‹ Œuvres poétiques de Amadis Jamyn (volume 2)Chapitre 5 sur 7 · I08 ŒUVRES POÉTIQUES · texte numérisé non relu

I08 ŒUVRES POÉTIQUES

Des Cheueux.

CES cheueux crespeluS| doux lieps de mon ame Que i'aime d'autant plus que mon plus grand malheur Vient de trop regarder le blond de leur couleur, Desnoûez me cachoyent le beau sein de Madame :

Lors mon cœur s'enuola.dans cette bloQdc trame^ Sautant comme l'oyseau, sous Tombreuse verdeur, De branche en branche saute au gré de son ardeur, Et maintenant en vain vers moy ie le reclame.

Deux mains incontinent outre mesure belles Reserrer jnt les flots de leurs blondes (îautelles, Et serrèrent dedans mon cœur enuclopé.

le criay, mais mon sang qui se gela de crainte Feit estoufer ma voix sous l'estomac contrainte, Tandis il fut lié et- n'en est eschappé.

d'amadis jamyn. 109

A vn Rossignol,

ovx Rossignol qui viens tous les ans dans ces bois 'Afin de lamenter sous l'espaisse ramee, le reconnois en toy ta plainte accoutumée Et les accents mignards de ta gentile voix.

Mais tel que Pan passé, helas, tu ne me vois ! La diuine beauté, la vertu renommée DVne qui ne sçauroit assez estre estimée^ ~ Â ma voile ont changé le doux vent que i'avois.

Tu auras désormais qui ioindra nuîct et iour  tes accords plaintifs ses complaintes d'amour: En lieu que i'estois libre, ores depuis que i'aimo

Tu me verras esdaue apprester à mon cœur

Des soucis pour viande, et de Tœil mon vainqueur

Me faire vn esperon et vn frain à moy mesme.

tlO ŒUVRES POÉTIQUES

SI(X)K»IGO|(aiGSKaig)lG^^

De la Vertu.

V dire des anciens maintenant i'ay créance .Qui bien philosophans curieux de sçauoir, Amoureux de vertu firent tant leur deuoir Que leur diuin esprit en eut la connoissance.

Ils disoient que Vertu d'immortelle substance Ne se peut d'œil humain iamais apperceuoir :

Mais que si prenant corps elle se laissoit voir, Nous brûlerions d'amour voyants son excellence.

Depuis qu'elle a pris corps dedans vostre beauté le connois maintenant qu'ils ont dict vérité Des ardans. aiguillons dont elle pique l'ame.

Vous estes la Vertu, ie la dois admirer.

Me brûler de son zèle, ardemment l'adorer :

Qui d'aimer la Vertu m'oseroit donner blâme ?

d'aMADIS JAMYN. III

LANSAC, père d'honneur, de vertu, de bonté, Combien qu'en mille faicts paroisse ta belle ame, Elle se montre aussi quand tu ne donnes blasme A celuy que l'Amour priue de liberté.

Amour dedans tes vers quelquefois est chanté Comme Dieu qui les cœurs dVn beau désir entame, Et rien qu'à la vertu ses amoureux n'enflame : Pource les Thespiens festoyent sa déité.

Vne riche maison est bien plus honorable

Et bien plus belle à voir, quand vn feu pcrdurable

Reluist dans le foyer très saint et sacré lieu.

Aussi l'homme sentant la chaleur amoureuse, Plus quVn autre diuin ha l'ame plus heureuse : Qui ne seroit heureux accompagné dVn Dieu ?

^XH <(EUTRBS POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN.

MILLE flots amoureux incessamment roulans En mon esprit troublé, noyent mon premier aise» Et faut que ces torrens dans leurs riues i'appaise Qui serrez de contrainte en éont plus violans!

Le murmure des flots leurs cours ammoncelans Sur les champs rauagez, ne bruit de telle noise Que ce Chaos bouillant qui dans moy ne s*accoîse, Traisnant mille pensers Tvn sur Tautre coulans.

Et comme parles champs le débordé rauage Gaste des Laboureurs Tesperance et Touurage, Arrachant aux sillons la racine des blez;

Ainsi la cruauté, la beauté, l'arrogance, Âyans tous leurs efforts contre moy redoublez Déracinent en moy de l'amour l'espérance.

Sonnets dv dveil de Cleophon (0

IE sçay bien que les fleurs n'ont toujours mesme honneur le sçay que le printems en tous les mois ne dure, le sçay que des forests s'effueille la verdure. Et que tousiours aussi n'est morte leur verdeur.

lê sçay bien que la Lune estant rouge en couleur N*ha tousiours vn tel teint, et pronte de nature, Qu'elle ne luist tousiours dVne mesme figure, Mais le sçais que tousiours pareille est ma douleur.

le sçay bien que tousiours ie loge pour mon hoste

Vn regret des amis que Tinfortune m'oste,

Et que de mon penser ils sont tousiours suiuis.

le sçay que vainement on gesne sa pensée D'autant qu'elle est beaucoup des destins deuancée, Mais bien aimer ne peut retenir tel advis.

(i) Ecrits pour Henry III pleurant la mort de ses mignons. lo.

SIGSIGPIGSIGDIG^^

LAsI va sommeil de fer accable pour iamais Cailus et Maugeron et Sainct-Maigrin souz terre, Que bonté, que beauté, que vaillance de guerre Regrettent à Tenuy pour la guerre et la paix.

Le désir de qui plus mon ame ie repais (Combien que tel désir en moy face un tonnere) Cest de les désirer, et du. lieu qui les serre Déterrer pour le moins leurs beaux noms et leurs Bsiicts,

La médiocrité, le moyen, ni la honte

Ne peuuent commander que ie n'en face conte,

Croyant ne pouuoir pas les soupirer assez.

