‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 175 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE If · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE If

PHÉNICE

Oui, je l'ai vu, madame.

Et j'ai peint à ses yeux le trouble de votre âme. J'ai vu couler des {^urs qu'il voulait retenir^

VienWl?

PHÉNICE

N'en doutez point, madame, il va venir. Mais voulez-vous paraître en ce désordre extrême ? Remettez-vous , madame, et rentrez en vous-même. Laissez-moi relever ces voiles détachés , Et ces cheveux épars dont vos yeux sont cachés. Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage'.

Laisse, laisse, Phénice : il verra son ouvrage. Eh que m'importe , hélas ! de ces vains ornements , Si ma foi, si mes pleurs, si mes gémissements ,

' Ce vers sert encore à rendre le spectateur incertain sur le sort de Bérénice. S'il en coAte tant à Titua pour parler à Bérénice, comment pourra- t-il faire le sacrifice de ne la plus reyoir ? ( L. B. )

' On peut appliquer à ces vers ce précepte de Boileau : Qai dit sans s'avilir lea phit petitet choies. En effet, rien n'est plus petit que de faire paraître sur le théâtre tra* gique une suivante qui propose à sa maîtresse de rajuster son voile et ses cheveux. Otez h ces idée» les grâces de la diction, on rira. (Volt. ) — Oui , mais quelle diction ! quel choix de figures dans ces mots , réparer Voutrage de vos pleurs! et que le vers qui suit et qui est amené par celui-là est beau de sentiment!

Laisse , laisse , Phéniee : il vena son ovvmge. ( L.) Ce vers, dont Texpression est touchante , empêche souvent de remarquer rincorrection du vers suivant. Que vCimporte de semlJÉa pécher contre les règles sévères de la grammaire , le que ne pouvant ici servir de sujet au vexbe mparter^ puisqu'il n'est pas là poiv quêlU chose, mais pour de quai. Il foUmt donc que m'wmportén;^ ces vains ornements , c'est-à-dire de quoi m*imj»rtent. Cependant , il faut l'avouer, l'exfkrQssion de Racine est d'un ton plus vif et plus orïginal que ne le serait l'expression de la grammaire.

Mais que dis-je? mes pleurs! si ma perte certaine. Si ma mort toute prête enfin ne le ramène^ Dis-moi, que produiront tes secours superflus, Et tout ce faible éclat qui rie le touche plus?

PHÊNIGE.

Pourquoi lui faites-vous cet injuste reproche ? J entends du bruit, madame, et Tempereur s'approche. Venez , fuyez la foule , et rentrons promptement : Vous l'entretiendrez seul dans votre appartement.

Page 1