

Et ce d'autant plus que dans le liure de ceste institution, qui estoit vn beau liare en velin, on voyoit ce que Iç Roy Henri III, ce que le duc de Joyeuse, ce que le duc de Retz, et la plupart des seigneurs et des dames de la Cour auoient promis de donner pour Testablissement et pour l'entretien de l'académie qui prit fin auec le Roy Henry III, et dans les troubles et les confusions des guerres ciuiles du royaume. Le Roy, les princes, les seigneurs et tous les sçauans qui composoient ce célèbre corps auoient tous signé dans ce liure qui n'estoit après tout que le premier plan de

ceste noble institution, et qui promcttoit des choses merueilleuses, soit pour les sciences, soit pour nostre langue. Veuille le bonheur de la France que ceste académie françoise qui fleurit à présent et de laquelle j'ay rhonneur d'estre, répare le deffaut de Pautre et que Ton recueille de cèste noble compagnie les fruits que Ton se promettoit de celle du dernier siècle, et (quoy qu'il semble que toutes les choses empirent) que par elle ( i) les belles lettres s'eleuent de nostre temps au souuerain degré de toute perfection où elles peuucnt estre. C'est le noble souTiait que je fais pour sa gloire particulière et pour Futilité publique. Amadis Jamyn fut hautement loué par Dorât, par Ronsard, par Gilles Durand et par plusieurs autres autheurs, comme on le voit par le frontispice de ses œuures.

Cette académie.

3o AMADIS JAMYN

Geste digression que je viens de faire, qui semblera hors de propos à quelquesvns, et qui sans doute ne desplaira pas à beaucoup d'autres, m'a pensé faire passer soubs silence les plus fameux ouvrages d'Amadis Jamyn, qui sont les treize derniers liures de Plliade d'Homère, que ce poète mit en vers françois, les onze premiers ayant esté traduits par Hugues Salel. Ouurage d'autant plus considérable et de difficile exécution qu'il fut à mon aduis le premier de toutes les versions en vers où l'on vid l'exacte et agréable obseruation des rimes successiuement masculines et féminines. Ce trauail fut hautement loué par Pimpont, par de Bourg, euesque de Rieux, par Ronsard et par Sceuole de Sainte-Marthe, et comme il est on le void par leurs vers qui commencent le liure.

Mai? comme il fut d'abord fauorablement reçeu, il a été depuis imprimé tant de fois

PAR G. COLLETET. 3l

que je croirois dire vne chose que tout le inonde sçait si j'en rapportois icy quelques vers. 11 mit encore en vers françois les trois premiers Hures de TOdyssée d'Homère, desquels je ne diray rien dauantage, sinon que ceux-là nous font regretter les autres liures de la niesme Odyssée que j'apprends qu'il auoit traduits et que ses héritiers n'ont pas publiez. Ce qui doibt apprendre aux bons autheurs qui aiment une réputation légitime, à publier leurs ouurages de leur viuant, et ne se pas attendre aux soings de ceux qui n'ont ny la cognoissance du mérite des liures, ny les bons sentimens que tous les doctes et tousles honnestes gens ont pour eux.

Guillaume Colletet.

DE

Sonnets à diverses personnes.

Sur le chiffre du Roy et de la Roy ne Loyse de Lorraine,

COMME vos noms l'vn en l'autre s'ambrassant Dedans ce chiffre en vn corps assemblé :

Ainsi les traits dVn amour bien reiglé Entre-noûez dedans vos cœurs s'enlacent.

Vos amitiez toutes autres effacent, S'entre-liants d'vn lien redoublé, Et que le nœu soit en soy si comblé Que les discords jamais ne le deffacent :

Plus ferme soit ce céleste lien

Que ne fut onc le sainct nœu Gordien

Sans que trancher le puisse vn Alexandre.

Comme ce chiffre est sans commencement,

Et n'est fini, de mesme infiniment

L'amour parfaict puisse en vos cœurs s'estendre.

Pour le iour de saincte Catherine,

FRANCE, feste ce iour de saincte Catherine, Afin que de tes biens ingrate tu ne sois Enuers la Déité de qui tu les reçois, Par elle destournant mainte fois ta ruine.

Tu as connu scuuent combien elle est diuîne L'esprouuant au besoin : C'est la Merc des Roys Inuincibles sur terre en armes et en loix, Comme Cybele au Ciel des Dieux est l'origine.

Elle a souffert pour toy, t^nt de maux, tant d'ennuy, Tant de fâcheux périls, que la saincte aujourd'huy Qui luy donne son nom, n'eut oncq tant de martyre.

Pour cela tu lui doibs vn temple et des autels, Et d'vn style d'acier sur le portail escrire : Ses vertus l'ont assise au rang des immortels.

d'amadis jamyn. 37

A la Royne mère Catherine de Medicis,

ERE des Roys et mère de la France, Qui de vertus les Roynes surpassez, Dont le bonheur fut aux siècles passez Tel qu'est à nous yostre heureuse prudence :

Vostre sainct nom par fatale influence (Où mille dons les Cieux ont amassez] Vint affranchir les François insensez^ Qui se tuoyent dVne ciuile outrance.