Que médiocrement les hommes on regrette Qui médiocrement ont la grâce parfaitte :

Les extresmes regrets sont pour ces trespassez.

D*AMADIS JAMYN. Il5

COMME les fleuues sont à leur source petits, Puis en gangnant chemin dVne longue estenduê Plus larges et plus grands paroissent à la vuô Augmentez de ruisseaux et de fleuues vhls.

Ainsi depuis le iour que vos corps furent mis Au rang des non-viuans en saison trop induê^. Les regrets que i'ay faits (telle perte auenuô) Sont si bien augmentez qu'ils semblent infinis.

Le nombre toutefois en fut lors si extresme,

Que ie n'eusse plus lait en me perdant moy-mesme,

Pource que vous perdant tousiours perdu seray.

Donq celuy qui croira que les sources luisantes Des fleuues argentins sont à iamais courantes, Croye que pour iamais ie vous regretteray.

Il6 ŒUVRES POÉTIQUES

QVB maudit soit l'obiet qui vous troubla le cœur, Que maudit soit le iour qui vous mit en querelle: Maudit soit le moment que Lâches! s cruelle Voulut de vos beaux ans estaindre la splendeur.

Maudite soit Tespée à qui vint ce malheur De se tremper au sang dVne ieunesse telle :

Maudit le forgeron qui en fit Talemelle DVne main sacrilège et pronte à la fureur.

Maudit soit tout cela qui pourroit estre cause Que vous ayant perduz iamais ie ne repose* Maudite soit encor la constellation

(Si pouuoir ha sur nous des astres l'influence)

Qui ioignit vostre mort presque à vostre naissance.

Maudit soit qui se rit de mon affection.

d'aMADIS JAMYN. 117

ALORS que le Soleil fait éclipse à la terre (Le globle de la Lune estant mis entre-deux) La terre se lamente, et d'vn front ténébreux Monstre quVne frayeur toute en soy la resserre.

Quand aussy le flambeau qui durant la nuict erre Et qui passe en vn mois tous les signes des Cieux^ Sent éclipse, il paroist chagrin et soucieux, Et la terre le fasche en luy faisant la guerre.

Quand les bois et les champs perdent leur ornement Ils ont la face triste, et tout également Se voile de tristesse où il perd sa lumière.

Donq ie pleure à bon droit,' ie lamente et me plains^ Voyant les beaux soleils de la ieunesse estains^ Qui s'eclipsant à moy m'enferment en la bière.

ii8 'œuvres poétiques

VISITANT l'autre iour vos tombes honorables Pauisai que Tamour les parfumoit d'encens Et que d'vne autre part^ en gracieux accens, Les Kharîtes chantoient des chansons pitoyables (i}.

Amour de son carquois et flèches redoutables Y dressoit vn grand feu, signal aux regardans Que toute sa puissance enclose là d^ans N'esperoit plus de faire aucuns faicts mémorables.

Les petits ieux mignards, les gentils amoureaux, Les beautez luy ay.doient autour de voz tombeaux A gémir vostre perte à nulle autre seconde*

Alors ie m'escriay, voyant ce diuin dueil :

Tu es le plus heureux des cercueils ^ ô Cercueil I

Embrassant le plus rare- et précieux du monde.

(i) Les Kharites : les Grâces.

d'amaûis jamyn. 119

LE ieune Maugeron voyant Cailus s'armer Pour se mettre au hazard de venger sa querelle, Ne voulut endurer (cœur d*amitié fidelle) Que sans luy le combat vint à se consommer.

Beau comme vn que Venus sur tous voudroit aimer, Vaillant comme sont ceux que vrais Mars on apelle, Amy tel que l'antique et la saison nouuelle N'en pourroit vn plus grand ny semblable nommer.

Or tuant au combat la personne ennemie,

Il estaingnit aussi le tizon de sa vie,

Et la Parque se mit en ses beaux cheueux d'or ;

Mais auant il ietta cette braue parolle :

Mourir pour mon amy tant et tant me consolle, Qac si ce n'estoit fait, ie le voudrois encor.

120 ŒUVRES POETIQ.UES

QVAND le fils de Nestor vit choir en sa poitrine Le glaiue de celui que l'Aurore enfanta :

Quand Patrocle sentit le fer qui le donta Dessous la main d'Hector plein de force diuine :

Tous deux souillez de sang en leur face iuoirine Eurent Achille alors qui fort les regretta.

Mais ie vous ay gemy plus que ne lamenta Ce Prince qu'eut pour fils la déesse marine.

Il coupa ses cheueux au dueil de ses amis

Que ses vœux à son fleuue avoient desia promis,

Et i'ai coupé les miens dessus vos funérailles ;

Mais ce debuoir est peu, car si de ce bas lieu

On ozoit s'en aller sans le congé de Dieu,

Mon espée eust plongé dans mes propres entrailles.

^ssnsi

d'aMADIS JAMYN. 121

LES cendres de Memnon prirent forme d'oyseaux, La fille de Tantale en pierre fut changée. Et ie désire voir ma figure rangée En tout ce qui pourroit seruir à vos tombeaux.

le voudrois que mes yeux deuinssent les flambeaux Par qui fustà îamais vostre tombe' esclairée. Et que mes os changez en pierre elabourée Peussent représenter vos corps polis et beaux.

le voudrois que ma langue en voix fust conuertie,

Qui rendist en tous lieux vostre gloire infinie.

Et que mon reste fust vn Printemps ieune et doux.

Qui près de vos tombeaux portast mille fleurettes Inscrites de voz noms et peintures parfaittes, Afin que tout de moy ne fust rien que de vous.

Sonnets divers.

Page 1