LUI
1E puis tout et ne puis aller voir ma Maistresse, Maistresse de mon cœur qui me laisse et la suit Pour viure auprès du sien, soit de iour, soit de nuit, Renforçant mes désirs et le soin qui me presse.
Que ne puis-ie imiter la force changeresse Du puissant lupiter qui tant de formes prit Quand à cacher ses faits Cupidon lui apprit?
Que ne sçay-ie les arts de Circe enchanteresse ?
le me transformerois si bien, que tous lés iours le paistrois mon désir du fruit de mes amours Sans que Tœil enuieux espiast ma présence.
Mes seruiteurs ont l'heur que ie ne puis auoir, le voudrois à leur bien eschanger mon pouuoir : Ainsy de trop pouuoir ie n*ay point de puissance.
88 ŒUVRES. POÉTIQUES d'amAMS JAMYN.
TV me fais souuenir d'vti diligent Courrier Qui haste son chemin, s*il arriue qu'il voye Vn Tronq ou vne Croix au milieu de sa voye Pensant estre soudain au bout de son sentier.
Son pié comme son cœur se fait promt et léger : Apperceuant tel signe îl est porté de ioye :
Mais après il se fasche, auisant qu'il fouruoye Et qu'il est loin du lieu où il deuoit loger.
Ainsi quand au premier Amour me fît poursuiure Le signe des beautez où ie desirois viure, Mon désir esperoit d'y attaindre au besoin :
Ores en ramassant les restes de ma vie
le cognoy que mon heur n'estoit que fantaisie,
Et que loin i'estois près, où bien près ie suis loin.
Amovrs d'Artemis,
QUELLE beauté nouuelle à mes yeux se prése Que iusques à ce iour le malheur m'a cache ' Amour tu n'as encore Apollon empcsché A chanter vn suiet qui si fort le contente.
ie pensois par ta France en beautez excellente Auoir diligemment le plus beau recherché^ Quand depuis que mon œil aux vostres i'attach Tout autre souuenir de mon esprit s'absente.
Ores lisant mes vers, honteux ie me repens Qu'à louer vos vertus ie n'ay passé le temps. Pour voir de vos honneurs mes Cartes estofees
Et ie dis à l'Amour : Or* soyons glorieux, Tu pendras à ton arc de nouueau cent trofees» Et Cygne ie seray sur tous ingénieux.
go ŒUVRES POÉTIQUES
I*AY cent fois désiré, de saincte ardeur épris, D'enrichir vn bel Hymne, vne Ode, vne Elégie, Du thresor de beautez qu'à mesure infinie Le Ciel respand sur vous pour emporter le pris :
Mais la honte craintiue a mon désir repris Pour n'en pouuoir escrire vne moindre partie, Quand (outre la beauté qui soudain est rauie) le pense à vostre Esprit, le plus beau des Esprits.
Ainsi ie suis contraint d'Imiter ce Timante Qui voyant la douleur si grieue et si cuisante D'Agamemnon marri de sa fille immolée,
Et ne pouuant la peindre en tableau de couleur.
Tint de ce Roy dolent la figure yoilée,
Et peignit sans la peindre vne extrême douleur.
d'amadis jamyn. 91
HaI que de temps en vsin despendit la Nature A former le portrait d'une si grand'beauté, Puisqu'un gentil esprit ne s'est point enfanté Digne d*eterniser si digne créature :
Toute chose naissante vn long âge ne dure Contre la faulx du Temps au tranchant indomté, Et contre sa fureur bouclier n'est présenté, Qui pare mieux ses coups qu'vne viue écriture.
Que ne sont au désir semblables les esprits ?
Par moy si beau labeur se verroit entrepris,
Et ie pourrois au blanc de vostre gloire atteindre :
Si bien qu'vn autre nom iamais ne fust vanté Qui ne portast enuie à vostre honneur chanté^ Et nul autre Poète à moy n'oseroit ioindre.
1E sors dVne mer troable en vn serain riuage^ Mon esprit se verra du tout dessauuagé.
Depuis qu'vn neuf Amour a fait que i'ay changé Âuec los éternel vn éternel dommage.
O généreux Pensers nichez en mon courage, Allez où maintenant mon cœur est engagé, Vers celle qui le rend de toutes estrangé, Et Toste d'auec moy pour le prendre en hostage.
Rapportez vn à vn tout ce qu'elle a de beau, De sainct, de précieux, de céleste, et nouueau, Pour en b^stir vne œuure excellente et hard e.
Auprès de TOrient de fa neuue clairté le veux apprendre icy d*vn vers inusité A fuir rOccident de nostrc courte vie.,
d'amadis jamyn. g3
ON dit qu'Amour par les yeux finement Coule en nos cœurs et glisse dans nos vei* Qu'il brûle et rend de poison toutes pleines ; Mais sa vertu nous combat autrement.