C'est par destin qu'auez nom Catherine, Qui grande, bonne et sage médecine Âuez purgé la France de l'ardeur

Qui la bruloît de toutes parts captiae> Si que tranchant les testes du malheur.

Donnez dVn coup le Laurier et TOliue*

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Sur Varriuee de la Rqyne Elisabeth en France.

ELISABETH d'Austriche heureuse pour la France, Vit de nuict vn tel songe enuoyé des hauts cieux, Quand sur le poinct du îour le Somne obliuieux Lioit de ses beaux yeux l'amoureuse puissance.

1 /Alemagne guerrière haute de sa naissance, Et la France tâchoyent de propos gracieux Chacune à l'attirer, et d'un regard ioyeux S'efforçoyent de gaigner son illustre alliance.

Tousiours devers la France elle tournoit sa veûe, Et desia la suivoit d'afifection esmeûe, Dont en se réveillant longuement s'estonna.

Ores que nous voyons en publique allégresse

Toute France adorer vne telle Princesse,

Qui ne croit que le Ciel aux François la donnai

d'amadis jamyn. 3q

LE jour qu'EusABETH, des Roynes la plus belle, Prîst au monde naissance, ornant sa Maiesté Des cent belles vertus honneur de royauté, La France et l'Âlemagne eurent débat pour elle.

L'vne la disoit sienne, et vantoit naturelle, Ayant dans le berceau ses béautez alaitté :

L'autre ne proposoit rien que sa volonté Brûlante de TÂmour d'vne Grâce immortelle.

Telle contention vint deuant Jupiter,

Qui voulant de ces deux le désir contenter.

Pour finir le débat donna telle sentence :

Afin que de tous deux i'assoupisse la noise, Elisabeth doit estre Alemande et Françoise :

Alemande en naissant, Françoise d'alliance.

OIGSfôDlGSKîSKîSKlS^

A Marguerite de France, sœur du Roy Charles IX

Qvi te voit Marguerite, vn astre de la France, Sœur de nostre Monarque, il voit en. vne fleur, En vne perle unique (admirable valeur) Mille prez, mille fleurs emprunter leur naissance :

Mille perles il voit en heureuse abondance Qui passent d*Orient la richesse et l'honneur. Mille et mille vertus grâces de ta grandeur, Qui dans ton braue esprit ont choisi demeurancc.

C'est le vray paradis que l'en doit rechercher : Venus mère d'Amour n'est digne en approcher Tant s'en faut quVne moindre approche à ton mérite.

Hé, mais qui penseroit qu'un thresor si diuers En vne seule fleur embellist l'Uniuers?

Geste faveur du Ciel est seule à Marguerite.

Au Roy Henry IJJ, ïors estant Monsieur,

DE Thésée et d'Hercule en mille endroits prisde, La vaillance remplit et la terre et les cieux, Pour auoir foudroyé les Monstres odieux, Ne trouuant nulle emprise à Vertu malaisée.

Le Roy est nostre Hercule, et vous nostre Thésée, Frères de sang, de cœur, dignes enfans des Dieux, Qui perdez et domtez, Princes victorieux.

Les monstres qui la France auoicnt toute embrasée.

Au nom de ce Héros seulement rUniuers Ne trembla, mais encor Pluton et ses Enfers, Tant forte est la vertu qui deux Princes assemble. '

Puisqu'outre les liens dVne mesme vertu,

Vn mesme sang vous ioini : quel vice combattu.

Quel monstre, quel enfer dessous vous deux ne tremble i

Au Roy jCharles IX.

FABIUS qui le nom de très grand rapporta, Mattant d'vn Hannibal la force redoutée, Resueillant la vertu de Rome espouuantée^ La gloire qu^on vous doit jamais ne mérita.

Sans plus de Pennemi les armes il domta, Euitant le combat : mais sa Romaine espée N'en peut faire mourir la puissance coupée, Et Scipion sur lui cet honneur emporta.

Vous remportez des deux et Tvne et l'autre gloire : Car vous auez du tout vne entière victoire, Où nul plus grand que vous ne mérita le prix.

Vous auez des plus fins affiné la prudence,

Sagement acheué, sagement entrepris,

Trompant Theur des méchans et des bons Pesperance.

Pour la /este des Rois,

LES anciens souloyent leurs monarques élire Par sort, mais vos ayeux par Teffort du harnois Et par mille vertus ont acquis des Gaulois, Malgré leurs ennemis, le bien-heureux Empire.

Le sort puisse venir à quiconque désire D'estre Roy de la feue à la feste des Roys :

Mais tousiours la Vertu compagne des François Vous garde le royaume et vos honneurs admire.

On dit quand Merouee entra le glaiue au poing Ez Gaules, qu'il auoit tantost à son besoing La Fortune et tantost la Vertu non commune.

Par ces deux il receut Royaume et Maiesté :

Mais s*il fout regarder à son cœur indomté, La Vertu le fit grand et non pas la Fortun&.

Pour une Mascarade, Prières des Captifs.

AYEZ pitié de ces huict cheualiers Qui mille fois n*ont épargné leurs âmes Pour maintenir la liberté des femmes, loignant le Myrte à Thonneur des lauriers.

