‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 107 sur 326 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

NÉRON, AGRÏPPINE,

AGRIPPINE^ s'asuyant.

Apppochez-vous, Néron, et prenez votre place *. On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse. J'ignore de quel crime on a pu me noircir : De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir. Vous régnez : vous savez a>mbien votre naissance Entre l'empire et vous avait mis de distance. Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés^ Étaient même sans moi d'inutiles degrés. Quand de Britannicus la mère condamnée Laissa de Claudius disputer l'hyménèe , Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix , Qui de ses affranchis mendièrent les voix, Je souhaitai son Et, dans la seule pensée De vous laisser au trône où je serais placée. Je fléchis mon orgueil ; j'allai prier Pallas. Son maître, chaque jour caressé dans mes bras,^

^ Ce ton de supériorité est remarquable dans la situation d'Aglrippine. Elle ne voit jamais dans Nércm que son fils, et dans Tempereur que son ouvrage; mais sa hauteur est naturelle et jamais affectée. Chez elle tout est fier, et rien n'étale la fierté. On ne saiu*ait trop faire sentir cette nuance, qui sépare le poêto dramatique du rhéteur. 11 y a tant de rhéteurs et si peu de poètes ! ( L, ) — Voltaire , comparant ce début à celui de la fameuse scène d'Auguste dans Cinna , le trouve plus naturel et plus simple ; mais la situation est bien différente. Agrippine accusée se présente pour se justifier; Auguste offensé s'apprête à confondre un ingrat et un traître : deux pa«onnage& dans des attitudes si différentea ne dcMvent pas débuter de la même manière. Auguste imposant, à Cinna des conditions et des lois , doit avoir un autre ton qu'Agrippine invitant son fils et son empereur à écouter sa justification. (G.)

Page 1