‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 171 sur 326 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ANTIOGHUS, ARSACE.

AHTIOGHnS.

Ne me trompè-je point? L'ai-je bien entendue? Que je me garde^ moi^ de paraître à sa vue!

' Voûà le caractère de la pasBÎoii. Bérénice vient de flatter tout à VhNxte Antiochtis pour sayoir son secret; die lui a dit : « Si jamais ie vous fus chère', paileE. 3 Elle Fa menacé de sa haine s^ garde le silence; et, désqu^il aparié, eDehiiacdomiB de ne jamais paraître devant eQe. Ces flatteries, ces empœtemanfB, fimt un eflet très-intéressant dans la bouche d*ane femme : ils ne toucheraient pas ainsi dans un b<nune. Tons ces symptômes de Famonr sont le partage des amantes. Presque tontes les béromes de Badne étalent des sentunoits de tendresse, dejalooaîe, de oolén, de foieiir; tantôt flOonûsesytantM désespérées. (Test arec raison qn'on a nommé Racine le poète des femmes. Ce n^est pas là du vrai tragique , mais c'est la beauté que le sujet comportait. (Volt. )

Je m'en garderai bien. Et ne partais-je pas^ Si Titus malgré moi n'eût arrêté mes pas? Sans doute il faut partir. Continuons^ Arsace. Elle croit m'affliger; sa haine me fait grâce. Tu me voyais tantôt inquiet^ égaré :

Je partais amoureux^ jaloux^ désespéré-; Et maintenant^ Ârsace^ après ^cette défense^ Je partirai peuirétre avec indifférence.

ARSACE

Moins cpie jamais^ seigneur^ il faut vous éloigner.

ANTIOCUUS.

Moi ! je demeurerai pour me voir dédaigner?

Des froideurs.de Titus je serai responsable?

Je me verrai puni parce qu'il est coupable?

Avec quelle injustice et quelle indignité

Elle doute^ à mes yeux^ de ma sincérité !

Titus Faime , ditrclle, et moi, je l'ai trahie.

L'ingrate ! m'accuser de cette perfidie !

Et dans quel temps encor? dans le moment fatal

Que j'étale à ses yeux les pleurs de mon rival;

Que, pour la consoler, je le faisais paraître

Amoureux et constant, plus qu'il ne l'est peut-être.

ARSACE

Et de quel soin, seigneur, vous allez-vous troubler? Laissez à ce torrent le temps de s'écouler : Dans huit jours,dans un mois,n'importe,i1 faut qu'il passe . Demeurez seulement.

ANTIOGHUS.

Non, je la quitte, Arsace.

Je sens qu'à sa douleur je pourrais compatir : Ma gloire, mon repos, tout m'excite à partir. Allons; et de si loin évitons la cruelle , Que de longtemps, Arsace, on ne nous parle d'eUe. Toutefois il nous reste encore assez de jour :

Page 1