Nous sçauons bien que ces vaillants guerriers Sentent au cœur les amoureuses fiâmes, Et que priez de si gentilles Dames Ne nous tiendront longuement prisonniers.

Ainsi vos yeux aynt tousiours la victoire Sur les gardiens du temple de la Gloire :

Las! nous pensions vaincre ces demi-Dieux

Par nos vertus de qui la terre est pleine :

Mais en vne heure, ô inconstance humaine !

On perd la gloire acquise en mille lieux.

d'amadis jamyn. 45

Pour l'entrée du Roy Charles IX, en sa ville de Paris.

NON autrement que le grand lupiter Fit son entrée en la voûte éternelle, Lors que sa sœur et sa femme immortelle Vint son courage en mesme lict domter :

On vit des Dieux la troupe se planter Toute pompeuse en ordonnance belle :

On vit par tout vne gloire nouuelle Et le Ciel pur de beautez s'éclater.

. Vne grand'flamme en rayons estandue Dessus leurs chefs çà et là respandue Eblouissoit : d'aise on n'oyoit que bruit.

Telle le voy de mon prince l'entrée :

Maint demi-Dieu de tous costez le suit :

De cris ioyeux resonne la contrée!

Pour la lunon nopciere à la mesme entrée,

CATHERINE a régi la nauire de France, Quand les vents forcenez Tenuironnoyent de flos , Mille et mille tourmens ont assiégé son dos^ Qu'elle a tous surmontez par longue patience.

Cette înuincible Royne, admirable en prudence, Veillant pour ses enfans en tous lieux sans repos^ Au temps qu'vn chaste amour vient allumer leurs os Les fait Roy nés et Roy par nopciere alliance.

Cest elle qui POliue en la France r'ameine,

Alliant nostre Prince à la race Germaine.

D'où vient à ce Royaume vn bien-heureux renom :

Et Paris qui la voit si accorte et prudente Luy donne de lunon la figure présente, Signe qu'elle leur est ce qu'au Ciel est lunon.

d'ahaois jamyn. 47

acSIGOtGOiœiGSIGSK^SKSKaig^^

A Monseigneur le grand Prieur.

CHEMINANT bien auant parmi la troupe épesse De vos belles vertus, quelle dois-je toucher ? Trop de matière vient mon esprit empescher, Et ie me trouue pauure ayant trop de richesse.

A vous cher nourriçon d'Euterpe la Déesse, Qui adorez ses Sœurs, et n'auez rien plus cher Que leurs temples sacrez en tous lieux rechercher, Faut donner de beaux vers ennemis de vieillesse.

Ne parlons que d'Amour, et de tous ces escrits Qui paissent en repos les amoureux esprits, Attendant que vos faicts estonnent tout le monde.

Mais vous donner des vers c'est donner aux oyseaux Des ailes pour voler, à TOcean des eaux, A Mercure éloquence, à Pi thon la faconde.

^GDOGOIGOiœKîOIGOlGOKîOK^^

A Vénus pour la Paix»

FILLE de lupiter, mère d'Amour vainqueur, O des hommes et Dieux la volupté féconde.

Qui de tant d'animaux repeuples tout le monde. Monde sans ta liesse vn solitaire horreur.

Bride (si tu le peux) la terrible fureur Qui court dessus la terre et sur la mer profonde, Et auec les rayons de ta lumière blonde Tempère de ton Mars Paudace et la terreur.

Quand tout souillé de sang et de sueur poudreuse

Ses armes il dépouille et sa colère affreuse.

Pour boire auec ses yeux tes beautez à longs traits :

Quand il baise ton col, lors auec telle grâce Pry-le s'en retourner aux montagnes de Thrace, Qu'il laisse liostre I^rance en vn siècle de faix.

A Venus pour Vlsle de Cypre»

Aulre version d'un ms. de ]a Bibliothèque impériale.

FILLE de Juppiter, mère d'amour vainqueur Des hommes et des Dieux, ô Déesse féconde Qui de t3nt d'animaux fais foisonner le monde Qui seroit sans ton germe vn solitaire horreur.

Bride ores que tu peux la terrible fureur Qui court dessus la terre et sur la mer profonde, Et auec les beaulx Rais de ta lumière blonde Tempère de ton Mars la menace et Tardeur.

Quand tout baigné de sang et d& sueur pouidreuse, Ses armes il despouille et sa face hydeuse Pour repaistre ses yeulx de tes beautés espris,

Quand ton col il estrainct, lors auec telle grâce, Pry-le s'en retourner en ses ncges de Thrace, Qu'il laisse Pisle en paix, qui te nomme Cypris.

5o ŒUVRES POÉTIQUES

De Dauid élisant Vvn des trois fléaux de Dieu,

INFINIS sont les maux de nos malheureux iours : Non seulement la Peste ou la Guerre sanglante, Ou la palle Famine aux mortels se présente :

Vn camp de maux cachez ici bas fait son cours.

Mais le cœur bien muni se propose tousiours Les accidens du Ciel ou de Fortune errance.

A fin d'y résister dVne force constante, Sans abaisser l'esprit aux violens destours.

