‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 229 sur 326 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ATALIDE, ZAÏRE

ATALIDE

Allons, retirons-nous, ne troublons point leur Joie •.

ZAÏRE

Ah, madame! croyez...

ATALIDE

Que veux4u que je croie?

Quoi donc ! à ce spectacle irai-je m'ej^oser '? Tu vois que c'en est fait, ils se vont épouser; La sultane est contente; il l'assure qu'il Faime. Mais je ne m'en plains pas, je Tai voulu moi-même. Cependant croyais-tu, quand , jaloux de sa foi , Il s'allait plein d'amour sacrifier pour moi. Lorsque son cœur, tantôt m'exprimant sa tendresse , Refusait à Roxane une simple promesse , Quand mes larmes en vain tâchaient de l'émouvoir, Quand je m'applaudissais de leur peu de pouvoir,

* Je doute qa^auioordliai les poètes aient encore le privilège d'em< ployer vers ponr envers , ces deux prépositions ayant des sens tout à fait différents ; et quoique respects et devoirs soient presque synonymes, on ne dit pas s'acquitter de ses respects , comme on dit s'acquitter de ses devoirs, (D'O.) I ^ Vab. Allons , retirons-noos , ne troublons point sa joie.

' Dans le langage ordinaire on ne dirait pas s'exposer à un spectacle 9 pour être présente à un spectacle; mais on doit remarquer qu^AtalidO s'exposerait .véritablement si elle assistait au bonheur de sa rivale , et cette expression est ici pleine de justesse et d'énergie.

Croyais-tu que son cœur^ coutre toute apparence , Pour la persuader trouvât tant d'éloquence? Ah ! peut-être , après tout, que , sans trop se forcer'. Tout ce qu'il a pu dire , il a pu le penser '. Peutrétre en la voyant, plus sensible pour elle, Il a vu dans ses yeux <juelque grèœ nouvelle ; Elle aui^ devant Jiui fait parler ses douleurs ; Elle l'aime ; un empire autorise ses pleurs : Tant d'amour touclie enfin une ànxe généreuse. Hélas ! que de raisons contre une malheureuse' !

ZAlRE.

Mais ce succès, madame, est encore incertain.

Attendez.

ATALine

NokP , yois^tu,. je le nierais en vain \

' ÀT^rH tout... 90TS-ttt... à iM poftnl mentir... è aire tmL,, entité un coup, etc. : locations commîmes , plt^s béqneaïes éàus Bajazel que dans les autres tragédies de Racine ; et c'est peut-être ce qui faisait dire à BoileiBbU que le style de Bajazel était négligé , si toutefois on peut regarder ce mot comme authentique. {G.) t- En ta voyant , U a ru est une légère négligence.

' Tout cela est dans la nature ; mais id cette nature est insuppor* table. Ces petites inquiétudes amoureuses, qui ne peuvent par ellesmêmes rien produire qu'une scène d'explication dans une comédie , et qui ne valent pas davantage , n'^ont aucune proportion avec ce qu*elles produisent, et il en fout entre les moyens et \e$ effets; c^est une des régies fondamentales de Tart dramatique. C'est la seule fois que Racine l'a violée , ni il ne fallait rien moins que tout son génie pour que cette faute n'ait pas tué la pièce. ( L. )

^ Une maHieureuse est devenu une expression triviale ; mais le vers est naturel et touchant , et cette ressource est nécessaire au talent, dont, sans cela , la langue s'appauvrirait tous les jours par les bizarreries et les usurpations du discours familier. (L.)

* Cette phrase est ftimiliéTe : cependant die ne choque point ici. C'est que le ton général de la scène n'est guère au-dessus de la haute comédie. Mettez ftoti » vois-tu , dans une scène tragique , on rira. Aiusi , même en péehapt par le fond, Racine conserve ce sentiment des plus petites convenances dans les détails. (L.)

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