ACTE 1, SCÈNE III
C'est de garder la foi que je dois à mon père y
De ne point dans son sang aller tremper mes mains
En épousant en vous Tallié des Romains.
PHARNACE
Que parlez-YOus de Rome et de son alliance? Pourquoi tout ce discours et cette défiance? Qui vous dit qu'avec eux je prétends m'aUier?
MONIME
Mais vous-même ; seigneur^ pouvez-vous le nier? Comment m'o£(ririez-vous rentrée et la couronne D'un pays que partout leur armée environne ^ , Si le traité secret qui vous lie aux Romains Ne vous en assurait Tempire et les chemins ?
PHARNACe.
De mes intentions je pourrais vous instruire , n Et je sais les raisons que j'aurais à vous dire , Si , laissant en effet les vains déguisements^ Vous m'aviez expliqué vos secrets sentiments* ; Hais enfin je commence , après tant de traverses'^ Madame^ à rassembler vos excuses diverses; Je crois voir l'intérêt que vous voulez celer. Et qu'un autre qu'un père ici vous fait parler.
XIPHAR^S.
Quel que soit l'intérêt qui fait parler la reine , La réponse, seigneur, doit-elle être incertaine? Et contre les Romains votre ressentiment Doit-il pour éclater balancer un moment? Quoi ! nous aurons d'un père entendu la disgrâce ; Et, lents à le venger, prompts à remplir sa place ,
* Var. D'ub pays que Ugmene et leur camp €&viroDne.
' Var. Si Tons-Btaie , laiannt e» vains dégoiseiBenU , Vous m'airiez expliqué tos propres sentiments.
^ Traverses ne peut s'employer pour âélmirs : irat€r$€s , dans le style noble, signifie contrariétés, accidents, malheurs. (G. )
Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli T
Il est mort : savons-nous s'il est enseveli^ ?
Qui sait si , dans le temps que votre ème empressée
Forme d'un doux hymen l'agréable pensée.
Ce roi , que l'Ori^it , tout plein de ses exploits^
Peut nonmier justement le dernier de ses rois ^
Dans ses propres États, privé de sépulture.
Ou couché sans honneur dans une foule obscure ,
N'accuse point le ciel qui le laisse outrager,
Et des indignes fils qui n'osent le venger*?
Ah r ne languissons plus dans un coin du Bosphore :
Si dans tout l'univers quelque roi libre encore,
Parthe , Scythe ou Sarmate , aime sa liberté ' ,
Voilà nos alliés : marchons de ce côté.
Vivons, ou périssons dignes de Hithridate;
Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous flatte,
A défendre du joug et nous et nos États ,
Qu'à contraindre des cœurs qui ne se donnent pas.
PHARNACE
n sait vos sentiments. He trompais-je, madame? Voilà cet intérêt si puissant sur votre àme,
,.' Beau , aiiid que tout le reste du couplet ; mais c'iBst mettre dans la bouche de Xipharès la condamnation de tout ce qu'il a dit et fait jusqu'ici. (L.)
' Desfontaines pense que Racine eût mieux fait de mettre ses indignes fUSf au lieu de des indignes fils : selon ce critique, la phrase en serait plus claire; le venger se rapporterait encore plus immédiatement à Mithridate. L'opinion de Tabbé Desfontaines est raisonnable. Louis Racine prétend qu'il faut nécessairement d'indignes; il ajoute que c'est une faute d'imprimeur, et que l'auteur avait mis, selon toutes les apparences, et deux indignes fils. M. Didot a corrigé le vers d'après cette opinion. Pour moi , je suis convaincu que Racine a mis et a voulu mettre et des indignes fils : toutes les éditions faites pendant sa vie sont uniformes. (G. )
* Ce trait est conforme à la lettre que Mithridate écrivit au roi des Parthes, pour lui demander son alliance. (G.)