Toutefois il ne faut comme Dauid élire Entre tant de malheurs le mal qui est le pire, Duquel nous ne puissions nous mesmes garantir.

« Car c'est bien vn plaisir de personne inhumaine « De rire du tourment qui tient vn autre en peine : « Mais la douceur est grande à ne point le sentir.

d'amadis jamyn. 5i

Pour vnjeu de Balle forcée,

VOYANT les combatans de la Balle forcée Marquez de iaune et blanc Tvn l'autre terracer, Pesle-mesle courir, se battre, se pousser, Pour gaigner la victoire en la foule pressée :

le pense que la Terre à Tégal balancée Dedans l'air toute ronde, ainsi fait amasser Les hommes aux combats, à fin de renverser Ses nourriçons brulans d'vne gloire insensée.

La Balle ha sa rondeur toute pleine de vent ; Pour du vent les mortels font la guerre souuent, Ne rapportant du ieu que la Mort qui les domte,

Car tout ce monde bas n'est qu'vn flus et reflus. Et n'apprennent iamais à toute fin de conte, Sinon que cette vie est vn songe et rien plus.

Amovrs d'Oriane.

QUAND ie m'eslongne à l'escart de vos. yeux, Mon cher esprit loin de vous ne seiourne En me quittant à vous il s'en retourne Comme à son Tout, son plaisir et son mieux.

Le corps peut bien courir en diuers lieux.

De mon esprit vous seule este la bourne :

Ses pensemens ailleurs il ne destourne, ÛVn plus haut bien n'estant point enuieux.

Mais vn malheur en ce penser TofTense, Cest qu'il ne voit aucune recompense Sinon douleur fruict de mon amitié.

^ Que n'ont vn corps mes secrettes pensées ?

En y voyant vos grâces amassées, D'elles, peut estre, auriez quelque pitié !

ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN. 53

ON dit que l'amitié vieiit dVne sympathie (^ui passionne en nous également les cœurs, Qu'elle naist de Paccord et semblarice des mœurs, Fondement où sa force et grandeur est bastie.

Ainsi chaque élément l'vn à l'autre se lie, Et de tout l*Vniuers les changeantes humeurs : De là vient que l'Amour brûle en moy ses ardeurs, Qui font que pour t'aimer moy mesme ie m'oublie.

Qui ne voudroit t'aimer, quand d*vn tour de tes yeux Tu pourrois captiuer le plus digne des Dieux Par les traits décochez dé ta plaisante face ?

Mais autant que i'adore et prise ta beauté,

Aimes autant, et loin chasse la cruauté :

« Amour sans compagnon incontinent se passe.

DIGDKSIGOIg)!^^

I'avois si bien mon ame en la tienne enlacée, Mon cœur dedans ton cœur, mes yeux dedans tes yeux, Que pour longueur de temps ou distance de lieux. Délaissant ta beauté ie ne t'ay point laissée.

Ny iour ne s'est passé ny nuict ne s'est passée, Qu'Amour du mesme trait dont il blesse les dieux N'ait transpercé mon cœur tant ie fus curieux D'aller où ce grand Dieu Tembûche auoit dressée.

le me suis eslancé moy mesme dans les rets, Tay mis mon estomach pour la butte des traits : Car i*estois assuré que pouuoit ton visage :

Doy-ie m'en lamenter ? ce seroit sans raison : De ta faueur sans plus dépend mon auantage Puis que tu peux ouurir ou fermer la prison.

d'amadis jamyn. 55

PENSER, qui peux en vn moment grand erre Courir léger tout Tespace des cieux, Toute la terre, et les tlots spacieux, Qui peux aussi pénétrer sous la terre :

Par toy souuent celle-là qui m'enferre De mille traits cuisans et furieux, Se Représente au deuant .de mes yeux, Me menaçant dVne bien longue guerre.

Que tu es vain, puis-que ie ne sçaurois T'accompagnant aller où ie voudrois, Et discourir mes douleurs à ma Dame !

Las! que n*as-tu le parler comme moy, Pour lui conter le feu de mon esmoy, Et lui ietter dessous le sein ma flame ?

f,G ŒUVRES POÉTIQUES

DlGDIGOIGDIGXOtGDlGDIGXDIGDIGDiGDiGDIGSK^

Pvis QVE dans ta prison ie suis si mal traité Et que tu n'as égard au tourment de ma vie Suictte à la rigueur de trop de tyrannie^ Abandonne ta proie et rends ma liberté.

Mon cœur que dans tes yeux tu retiens arresté Ne meriie la mort : si Pâme m'est rauie Dj qui si constamment te verras-tu seruie?

Il ne sied au vainqueur.dVser.de cruauté.

Regarde mon amour qui tousiours continue :

Les dieux te puniront si ta rigueur me tue.

Et voudront Justement ma mort de mort punir.

D'autant que l'amitié plus que la haine est belle, D'autant ne vaut-il mieux aux siècles auenir De douce auoir le nom que le nom de cruelle?