Il ne se fait par les yeux seulement Tyran des cœurs et des raisons humaines :
Mais comme on dit des trompeuses seraines, II prend Toreille et puis l'entendement.
De vos vertus l'Idée et la merueille Premièrement vint toucher mon oreille, Le sens commun soudain en fut épris :
Depuis i'ay dit, voyant vostre mérite, En quel discours sçauroit estre compris Ce qui n'a point de terme et de limite?
SIGSICOIGSKSICSK^
Comp» de Teree,
APRÈS que mille traits tirez de tes beautez Ont souillé dans mon sang leurs pointuresdorees, Afin que tes rigueurs fussent démesurées Et que muet ie fusse à tant de crûautez;
En ma langue tes dards se sont ensanglantez Imitant la fureur des superbes Terees, Et tout d'vn mesme coup leurs pointes acérées M'ont le cœur et Tespoir et la voix emportez.
Mais comme Philomele en sa toile tissuë
Decouurit à sa sœur la cruauté receuë,
Sa fortune, son dueil, sa prison, son malheurt
Sur la toile des Sœurs dVne encre perdurable le peindray ta rigueur et mon sort misérable : Quel esprit, quel aduis ne trouue la douleur ?
D*AMADIS JAMYN. qS
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SI la nauire Argon reluist dedans les deux, Montée au rang des feux hors des ondes liquides Pour auoir sillonné les campagnes humides, Hardie transportant les hommes demi-Dieux :
Si Toyseau qui rauit Ganimede aux beaux yeux A passé les sept Ronds des planètes lucides, Et flamboyé là haut au clos des Hesperides Pour merque de son cœur noble et audacieux :
Pespere aussi reluire en la voûte diuine Auec PAigle céleste, auec Argon marine Si prix égal à soy mon désir peut auoir*
Car ie tente vne mer de cent beautez nouuelles, Puis vn Ciel^ où Tamour emplist et fait mouuoir ( Ce que ie tien de luy) mes voiles et mes œles.
îs*ffâ
D'un homicide.
SI ie porte en mon cœur vne playe incurable, Vos yeux ont fait le coup, et vostre belle main El. fonce p!us auant tousiours dedans mon sein Le trait de vos beautez qui m*est si redoutable.
Vous estes la meurdriere, hélas, inexorable!
Si tost que ie vous.voy le cœur me bat soudain : Tout mon sang se r'amasse en tel endroit mal sain, Et bouillant veut iaillir encontre le coupable.
Bien que mort et muet ie ne m'aille plaignant, le vous puis accuser par l'vlcere saignant Qui lorsqu'en approchez décelé vostre offense.
Ainsi quand le meurdrier vient approcher d'un corps
Que son fer a tud, le sang iailiit dehors,
Et les esprits esmeus demandent la vengeance.
Comparaison du Phénix.
COMME le seul Phénix au terme de son âge ^ Amasse les rameaux du bois mieux odorant Ez forest de Sabee, afin qu'en se mourant Pour le moins d'un beau feu se brûle son plumage.
Ainsi ie fa:s amas, voyant vostre v?sagé.
De cent douces beâutez que mon cœur va tirant : Puis i'en allume vn feu doucement martyraiit Qui me donne la vie en mon propre dommage^
La flamme du Phenfx vient du flambeau des cieux, Et la mienne s'embrase au soleil de vos yeux. Où je commets larcin comme fit Promethee :
Aussi l'en suis puni dVn mal continuel;
Car Amour qui se change en vn Vautour crticl
Me déchire tousiours dVne main irîdomtee.
SI c'est aimer auoir tousiours en l'ame Le souuenir d'vne seule Déesse :
Si c'est aimer se pallir de tristesse, Mourir absent des beautez de sa Dame.
Si c'est aimer ne viure qu'en la flame.
Si c'est aimer adorer ce qui blesse, Si c'est aimer ne repenser sans cesse Qu'à reuoir l'œil qui ma poitrine entame.
Si c'est aimer pour aimer se haïr, Et tout plaisir se déplaisant fu!r, Chagrin farouche, ennemi de la vie :
Loin d'vn seul bien s'estimer malheureux, Ayant sans plus Tame en ce bien rauie :
Si c'est aimer, que ie suis amouretix !
d'amadis jamyn. 99
Cupidon desarmé,
AMOUR bandoit son arc comme un croissant voûté' Quand il veit ma Déesse: aussi tost quMl Teut veuô Il s'estonna vaincu : sa raison fut perdue :
Et luy qui domte tout par elle fut domté.
loyeuse elle connut l'effort de sa beauté, Et ietta dessus luy, tant qu'il fuîst, sa veuë : Plus léger que le -vent qui dissipe la nuê Il fut, euanoûy, de son vol emporté.
D^auanture en fuyant tomba sa trousse pleine : Telle despouille fît ma Nymphe plus hautaine Comme ayant triomphé d'un tel Dieu combattu.