LE poisson écaillé ne peut tirer sa vie S'il n'est au fond de Teau, son liquide élément : Ainsi n auprès de vous ie vy tant seulement, Et quand i'en suis absent la vie m'est rauie*

Contempler les bsaux yeux et le front de s'amie, C'est viure sans mentir, c'est viure doucement, Et nul amant ne peut auoir contentement Loin de celle qui tient son bien et son enuie.

le le connois assez par ce triste départ Estant privé du bien de vostre doux regard.

Que mon corps ne peut-il estre en diuerse place

En mesme poinct de -temps comme l'esprit soudain?

A fin qu'absent, présent je veisse vostre face

Sans laquelle en tous lieux tout me vient à dédain?

■SlGDlCOK:OKISlC>I)IGDlCI)iCSlGDI(SIGSIcn^

ALLANT voir mon ami qu'vne fieureuse ardeur Tient au lict attaché, mon œil se reconforte D'y voir ce qui me poind d'vne blessure forte, Mais de Pami malade ensemble i'ay douleur :

le désire reuoir en sa pleine vigueur Le corps de mon amy qu*vn lict ennuyeux porte : Mais craignant ne voir plus celle qui me transporte S'il guarist, ie ne sçay comment plaire à mon cœur.

Cest le froid et le chaud qui combat ma pensée

Entre deux passions çà et là balancée :

Qui des deux le plus fort doit gaigner ma raison ?

Puisque ie n'ay moyen qu'en voyant le malade D'auoir de ma Maistressc vne amoureuse œillade, Palme sa maladie et non sa guarison.

d'amadis jamyn. 59

Si(r)|GDK]DICDtG0K2Dm ^^

D'vn Lacet. •

DovcE Oriane à la grâce attrayante, Brûlant d'amour qui point ne cessera Tant que mon ame en ce corps logera, Ce beau Lacet en May ie te présente :

Ce beau Lacet tissu de main sçauante, Trois fois heureux qui ton corps lacera : Où loin de toi ton Amadis sera Ayant d'ennui la face pallissante.

Il est fragile, et pource il ne rcsemble A ce lien qui nous estreint ensemble.

L'vn tous les soirs se trouuera défait.

Mais cestuy-là qui nos deux cœurs enlace Ne dpute point qu'on le rompe ou deface.

Qui deferoit ce que le Ciel a feict ?

OiGSIGS(GOICO|g)K»|g)l(3IG5^^

TE ressembler de bonheur ie voudrois.

Chanson, qui fais au beau sein de Madame lardin de lis, de roses et de bâmc, Vn long seiour, où moy ie né sçaurois.

Tout bellement de là ie glisserois . lusqu'au verger où la rose on entame, Et modérant les chaleurs de ma fiame^ Au gué d'amour mon feu ie plongerais.

Malgré le Chien qui dans le ciel aboyé.

Qui de Venus nous interdit la ioye, le ne lairrois de prendre mes ébats.

• Amour est Dieu : Qui trespasse en sa guerre

» Ne doit-il pas autant de gloire acquerre

» Que cil qui meurt pour le Dieu des combats ?

d'amadis jamyn. 6i

J*AiME bien mon Penser; luy seul me représente Le beau front, les beaux yeux de ma belle ennemie, Son maintien, sa parolle, et sa grâce infinie. Et me la fait reuoir bien qu'elle soit absente.

Non, ie ne Taîme point, c*est luy qui me tourmente : C'est par luy que n;on ame est de mon sein rauie, C'est par lui que ie vis vne vie sans vie, C'est par luy que ma peine est tousiours renaissante.

Puis quand ie pense aux traicts de ^ douce beauté, le suis d'vn désespoir plus en plus tourmenté. Craignant que tu sois fiere autant que tu es belle.

Que ie suis misérable! est-il plus grand malheur Que brûlant d'amitié, se fondant de douleur, Douter s'on est aimé d'vne amour mutuelle?

Pour vn Anneau de Verre

SI le traict qui mon cœur de sa pointure enferre/ N'eust point esté plus ur ny de plus ferme acier Que Tanneau qui n*a peu durer longtemps entier, Anneau comme ta foy seulement fait de verre.

Amour si longuement ne me feroit ta guerre, Et soudain ie romprois son iavelot meurdrier, Son carquois et ses rets, pour suiure le sentier Des heureux que l'Archer en sa prison n*enserre.

Je me plains a bon droit de ta foy trop légère Qui n'est pas diamant, mais verre de fougère, Que souflant tu refais et recasses souuent.

Et moy ie suis le chien dont la ieunesse foie Court au long des guerets TAloûete qui vole.

Et pensant la haper il ne tient que du vent.

d'amadis jamyn. 63

PIGPfGSIg)(GOtg)(^^

Pvis QUE de vos beaux yeux l'amoureuse clairté Va luire en autre part, il faut que ie lamente, Non tant pour le regret qui mon ame tourmente Que pour celle qui vit de vostre volonté.

Je voy desia son œil pensif et attristé, Craignant perdre Tobiet qui sur tous le contente, le voy desia son dueil lorsque serez absente, le voy la Tourterelle en sa viduité.

Le iour luy semblera quelque minuict obscure. Et le Printemps, THyuer, horrible de froidure, Et ny fleur, ny couleur ne repaistra son œil,

O terre bien heureuse où va viure ma vie, ( Dira-t-elle au partir) que ie te porte enuie Puisque pour t'éclairer tu m'ostes mon Soleil !

SIG0IGOI G3IG0IGSIGOIG0IGDiGDIG5lOOlGOIGDI^ ••IG

Autre leçon d'après un M s. de la Bibl Nat.

Pvis QUE de voz beaux yeulx Tamoureuse clairté Va luire en aultre part, il faut que ie lamente, Non tant pour mon regret (car tout mal me contente) Qui me vient pour seruîr vne telle beaulté

Que pour celle qui vist de vostre volunté Qu'amour vint à vous dVn'amitië constante.

Qui ne viura qu'en dueil lorsque serez absente, Comme la tourterelle en sa viduité.

Le iour luy semblera vne minuict obscure,

Le printemps luy sera Thyuer plein de froidure.

Et ne fleur ny couleur n'esiouira son œil.

O terre bien heureuse où va viure ma vie, Dira-t-elle au partir que ie te porte envie, Puisque pour t'éclairer tu m'ostes mon Soleil.

d'amadis jamyn. 65

OIGOlGDIGOlGDIGOKîDlGOiGOlCSiGDî^

O bien-heureux Papier récueilli par la main Qui de mon triste cœur tient la ferme racine : le voudroy comme toy toucher à sa poitrine.

Au milieu des beaux lis et des pommes du sein.

le suis à ceste fois enuieux sur ton gain, Mais puis que ton bonheur de moy prend origine,' Dy luy qu'alors viendra ma perte et ma ruine, Quand affranchi d'amour on me trouuera sain.

Dy iui pour n*estre plus si dure et si estrange : i A tromper vn aueugle il n'y a point louange, i Qui pour guide te suit et ailleurs ne se fie.

Hélas! ie parle au vent, et deuenu tout fier D'auoir vn tel honneur, tu ne daignes, Papier, Escouter mes raisons combien que ie t'en prie.

Au vent Boree»

VENT qui tourmentes l'air de tempesteuse haleine. Qui troubles le coulant de Loire sablonneux, Appaise ie te pry ton orage venteux, Afin que d'heureux cours Oriane il ameine.

Tu as senti les maux d'vne amoureuse peine, Car tu fus autrefois d'Orythie amoureux :

Doncques à ton pareil courtois et bien-heureux Permets que ma prière à ce coup ne soit vaine.

Ha ! ie vq7 bien que c'est : Amour te va mouuant,

Et poussé de fureur tu luy viens au deuant

Four baiser son beau sein, sa bouche et son visage.

Certes ie suis ialoux que ie ne puis auoir Pareille courtoisie et ce mesme suantage^ Plus doucement que toy ie ferois mon deuoir 1

d'amadis jamyn. 67

SKPIGOfôDICOKSIGOfôDIGDIGOl^^

Au Songe,

LES hommes et les Dieux, Fortune inexorable, Et tous les elemens coniurent mon dommage :

Seulement, ô doux Songe, en ce fascheux passage, le ne trouue que toy qui me sois pitoyable.

Tu me fais reuenir la figure agréable

Pour laquelle ie perds en vain le temps et Tâge,

En tel accoust rement telle forme et visage

Que ie voudrois la nuict tousiours estre durable.

Mais rare est ce bien faict, d'autant qu'Amour amer Ne me laisse beaucoup la paupière fermer, A fin contre ses maux que ie ne me repare.

Songe, puis que souuent ie ne te puis auoir,

Au moins quand tu viendras, ie te pry né vouloir

Remporter si soudain le bien qui m'est si rare.

Comp, (Vvne Année.

L'année et mon amour ont vn efFect semblable, Le Printemps qui deuoit chasser THyuer grison, En lieu de fleurs blanchist de negeuse toison, Mon Printemps amoureux a esté misérable.

L'Esté dont la chaleur aux terres agréable Meurist tout, n'a meuri la greneuse saison :

Et celle dont îe fais à luy comparaison N'a fait meurir d'amour le fruit incomparable.

Ny pommes, ny raisins l'Automne n'a porté, Mon Automne d'amour n'est que stérilité Qui mon espoir abat comme l'autre la fueille.

L'Hyuer refroid ist tout, et du tout refroidi

le né veux que mon cœur soit chaud ny attiedy

Pour vne qui le veut et veut qu'on ne le vueille.

d'amadis jamyn. 09

VOY ce beau mois plein de souefues odeurs, Où les forests, les plaines et les fleuues, Tertres et monts veistus de robes neuues, Parent leur sein d*vn million de fleurs!

Amour archer courant parmi les cœurs Deçà delà fait de soy mille preuues, Et restablist PEstre des choses veuues, Semant par tout ses flammes et douceurs.

Tous animaux sauuages et priuez Ont de TAmour les ébats éprouuez, En ce Printemps ami de la ieunesse.

Seuls nous perdons délices et plaisirs, Sans obéir aux anioureux désirs :

Attendons-nous la débile vieillesse i

SS*»gJ

DE ce Printemps toutes les nouueautez Que Flore espand dessus la terre ensemble, Ne sont en rien, Maistresse, ce me semblé, Â comparer à tes ieunes beautez.