Voyla d'où elle fait vne cruelle guerre
Aux hommes et aux Dieux : Amour cependant erre
Solitaire et honteux d'armes tout deuestu.
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SI l'amant est diuîn beaucoup plus que raimé^ D'autant qu'il est raui d'vne fureur diuine Qu'amour, excellent Dieu^ luy souffle en sa poitrine. Que ne recherchez-vous vn bien tant renommé ?
Haussez-vous auec moy, d'vn désir allunré, lusqu'au Ciel bien-heureux dont il prend origine : Si vous suiuez mon cœur, où vostre œil l'achemine, Nous trouuerons Testât aux Dieux accoustumé.
Le grand Dieu souuerain les amans authorise, Et chef des amoureux de ce beau nom se prise, Ne commandant qu^airaer, et ne voulant qu'aimer.
Son amour véhément toute essence fait croistre, Et c'est ce qui le fait pour grand Dieu reconnoistre Faites-vous comme luy pour^'Deesse estimer.
^ss^ssssssssssssassi^amammm^m^m
d'amadis jamyn. ibi
1E désire chanter les louanges de celle Qui par ses doux regards et ris délicieux Egale mon bonheur à celui des hauts Dieux, Tant elle a, ce me semble, vne grâce immortelle.
Mais ie crain que ma voix débile ne soit telle Qu'il faut pour éleuer suiet si précieux.
Et que taschant la mettre en la voûte des Cieux le n'abaisse l'honneur de sa beauté si belle.
Que feray-ie ? Il vaut mieux tenter sî le bonheur Voudra faire égaler mon vers à son honneur :
« Le cœur ne doit manquer en louable entreprise.
a Puis l'instinct naturel nous fait croire aisément a Cela que nous voulons et pensons ardemment, « Et fortune tousiours aux hardis fauorise.
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De la fleur du Soucy.
C VEILLEZ, pillez la jaunissante fleur Qui du Soleil autrefois fut amie, Que trop d'amour et trop de ialousie Ont fait changer en si iaune couleur !
Du nez sans plus vous en sentez l'odeur, Et ie la sens auec la fantaisie Si que ma face estant toute iaunie Montre combien i'ay de soucis au cœur 1
Le souci double auecque sa racine
Prend accroissance au fond de ma poitrine,
Qu'Amour luy mesme a planté de sa main !
Pleust aux bons Dieux qu'il eust enracinée En vQstre cœur la douleur saffranee *
Aussi auant que ie i'ay dans mon sein !
d'amadis jamyn. io3
f)i(r)i(ini(r)iCDig)trDiGO^
De V Amitié,
N08TRI souueraîn bien, nostre félicité, C*est Pheur dVne amitié qui ne soit ordinaire II n'est point d'élément plus qu'elle nécessaire. Le Soleil n'est si doux aux moissons de l'Esté.
Je l'estime d'autant qu'en la nécessité, Au milieu du naufrage où Fortune est contraire, Elle £aiit preuue à tous de cela qu'on doit faire, Et combat pour l'ami contre l'aduersité :
Ainsi les feux iumeiux paroissent au nauire, Quand l'orage cruel luy monstre plus son ire- : Car le geste dVn Dieu c'est aider en tourment.
On n*auoit d'amitié parauant connoissance Qu^en son^^e, qu'en Idée, et par nom seulement, Sinon depuis qu'en vous elle a pris son essence.
SK:S|g)IGr)iC5IGD|GDI^^
PLEIN d*yn Desîr qui vagabond me presse Me déuoyant de tout autre penser^ le suy le bien que ie deurois laisser Vne sauuage et mauuaise Déesse.
Ce faux Désir en nul temps ne me laisse.
Il me dérobe, et ne le puis forcer Qu*estant le maistre il ne vienne chasser Tous mes esprits après ce qui me blesse.
Il me contraint de me fuîrmoy mesme
Pour suiure en vain la Nymphe que trop i'aime,
Que nous suiuons comme la nuâ en l'air.
On peut en songe ainsi l'Idole prendre Qui deceuant les mains ne veut attendre DVn qui la suit et la pense accoller.
IB sens, fierc Artemîs, vne double chaleur :
L'vne tient le dehors, Tautre au dedans me brûle, Et me fait endurer vn pareil chaud qu'Hercule Quand brûlant il brûla sa venimeuse ardeur.
Klle m'ard les poulmons, les veines, et le cœur, Esparse en tous endroits : l'extérieure est nulle Quand au Tropiq d'Hiuer le Soleil se recule : L'autre en toute saison me détient en langueur.
Tu es plus (mon Soleil) que n'est celuy du monde : Quand il plonge en la mer sa longue tresse blonde Les hostes de la terre il n'échaufe qu'vn peu.
Mais combien que ie sois loin des rais de ta face Tousiours leur viue ardeur en moy passe et repasse. Et ic suis près et loin vn déluge de feu.