Quand ie regarde aux champs de tous costez, le voy qu'en eux ta grâce se r'assemble, Et rien n'y plaist^ sinon ce qui resemble En quelque part à tes diuinitez.

Viendra iamais cette blanche ioumee Qui me sera sur toutes fortunée, Pour éprouuer l'oracle Delphien ?

i luste est très beau^ Santé chose très bonne : » Mais (disoit-il) des biens le plus doux bien » C'est obtenir ce qu'on affectionne. »

d'amadis jamyn. 71

gCDK SiCSIgW^

Pvis QUE le Ciel me donne vn si bienheureux sort Que vous aimez le nœu qu'Amour a voulu faire : Puis que nos cœurs liez aiment à s'y complaire, Âuisez quel plaisir double en moy son effort.

Pose bien deffier la Fortune et la Mort, Quand ie voy vostre anneau plein de mon charactere : Tel bien à mon esprit ne sera nécessaire, D'autant que vostre image oncques de lui ne sort,

Mais que vaut de vous paistre ainsi de la peinture ^ C'est vn bien fantastique et vaine nourriture, Qui ne sert qu'au défaut du véritable trtit.

C'est boire en lieu de Teau l'ombre de la fontaine 8

Nourrissez vos désirs de pasture certaine,

le puis mieux vous seruir que non pas un portrait.

LORS QUE Pastrc iumeau des deux frères d'Heleine Âpparoist sur la nef que tourmente le yent^ ( L*abaissant aux Enfers puis au Ciel l'eleuant ) De l'horrible Aquilon s'aneantist l'haleine.

Ainsi belle Oriane, honneur de la Touraine, Tes deux yeux ont chassé les tonnerres creuans, L*air enflambé d'eclâirs et de feux se suiuans. Qui nous serroyent le cœur de frayeur et de peine,

Tu n'as pas seulement le tonnerre domté

De qui tout l'air noirci' se sentoit agité,

Mais tu as tout ensemble au loin poussé Torage

Qui (ton Soleil absent) nous pressoit d'vne nuict : Où ton œil, feu saint Herme, excellemment reluit, Le Ciel de toutes parts decouure vn beau visageé

d'àmadis jamyn. 73

LA belle Aurore, honneur de TOrient, Qui de son teint tout le monde redore, Près de Tithon plus ne s*abuse encore.

Car il ne vaut vn plaisir si riant.

De son Vieillard bien peu se souciant (Lors que d'amour le doux soin la deuore) Elle s'en va vers l'ami qui l'honore, En mille ieux sa ieunesse employant.

Vous qui semblez à l'Aurore vermeille, Puis qu'en beautez vous lui estes pareille, Faites comme elle : En lieu de son Vieillard,

Aux doux ébats de Tamour inutile.

Elle, pour luy trop ieune et trop geniile, Sçait bien choisir un Cephale gaillard.

1e tenois en dançant la blanche main de celle Qui m'a donné en proye à l'amoureuse ardeur : La dance ne tenoit en toute sa rondeur Beauté qui ne cedast à sa clairté nouuelle.

Jamais félicité ie ne pense auoîr telle

Que i'eu pressant la main qui me pressoit le cœur.

Âuisez quel plaisir si souuent i'auois Theur

De presser le coral de sa leure iumelle.

O belle et tendre Main, helas ! pardonne moy Si ie te serrois trop : i'allegeois mon émoy Pressant tes doits polis d'une amiable estrainte.

Par signe ie monstrois que rien ne m'est si cher Que t'audir, belle Main, si douillette à toucher, Et qu'ainsi tu retiens ma liberté contrainte.

d'amàdis jamyn. 75

CES beaux cheueuz qui me tiennent lié, Estoyent serrez d'un ret à claire voye, Et surmontoyent du scofion la soye Tant leur fil blond est prime et délié.

Son sein d'œillets et de lys meslié' Fut entrouuert quand d'un œil plein de joye Au fond du cœur un si doux feu m'enuoye, Q.u'il m'a du tout à elle humilié.

Que ie senti d'amoureuse liesse!

le ne sçauoîs, certes ie le confesse, Que c^est ecstase, et ce rauissement

Qui nous transporte égarez de courage :

Lors ie Tappris, et si creu dauantage Qu'on peut mourir d'aise et contentement.

yÔ ŒUVRES POÉTIQUES

Reproche à la Main,

H aL malheureuse Main qui me rends malheureux : Haï trop folastre main, trop légère, trop pronte, Qui fais, te hazardant, vn honneur de ma honte, Pour perdre malgré moy le prix dVn amoureux.

Ha Main I ton naturel est tousiours désireux De toucher à ce bien dont on fait plus de conte : Et d'autant que la Main toute chose surmonte, Tu pensois que ton sort deust estre bien-heureux.

Mais tu deuois vser d'vne honeste licence, Car ton auancement mon amour desauance :

Âcteon se perdit par son œil trop soudain :

Et par toy i'ay perdu la faueur de ma Dame,

Que i'aîme plus que toy, que mes yeux, ny mon ame.

Ha que ie fusse heureux si l'eusse esté sans main !

d'amadis "jamyn. 77

Response de la Main,

OuoY ? m'oses-tu blasmer d'auoir bien commencé ? le t'ay monstre comment il te faut entreprendre Pour en vain sans plaisir ton âge ne despendre : Ny ta dame ny toy ie n'ay point offensé.

Quand bien dans son esprit elle aura repensé Comme tu as voulu son esclaue te rendre, En fin elle pourra plus gracieuse apprendre Que tu mérites Theur d'estre recompensé.

Et pource qu'elle poize en egalle ballance D'vn costé ton seniice, et d'autre mon offense^ Elle Terra combien ton deuoir lui est cher.

Mon offense n'est rien : l'œil cherche de nature Pour son obiet le iour, les couleurs, la peinture : L*oreiIle aime le son, et la main le toucher.

QvAND ie la voy si gentille et si belle, Si doucement les langues manier Du Lut aimable, et sa voix marier Au son mignard que dit la Chanterelle :

D'aise rauy tout le cœur me sautelle :

Sa voix pourroit vn Vlysse lier

Et luy feroit son Ithaque oublier,

Voix de Sereine ou bien d*une immortelle.

le pense voir Melpomene au milieu De ses huit sœurs, et du poète Dieu, Qui tient le lut et sur les cordes charte

Du père sien les diuînes amours :

Hommes et Dieux sa douce voix contente, Mesme à son chant Loire arreste son cours.

DiCDKSlGOiGOIGDiCOiGSiGOlGDlGa

PLEIN dVn penser vagabond et soudain Qui me fait viure à part moy solitaire.

Triste, resueur, à mes amis contraire, le conte en Tair mille discours en vain.

le vay cherchant vn obiet plus qu'humain :

Pour mon salut îe deurois m'en distraire, Mais ie ne puis; car ma belle aduersairc Par ses vertus me retire à son haim.

Alors ses yeux qui dissipent les nuôs] Dardent en moy d'estincelles menues.

Cent mille éclairs penetrans iusqu'au cœur :

Si le dehors ne remerque sa haine. Ainsi voit-on la foudroyante ardeur Gaster vn glaive et n'offenser la gaine.

aCOIGSIGOlGDiCDlGDK^S^^

D'un Breuuage 'd*eau*

1E n'aime l'eau, breuuage trop humide ;• Mais quand tu veux que i'en boive d'autant, Tu prens vn verre, et première y tastant Tu me le tends à fin que ie le vuide.

Taim^rois mieux cette liqueur qui guide V^ers Apollon, mais le verre apportant Vn doux baiser qui me va confortant, Me fait aimer cet élément liquide.

Tel Echançon refuser ie ne puis,

Doux Echançon, charme de mes ennuis :

Car le beau verre ainsi qu'vn bateau passe

Ce chaud baiser qu'il a receu de toy.

Et de sa Icure il le redonne à moy, Si que- telle eau tout le Nectar efface.

d'amadis jamyn. 8i

OIGOIGDIGDIGDIGDIGDfGX

<! E me retourne arrière à chaque pas 1 D'vn corps lassé qu'à grand* peine ie porte. A fin de voir celle qui me transporte Quand ie m'absente en disant : Ai moy las!

Puis repensant au bien-heureux soulas Et aux flambeaux dont ie quitte Tescorte, Mon pié i'arreste ayant la face morte, Et tien fichez mes yeux pleurans en bas.

Apres ie tremble, et m'ébahis à l'heure Comment la vie avec mon corps demeure, Veu que l'esprit en est loin séparé.

Amour dit lors : « Que cela ne t'estonne, )) De viure ainsi tu puis estre asseuré :

» Tel priuilege à tous les miens ie donne.

ce,

ON nous détend la parole et là voix Pour délier l'amitié qui nous lie, Et l'œil ialoux comme un Argus épie Si du sourcil vn doux clin ie reçois.

En quelque part que i'aille où que tu soîs^ le vois tousiours nostre vieille ennemie Qui suit tes pas, et ressemble à TEnuie Voulant forcer d'Amour les saintes loix.

Sotte rigueur! tant plus elle s'efForce Forcer Amour, plus Amour se r'enforce :

Plus nous sépare et tant plus nous conjoint.

Vieille maudite, et de sens depouruuê, lette sur nous tant que voudras la veuô, Jusqu'en nos cœurs ton œil ne verra point.

d'aMADIS JAMYN. 83

acsKatcsKSKsico^^

LE Soleil quatre fois a fini le voyage De ses douze maisons, nous ramenant les iours Et les quatre Saisons, compagnes de son cours, Depuis qu'à tes beautez i'ai rendu tout hommage.

Toutefois par le temps n'est changé mon courage, El ie n'éprouue moins le pouuoir des amours Qu'alors que ie fu pris : car les tours et retours Du changement humain sont pour yn cœur volage.

Mais ce qui plus m*a fait constant en amitié C'est que tu m'as aimé non moins que ta moitié, Et qu'aussi de ta part tu n'as esté muable.

Quand la cause ne change on ne change l'effet : Et pour faire en amour rassemblement parfait Il ÙLUt de mesme poix vne amitié semblable.

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